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PRINCIPES TIRES DE LA VIE DES QUATRE CALIFES BIEN-GUIDES

Osman NuriTopbaş

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Copyright 2012, Osman NuriTopbaş

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TABLE

Les califes bien-guidés

Hadrat Abû Bakr (qu’Allah l’agrée)

Hadrat ‘Omar (qu’Allah l’agrée)

Hadrat ‘Uthman (qu’Allah l’agrée)

Hadrat ‘Ali (qu’Allah l’agrée)

À propos de la société et de ses règles





Les Califes Bien-Guidés

Dans toute l’histoire de l’humanité, l’ère la plus exceptionnelle en termes de vertu, de justice, d’altruisme et d’éthique fut sans conteste celle que l’on nomme «l’Âge d’or de l’islam». On la nomme «Âge d’or» parce que le Prophète Muhammad (pbsl1), dont l’esprit intérieur est compris par nombre de musulmans comme la cause originelle de la création, est apparu à cette époque. La puissance spirituelle du Prophète (pbsl) a façonné l’ère dans laquelle il a vécu. Et il était alors possible pour un grand nombre de gens ordinaires de le rencontrer régulièrement et de faire connaissance avec lui.

Les gens qui vécurent durant cet âge béni émergèrent de l’obscurité de la plus violente et aveuglante ignorance vers une civilisation emprunte de vertu pacifique. Ensuite, ils escaladèrent les sommets de la connaissance d’Allah. Les membres de cette communauté sont donc nommés les «Vénérables Compagnons du Prophète » et ces derniers lui furent fidèles dans tous les domaines.

Ainsi donc, les Compagnons firent partie d’une génération unique. Ils furent témoins des paroles et des actes du Prophète (pbsl) et transmirent toutes ces indications aux générations suivantes.

Parmi ces Compagnons, quatre devinrent des leaders qui ont guidé la communauté après la disparition du Prophète (pbsl). Ils vinrent à être connus sous le nom de « Califes Bien-Guidés ». Ils furent pionniers dans la constitution d’une identité islamique formée selon les vertus caractéristiques du Prophète (pbsl). Tous l’aimèrent profondément et adoptèrent ses qualités et son éthique. De cette manière, leurs cœurs devinrent des lieux sacrés où l’amour divin pouvait être découvert ; et leurs paroles et leurs actes, de bons exemples pour tous les musulmans.

Le Prophète Muhammad (pbsl) a dit à propos de cette période :

« La période du véritable califat après moi sera de trente années. »2

En prononçant ces paroles, le Prophète (pbsl) voulait annoncer le fait que la vie politique des musulmans allait se détériorer après cette période.

Avant cette détérioration annoncée, il y eut un temps de paix et d’harmonie. Le premier calife, Abû Bakr, joua un grand rôle dans ce domaine.



Hadrat AbûBakr (qu’Allah l’agrée) (632-634)


L’immersion d’Abû Bakr dans l’amour divin était si conséquente qu’il alla jusqu’à sacrifier sa vie. Il était souvent seul avec le Prophète (pbsl). Chaque fois qu’il le rencontrait, ses propres affaires devenaient secondaires. Plus il s’entretenait avec lui, plus il désirait être en sa compagnie.


Abû Bakr, qui fut nommé calife après la disparition du Prophète (pbsl), avait eu à son égard un profond attachement, s’était associé à lui en tout point en affichant un amour dévoué et un esprit de loyauté sans égal. Il y avait un chemin caché qui partait du cœur du Prophète (pbsl) et qui se dirigeait vers le cœur d’Abû Bakr. Le Prophète (pbsl) a dit à cet égard : « Tout ce que j’ai dans mon cœur, je l’ai transféré dans le cœur d’Abû Bakr. »3 Une telle intimité avec le Prophète (pbsl) était le résultat de grands sacrifices. Nous payons le prix fort pour ce que nous aimons et ce prix élevé que l’on paie ici-bas est le prix de l’amour divin.

Notre maître Abû Bakr fit certes de son mieux pour s’acquitter du coût total que réclamait cet amour et voulut avec joie demeurer un Compagnon qui lui fut proche. Il eut le privilège d’accompagner le Prophète (pbsl) dans sa migration à Médine et tous deux furent témoins de nombreux événements divins. Ainsi, lorsqu’ils s’étaient réfugiés dans la grotte de Thawr pendant trois jours, de nombreux secrets spirituels furent transmis du cœur du Prophète (pbsl) à celui d’Abû Bakr, atteignant ainsi la proximité d’Allah. Cet espace devint une « salle de classe » où Abû Bakr s’initia aux secrets divins et perfectionna son cœur pour qu’il reçoive la désignation coranique de « second des deux », le Prophète (pbsl) étant le premier et Abû Bakr le second ; le troisième étant Allah ! La gloire de la création, le Prophète Muhammad (pbsl), guida Abû Bakr afin qu’il puisse jouir de la présence d’Allah d’une manière continue. Ce fut pour le Prophète l’occasion de lui révéler le verset suivant : « Ne t’afflige pas, car Allah est avec nous. » (Coran, At-Tawba, 9/40)

Cet épisode d’union divine vécue dans la grotte du Mont Thawr est considéré comme étant le début du rituel lié à l’évocation des attributs d’Allah et, pour la première fois, la première occasion d’un vrai contentement de cœur (apporté par Allah). Dans l’enseignement soufi, la grotte de Thawr est assimilée au fait que c’est précisément à cet endroit que les secrets divins furent transmis de «cœur à cœur», et cela pour la première fois dans l’histoire islamique. Et ce fut Abû Bakr qui reçut l’honneur de recevoir une telle bénédiction. Il est par conséquent considéré, après le Prophète (pbsl), comme le premier maillon de la chaîne initiatique – la chaîne d’or – qui se poursuivra jusqu’à la fin du monde.

Le but de ces «voyages divins» ne peut être atteint qu’à travers l’amour d’Allah et de Son Messager. La condition préalable d’un amour profond, c’est d’aimer tout ce qui aimé par l’objet de son amour. Pour faire immersion dans cet amour, il est nécessaire d’identifier tous les aspects du bien-aimé. Et c’est exactement ce que fit Abû Bakr à l’égard du Prophète (pbsl).


Abû Bakr est de moi et je suis de lui

L’immersion d’Abû Bakr dans l’amour divin était si conséquente qu’il alla jusqu’à sacrifier sa vie. Il était souvent seul avec le Prophète (pbsl). Chaque fois qu’il le rencontrait, ses propres affaires devenaient secondaires. Plus il s’entretenait avec lui, plus il désirait être en sa compagnie.

Le Prophète (pbsl) dit un jour : « Je n’ai jamais tiré profit d’aucun bien de qui que ce soit excepté d’Abû Bakr. » Et l’intéressé de répondre en pleurant : « Moi-même et mes biens ne sommes-nous pas pour toi, ô Prophète d’Allah ? »4 Le Prophète (pbsl) finit l’échange par cette bénédiction désormais célèbre : « Abû Bakr est de moi et je suis de lui. Il est mon frère dans ce monde et dans l’autre. »5

Le Prophète (pbsl), par ces mots, signifia leur union dans le monde spirituel et le lien établi entre leurs cœurs.


Le grand confident des secrets du Prophète (pbsl)

Abû Bakr devint un miroir de cristal reflétant le cœur du Prophète (pbsl). Ainsi donc, il fut le premier exemple de croyant qui s’abandonna sans condition à la spiritualité du Prophète (pbsl). En raison d’une telle renonciation, tout ce qui appartenait au Prophète avait une grande signification pour lui, aussi devint-il le premier conseiller des Compagnons qui cherchaient à discerner le vrai sens des paroles et des actes du Prophète (pbsl) puisqu’il avait vraiment compris le sens ultime de ses messages.

Ce verset coranique : « Aujourd’hui, J’ai parachevé pour vous votre religion, et accompli sur vous Mon bienfait. Et J’agrée l’Islam comme religion pour vous. » (Coran, Al-Ma’ida, 5/3) a été révélé au cours de ce qui s’est avéré être le Pèlerinage d’Adieu du Prophète (pbsl). Tout le monde fut heureux, hormis Abû Bakr. Les croyants assemblés pensèrent tous que ce verset annonçait la condition parfaite de la religion musulmane, mais seul Abû Bakr y discerna la disparition prochaine du Prophète (pbsl)6.

Au cours de sa dernière maladie, le Prophète (pbsl) était incapable de diriger les prières, car il était trop faible pour se tenir debout. C’est donc Abû Bakr qu’il choisit pour les diriger. Un jour, il se sentit mieux et fit son entrée à la mosquée. Après avoir délivré quelques conseils aux Compagnons, il fit la remarque suivante : « Allah a donné à l’un de Ses serviteurs le choix entre ce monde d’ici-bas et ce qu’Allah possède en Lui-même, et ce serviteur a choisi ce qu’Allah possède en Lui-même. »

Après avoir entendu ces paroles, Abû Bakr se sentit abattu et se mit à pleurer amèrement. Étant donné que son cœur était sage et tendre, il s’était rendu compte qu’il s’agissait d’un discours d’adieu. Depuis qu’il était le premier confident des secrets du Prophète (pbsl), il avait compris des choses que d’autres avaient été incapables de comprendre. Puis il s’écria tel un roseau gémissant : « Ô Prophète ! Tu m’es plus cher que ma mère et mon père ! Tout ce que nous avons, nos pères, nos mères, nos vies, nos biens et nos enfants, nous les avons sacrifiés pour toi ! »7

Personne dans l’assemblée n’était au courant que le Prophète (pbsl) était sur le point de quitter ce monde. Personne non plus ne comprenait pourquoi Abû Bakr pleurait. Ils se demandèrent les uns les autres : « Pourquoi ce vieillard pleure-t-il alors que le Prophète évoquait quelqu’un qui préférait être auprès d’Allah. »8 Ils ignoraient que le serviteur en question était le Prophète lui-même et étaient incapables de ressentir ce qu’Abû Bakr ressentait à ce moment précis.

Le Prophète (pbsl) continua de parler, à la fois pour consoler Abû Bakr et pour exhorter les Compagnons à continuer de l’apprécier. « Nous avons emmené toutes les faveurs que nous avons reçues au même niveau et même davantage excepté les faveurs qu’Abû Bakr a octroyées à notre égard. Il m’a amené tant de faveurs qu’Allah Lui-même les lui rendra le Jour du Jugement. Abû Bakr est parmi ceux qui me sont les plus dévoués en matière de biens et d’amitié. Si je devais prendre un ami intime autre que mon Seigneur, je choisirai Abû Bakr. Mais ce qui nous unit, c’est la fraternité de l’islam. »

Ensuite le Prophète (pbsl) évoqua sa mort prochaine : « Ne laissez aucune porte menant à la Mosquée du Prophète ouverte à l’exception de celle d’Abû Bakr, que de sa porte j’aperçoive un signe glorieux… »9

Ainsi cela fut fait, toutes les portes se fermèrent à l’exception de celle d’Abû Bakr. Ces paroles du Prophète (pbsl) signifient en d’autres termes que la porte de son intimité particulière ne pouvait qu’être ouverte que par un dévouement, un engagement, un attachement et un amour inconditionnels à son égard.


Une forteresse de foi inébranlable

Le témoignage ferme et inébranlable d’Abû Bakr quant au Mi’raj, la fantastique Ascension du Prophète (pbsl), évènement fortement controversé lorsqu’il fut annoncé, ne peut s’expliquer que par sa foi vigoureuse. Hadrat ‘Ali, le quatrième calife, a dit de lui : « Abû Bakr est comme une montagne que le vent ne peut déplacer. »

Abû Bakr était, parmi les Compagnons, l’un des plus fortunés. Il avait offert généreusement sa vie et ses biens au Prophète (pbsl). Tout ce qu’il possédait, il le dépensait sans hésitation sur le sentier d’Allah, sans même se soucier de s’appauvrir. Le Prophète (pbsl) lui demanda une fois ce qu’il avait laissé à sa femme et ses enfants et lui de répondre en toute bonne conscience : « Allah et Son Messager leur suffisent. »10

Nul Compagnon n’avait reçu l’autorisation du Prophète (pbsl), hormis Abû Bakr, de faire don de ses biens, car celui-ci aurait pu être influencé par Satan et regretter un tel acte s’il eût dû face à la pauvreté dans son avenir. Un tel regret aurait pu également enlever toutes les bénédictions attachées aux dons faits antécédemment. Abû Bakr, toutefois, était tellement immergé dans l’amour du Prophète (pbsl) qu’il était comparable à une forteresse de foi inébranlable.

En fait, Abû Bakr fut parfois confronté à la pauvreté et à la difficulté en raison de tout ce qu’il abandonnait pour la cause d’Allah. Malgré cela, de telles difficultés lui procuraient du plaisir et non de la douleur, car il lui suffisait que le Messager d’Allah (pbsl) soit satisfait de lui. Abû Bakr vécut ainsi dans la sérénité jusqu’à la fin de sa vie.

Le Prophète (pbsl) déclara à son sujet : « Celui qui veut voir une personne sauvée de l’enfer doit contempler Abû Bakr.»


Une aura d’humilité et d’effacement

Abû Bakr se perdit dans la réalité d’Allah et de Son Messager (pbsl) et devint un exemple vivant de la moralité du Prophète Muhammad (pbsl). Abû Bakr, comme le Prophète (pbsl), ignora ses propres troubles et devint une figure majeure de charité, de tendresse et de détachement. Il fit une fois l’invocation suivante : « Ô Seigneur, de grâce, élargis mon corps en enfer à tel point que nul autre ne puisse y entrer ! »

Ces paroles indiquent la façon dont il se sous-estimait ainsi que son degré d’effacement et de tendresse.

Quand, après le décès du Prophète (pbsl), il fut élu calife, il monta en chaire pour s’adresser modestement aux musulmans : «Ô gens, on m’a élu pour être votre calife, bien que je ne sois pas meilleur que vous. Si je fais quelque bien, accordez-moi votre soutien. Si jamais je me trompe, écartez-moi. »11

Ce fameux Compagnon du Prophète (pbsl) était d’un caractère si humble qu’il précisa dans son discours inaugural qu’il était même ouvert à toute critique. Il dit au moment où les musulmans lui firent allégeance : « Je n’ai eu aucun désir de devenir calife. Je ne l’ai jamais voulu, même venant d’Allah, que ce soit en public ou en privé, parce que je connaissais l’énorme responsabilité que cette charge incomberait. »

En devenant calife, Abû Bakr était devenu plus humble, plus modeste qu’il ne l’avait été auparavant. Déjà même avant sa prise de fonction, il avait coutume de s’occuper d’orphelins, prenant soin de leurs besoins spécifiques et allant même jusqu’à traire leurs brebis. Après être devenu calife, ses voisins pensaient qu’en étant si occupé, il changerait ses habitudes et que, par conséquent, il cesserait ses occupations antérieures. Rien, cependant, ne changea pour lui, il s’occupa toujours d’orphelins et de la traite des brebis12.

Il n’avait aucune envie de gloire mondaine, que ce soit avant ou après être devenu calife. Comme le Prophète (pbsl), il a toujours œuvré pour vivre une existence conforme à la volonté d’Allah, sans aucune barrière mondaine qui l’empêcherait d’assurer son salut dans l’au-delà. Un souhait qu’il avait formulé avant sa mort avait été de : « vendre mes terres et rembourser au trésor public tout l’argent que j’ai reçu à titre de salaire.»13


Un modèle d’équilibre et de modération

La vie d’Abû Bakr était fondée sur l’équilibre divin. Il faisait toujours montre de modestie et d’humilité et n’a jamais montré de signe d’abjection ou d’incompétence. Il était sérieux, mais pas solennel. Il était indulgent, tolérant, naturellement doux, mais inflexible et courageux lorsque cela s’avérait nécessaire.

Grâce à toutes ses qualités, il n’a jamais toléré d’ingérence dans les directives ordonnées par le Prophète (pbsl). Il est devenu un ardent défenseur de l’islam et ne s’est jamais détourné de ses préceptes. Il réussit à vaincre les contre-mouvements qui surgirent après la mort du Prophète (pbsl). Quand certaines tribus proposèrent de se séparer de la communauté plutôt que de payer l’aumône obligatoire en faveur des pauvres, il dit à leur encontre : « Je déclare la guerre à quiconque refuse de donner en aumône ne serait-ce qu’un pan de tissu. » Ainsi, il ferma toutes les portes qui pouvaient conduire à l’effondrement de la religion. Son attitude décisive en tant que calife fut même apprécié par Hadrat ‘Omar qui était connu comme étant l’incarnation de la justice et du caractère austère14.

Le vénérable Abû Bakr vécut toute son existence fidèle à l’islam et ouvrit la voie pour que d’autres fassent de même. En même temps, il fut une référence en matière de sagesse spirituelle raffinée. Ses conseils et ses avertissements nous ont apporté quelques principes de valeur qui sont à même de nous guider vers le royaume divin.


Quelques paroles de sagesse énoncées par Abû Bakr

«Il n’y a pas de lignée spéciale reliant Allah à Ses créatures. On peut se rapprocher d’Allah que par le don de soi et l’obéissance à Ses commandements.»

«Allah n’est pas satisfait d’un serviteur dont les paroles ne s’étendent pas aux actes.»

«Plus on parle, plus on devient oublieux.»

«Réfléchissez sur quoi vous allez parler, quand vous parlez, et à qui vous parlez!»

«Soyez esclave de celui qui connaît Allah.»

«Faites connaître votre véritable état à celui qui veut vous guider dans le droit chemin ! Sinon, vous vous leurrerez.»

«Si vous voulez que les autres vous traitent mieux, améliorez-vous. »

«Quatre hommes sont de vertueux serviteurs d’Allah : celui qui se réjouit de s’être repenti ; celui qui prie pour le pardon des pécheurs ; celui qui prie pour les fidèles en son absence ; et celui qui aide et sert ceux qui sont dans une situation plus difficile que la sienne. »

« Le faible parmi vous sera fort avec moi jusqu’à ce que j’obtienne les droits qui sont les siens, et le fort parmi vous sera faible avec moi jusqu’à ce que je lui arrache les droits qui sont ceux d’autrui. »

« La corruption vient quand la foi ne se retrouve que dans les mosquées, la richesse avec les avares, les armes avec les lâches et l’autorité avec les fous. »

« Le sage craint Allah. Seuls les imprudents sont oppresseurs. »

« Dans le Coran, Allah le Très-Haut mentionne en même temps les récompenses et les châtiments afin que Ses serviteurs préfèrent l’adoration et craignent la conséquence de leurs actes. »

« Si une occasion de faire l’aumône est sur le point de vous échapper, tentez de l’attraper. Lorsque vous l’avez attrapée, tâchez de donner quelque chose de plus ou quelque chose de mieux. »

« Accorder des faveurs aux gens préserve des catastrophes et des malheurs. »

« Fuyez la renommée de telle sorte que la dignité vous suive. Préparez-vous à la mort afin que vous puissiez donner la vie. »

« Il y a toujours plus que tout malheur. »

« La patience n’est pas suivie de préjudices, et l’anxiété et le désespoir ne sont pas suivis d’avantages. »

« La patience est la moitié de la foi, et le plein engagement est tout cela. »

« Priez Allah pour une vie paisible. Rien n’est plus beau qu’une vie paisible vécue après un engagement total. »

« Pour moi, être en paix tout en étant reconnaissant pour cela vaut mieux que d’être au milieu des épreuves en faisant montre de patience à travers elles ! »

« Le monde d’ici-bas est la place du marché des croyants. Le jour et la nuit sont leur capital ; les bonnes actions sont leurs produits de base ; le paradis est leur profit et l’enfer leur perte. »

« Se remémorer le Prophète avec des paroles de louanges efface les péchés plus rapidement que l’eau éteint le feu. Envoyer des messages de paix au Prophète d’un cœur sincère est meilleur que l’affranchissement d’un esclave. Aimer le Prophète est meilleur qu’une vie dédiée à l’ascèse ou à la lutte dans le sentier d’Allah. »15

« Les amis d’Allah sont de trois catégories. Chaque catégorie peut être reconnue à travers trois signes. La première d’entre elles inclut les amis d’Allah qui Le craignent. Ils sont toujours humbles ; ils font toujours en sorte que leur charité augmente ; ils considèrent toujours leurs péchés insignifiants comme énormes parce qu’ils y voient une règle divine agissant comme telle. Les amis d’Allah de la seconde catégorie espèrent la récompense d’Allah. Ils affichent la vertu et la beauté dans tous leurs actes ; ils dépensent généreusement dans le sentier d’Allah et ne dénigrent personne. Ceux de la troisième catégorie sont les sages qui adorent Allah avec amour et compassion. Ils donnent ce qu’ils aiment le plus dans le sentier d’Allah ; ils visent la satisfaction d’Allah dans tous leurs actes et ne tiennent pas compte des reproches de l’ignorant ; ils obéissent aux commandements et aux interdictions d’Allah même si leurs egos ne les aiment guère. »16

Abû Bakr était un musulman noble et exemplaire qui a réuni toutes les caractéristiques de ces trois catégories. Veuille Allah nous permettre de bénéficier de ses conseils avisés et de suivre l’esprit de son empreinte vertueuse ! Veuille Allah nous permettre d’être liés à sa chaîne d’amitié ! Car, avec la permission d’Allah, les califes bien-guidés, les Compagnons du Prophète (pbsl), les rapprochés d’Allah et ceux qui les suivent à juste titre, sont les plus chanceux des voyageurs sur le sentier divin.

Concluons de la sorte en y joignant quelques supplications d’Abû Bakr :

« Ô Allah ! Fais que la dernière partie de ma vie soit la meilleure, ma dernière action la meilleure de mes actions, et le dernier jour de ma vie le meilleur jour de ma vie ; le jour où je viendrai vers toi. »

« Ô Allah ! Fais que la dernière chose que tu m’accorderas soit Ta bénédiction et une place élevée au paradis. »17

Amin.


Hadrat ‘Omar (qu’Allah l’agrée) (634-644)

Avant d’embrasser l’islam, il était une figure typique de l’Âge de l’ignorance, doté d’un caractère sauvage et impitoyable. Après avoir reçu la foi comme une bénédiction, il devint altruiste, mesuré et scrupuleux en matière de loi. Son caractère dur et brutal se transforma en un caractère tendre et miséricordieux.


‘Omar a été un musulman exemplaire dans tous ses rapports et a résolument suivi la voie glorieuse du Messager d’Allah (pbsl).

Avant d’embrasser l’islam, il était une figure typique de l’Âge de l’ignorance, doté d’un caractère sauvage et impitoyable. Après avoir reçu la foi comme une bénédiction, il devint altruiste, mesuré et scrupuleux en matière de loi. Son caractère dur et brutal se transforma en un caractère tendre et miséricordieux.

En tant que calife, il fut une personne très responsable qui a toujours fortement maintenu la paix de la communauté musulmane. Il disait notamment : « Je crains qu’Allah ne me demande des comptes pour une simple brebis égarée dans l’Euphrate. »18 Le soir, il avait coutume d’aller dans les quartiers de la ville et porter des provisions sur ses épaules afin d’aider les orphelins et les nécessiteux. Son esprit n’était pas apaisé jusqu’à ce qu’il consolât les cœurs brisés, essuyât les larmes coulant des yeux et fasse sourire les gens démoralisés. Il était tellement conscient de ce qu’on lui avait confié qu’il travaillait dur, jour et nuit, pour remplir sa tâche. Pourtant, il n’a jamais été satisfait de ce qu’il accomplissait et n’a jamais été à l’aise non plus. Toutefois, il a toujours suivi le Prophète (pbsl) et a été reconnu comme un calife juste et louable, car sa responsabilité lui inspirait crainte et respect.

Il ne mourut pas de mort naturelle, mais suite à une agression perpétrée par un déséquilibré, il décéda consécutivement à ses blessures. Alors qu’il agonisait, on lui demanda de désigner un successeur. Il répondit à cela : « Dois-je même m’occuper de vous après ma mort ? Je n’espère aucune récompense pour avoir été votre calife. J’espère seulement que mes bonnes prestations de service pourront équilibrer mes mauvaises performances. Je serais heureux tant que je ne serai pas interrogé le Jour du Jugement ! »19

Quand on lui suggéra de nommer son fils ‘Abdullah pour lui succéder comme calife, il déclara : « Dans une famille, un seul sacrifice suffit ! »

L’objectif principal de ce vénérable Compagnon avait été d’assurer le bien-être de la communauté musulmane. Il oublia ses propres soucis pour prendre les soucis de la communauté et se les approprier dans un effort de préoccupation constante. En cela, il suivit strictement l’exemple donné par le Prophète (pbsl). Il n’a jamais oublié la façon dont le Prophète (pbsl) a souffert et lutté pour réussir dans la voie d’Allah ; de ce fait, il suivit la voie sacrée du Prophète (pbsl) et réussit à trouver le bon chemin.


Son mode de vie ascétique

Le Prophète Muhammad (pbsl) avait l’habitude de dormir sur une simple natte de paille. Un jour, ‘Omar se mit à pleurer lorsqu’il aperçut sur le corps du Prophète (pbsl) les empreintes de la natte filandreuse. Quand le Prophète (pbsl) lui demanda la raison de ces pleurs, il répondit : « Ô Messager d’Allah ! Tout le monde sait que le roi de Perse et le roi de Byzance vivent dans le confort. Toi, tu mérites mieux qu’eux parce que ta fonction est plus importante que la leur. » Le Prophète (pbsl) lui dit alors : « Ne préférerais-tu pas ambitionner l’autre monde alors que ceux-là ambitionnent celui-ci ? »20

La caractéristique la plus remarquable du califat de ‘Omar fut la vaste expansion de l’islam. La Péninsule Arabique, l’Egypte, l’Irak, la Palestine et ce qui représente aujourd’hui l’Iran, furent sous la protection de son gouvernement. La richesse des empires byzantin et perse commença à affluer à Médine et le niveau de vie de la communauté musulmane augmenta en conséquence. Pourtant, malgré cela, ‘Omar continua de maintenir le même style de vie qu’il avait suivi avant. Bien que son État augmentât en splendeur et que ses trésors furent conséquents, il continua à délivrer le sermon du Vendredi dans ses vêtements rapiécés. Il vécut ainsi humblement pour se protéger des sollicitations de son ego.

Au cours d’un évènement fameux, ‘Omar se rendit à Damas dans le but d’affermir le nouveau gouvernement islamique après la conquête de la Syrie et, pour l’occasion, fut accompagné que d’un seul valet et d’un seul chameau. En cours de route, il suggéra à son valet de monter sur le chameau à tour de rôle. Le valet refusa l’offre, prétextant que les gens seraient confondus. Pourtant, ‘Omar insista et fit monter l’homme sur le chameau. Lorsqu’ils pénétrèrent dans Damas, ce fut le valet qui était sur le chameau et le souverain qui marchait !

Cet évènement est un exemple concret du principe d’égalité en islam, un exemple qui est resté depuis des siècles dans l’esprit ordinaire de la communauté musulmane.

Bien qu’il ait gouverné un empire, il a toujours séparé ses fonds privés des fonds publics. Il avait l’habitude de s’endetter et d’être confronté à toutes sortes de difficultés. Il n’avait accepté pour vivre qu’une toute partie du trésor en guise d’allocation et s’en accommodait parfaitement. Il vécut une existence si humble que beaucoup de visiteurs ne croyaient pas qu’il était en effet le grand calife ‘Omar.

Certains notables parmi les Compagnons finirent par être agacés quant à sa position et voulurent lui augmenter son allocation. Son caractère était si remarquable qu’ils n’osèrent pas s’adresser directement à lui. Au lieu de cela, ils allèrent en parler à notre mère Hafsa, qui était de son état la veuve du Prophète vénéré (pbsl) ainsi que la fille de ‘Omar et lui demandèrent de soulever la question avec son père. Lorsque Hafsa en informa son père, celui-ci lui répondit d’un ton réprobateur. En effet, il avait vu le Prophète (pbsl) mourir de faim, n’ayant rien à se mettre sous la dent, ne serait-ce qu’une simple datte21.

« Ô ma fille ! Comment le Prophète a-t-il pu vivre ? demanda-t-il.

Hafsa répondit :

« Il possédait juste ce dont il avait réellement besoin. »

‘Omar répliqua :

« Mes deux amis et moi-même sommes comme trois voyageurs : le premier (le Prophète (pbsl) a atteint la place qui est la sienne ; le second (Abû Bakr) s’est joint au premier en suivant le même chemin ; quant à moi, en tant que troisième, je désire me joindre à eux. Si je suis surchargé, je ne serai pas capable de les rattraper ! Ne veux-tu pas que je sois le troisième voyageur sur cette voie ? »22

Omar n’avait qu’un seul objectif en tête : plaire à Allah. Il était tellement rivé sur cet objectif qu’il ne s’est jamais senti vaincu par l’infortune et la difficulté : il possédait un courage indéfectible. Bien que le Prophète (pbsl) lui apportât de son vivant la bonne nouvelle du paradis, ‘Omar a toujours œuvré de manière à le mériter.


L’amour de ‘Omar pour le Prophète (pbsl)

Un jour, à l’époque du Prophète (pbsl), ‘Omar demanda à Muhammad la permission de se rendre en pèlerinage. Le Prophète (pbsl) lui répondit en souriant : « Ô frère ! Prie pour nous aussi ! »23 À cette annonce, ‘Omar fut rempli de joie. « Je fus enchanté par une telle approbation venant de sa part » dira-t-il. Par ailleurs, la moindre approbation venant du Prophète (pbsl) avait pour lui une valeur inestimable. L’exemple suivant met en évidence la profondeur d’affection de ‘Omar à l’égard du Messager d’Allah (pbsl) :

Il y avait un Compagnon nommé Ibn Firas et qui aimait beaucoup le Prophète (pbsl). En raison de cet amour, il désirait posséder quelque chose appartenant au Prophète (pbsl). Un jour, il vit le Prophète (pbsl) manger dans un plat et voulut ensuite garder ce dernier (en souvenir), aussi demanda-t-il à l’avoir. Le Prophète (pbsl), qui n’avait jamais rejeté une demande, lui donna le plat en question.

Par la suite, ‘Omar se rendit régulièrement chez Ibn Firas et lui demanda à chaque fois de ressortir le plat que le Prophète (pbsl) lui avait donné. Ayant saisi le plat, il y versait de l’eau de zamzamprovenant de la source sacrée à La Mecque. Puis, il buvait l’eau et s’en servait ensuite pour s’essuyer le visage et les mains. En fait, il estimait que ce plat avait été béni depuis que le Prophète (pbsl) l’avait touché24.

‘Omar : le séparateur entre le vrai et le faux

L’un des noms de ‘Omar était al-Faruq, le séparateur (ou l’intermédiaire) entre le vrai et le faux (le juste et l’injuste, le bien et le mal…)

Allah dit dans le Coran : « Ô vous qui croyez ! Si vous craignez Allah, Il vous accordera la faculté de discerner (entre le bien et le mal)… »(Coran, Al-Anfal, 8/29) ‘Omar, dont le cœur était rempli de la crainte d’Allah, résolut en tout temps et avec justice tous les problèmes qui lui étaient soumis en extrayant le bien et le mal de leur contexte approprié. Même les premiers jugements qu’il avait rendus étaient connus pour leur cohérence grâce aux versets du Coran qui avaient été subséquemment révélés. Cette vertu propre à ‘Omar est mentionnée dans l’une des paroles du Prophète (pbsl) : « Allah le Très-Haut a doté la langue de ‘Omar avec ce qui est juste. »25 Le Prophète (pbsl) a dit aussi : « Il y eut au sein des communautés antérieures des individus qui furent sous l’emprise de l’inspiration divine. Si tel était le cas parmi mon peuple, ‘Omar le serait certainement. »26

Omar était un homme déterminé et il exprima sa détermination à plusieurs reprises. L’exemple le plus frappant à ce propos fut en fait un véritable miracle accompli :

Un jour, ‘Omar délivra un sermon en chaire. Tout à coup il s’écria : « Vers la montagne, vers la montagne ! » Ces paroles n’avaient rien à voir avec le sujet du sermon. Mais dès qu’il eut prononcé ces mots, Sariya, son commandement en chef, était à ce moment même au cœur d’une bataille dans un lieu très éloigné. Plus tard, ce dernier rapporta qu’il avait entendu les paroles de ‘Omar : « Vers la montagne ! » À son ordre, son armée se replia vers la montagne et put de ce fait éviter une attaque de l’ennemi27.

Par la grâce d’Allah, ‘Omar a bénéficié de la bénédiction divine et est devenu une figure monumentale de la justice et pour la justice. En sa présence, les forces du mal n’avaient aucune chance d’attirer les gens dans le péché. Dans sa sphère d’influence, il n’y avait pas de place pour l’injustice et la cruauté. Le Prophète (pbsl), par conséquent, dit à ‘Omar : « Je jure par Allah le Tout-Puissant que si Satan te rencontrait, il marcherait sur un autre chemin. »28


Les actes parlent plus que les paroles

‘Omar légua beaucoup de paroles sages pour guider les fidèles. Par exemple, il donna le conseil suivant : « Ne juge personne selon le nombre de ses prières ou de jours jeûnés. Juge selon qu’il dise la vérité (ou non), s’il garde ce qui lui est confié et respecte la différence entre ce qui est licite et illicite. »29

Ces paroles de ‘Omar démontre que la véritable prière et le véritable jeûne amènent forcément au renoncement à commettre le mal. En effet, la prière et le jeûne accomplis par une personne qui ne désire pas former son soi intérieur n’apporteront aucun avantage. Une telle prière et un tel jeûne ne recevront aucune bénédiction et ne seront donc pas à l’abri du mal et des erreurs.

‘Omar fit des reproches à certaines personnes qui avaient cessé de travailler pour vivre, disant : « Nous sommes le peuple qui mettons notre confiance en Allah. » Il leur dit aussi : « Vous n’avez nulle confiance en Allah, mais dans les biens d’autrui. Le vrai peuple de la confiance est celui qui plante ses graines, puis fait confiance à Allah. »30

Un homme vantait les louanges d’une certaine personne. ‘Omar lui demanda : « As-tu déjà voyagé avec lui ? As-tu déjà été son voisin? As-tu déjà échangé (quelques paroles) avec lui ? » L’homme répondit par la négative à toutes ces questions. Puis ‘Omar dit à l’homme : « Je jure par Allah que tu ne le connais pas. »31

Le point le plus important à mettre en évidence lorsque l’on juge quelqu’un est, comme nos ancêtres l’ont dit, que les actes soient plus éloquents que les paroles. Si nous édifions un caractère ferme et développions une personnalité spirituelle, le fait serait manifeste dans toute relation interpersonnelle ou dans toute autre entreprise, ainsi que dans ce que nous dirions. La qualité inhérente aux actions d’une personne a donc été pour ‘Omar le principe le plus important, principe qui l’a guidé à discerner l’approche de la vie qui le caractérisait le mieux.

Il disait : « Parmi les gens que je ne connais pas, celui que j’apprécie le plus est celui qui a une bonne réputation. Parmi les gens que je connais, celui que j’apprécie le plus est celui qui a un bon comportement. Parmi les gens que je suis amené à interroger, celui que j’apprécie le plus est celui qui dit la vérité. »32


Une vie honorée par le Coran

Omar était très désireux de faire montre de respect envers le Coran. On dit qu’il lui fallut des années pour appliquer dans sa vie les principes cités dans la deuxième sourate du Coran, Al-Baqara. Quand il sentit enfin qu’il avait réussi à intérioriser ces principes, il égorgea un chameau afin de remercier Allah33.

Il y eut en effet des paroles du Coran qu’il avait entendues chez sa sœur et qui l’avaient amené à embrasser l’islam. Après cela, il fit de son mieux pour saisir le sens du Coran et vivre sa vie en conséquence. Cette entreprise lui avait donné beaucoup de plaisir. Ainsi, il devint un adepte enthousiasmé du Coran et de la Sunna du Prophète (pbsl). Comme sa vie fut un modèle de sagesse islamique, il devint un modèle pour un grand nombre de musulmans.

Lorsque ‘Omar mourut, Abdullah ibn Mas’ud déclara tristement : « Neuf sur dix parmi les gens instruits sont maintenant partis. »

Quelques compagnons qui l’avaient entendu objectèrent : « Nous avons d’autres personnes instruites parmi nous ! »

Il leur répondit ceci : « Je faisais allusion à l’instruit qui possède la sagesse spirituelle ! »

A’icha parla en bien de ‘Omar aux Compagnons. Elle leur affirma ceci notamment : « Ornez vos cercles (de réunion) en adressant des paroles de respect envers le Prophète (pbsl) et en mentionnant ‘Omar. »34

‘Omar interpréta avec sagesse la moralité éminente du Prophète (pbsl) et s’efforça avec constance de servir dans le chemin d’Allah. Voici quelques paroles de sagesse qu’il énonça.


Quelques paroles de sagesse énoncées par ‘Omar

« Il est plus facile de cesser de pécher que de continuer à se repentir. »

« Celui que j’aime le plus est celui qui m’avoue ses erreurs. »35

« Celui qui parle le plus est celui qui fait le plus d’erreurs. Quiconque fait beaucoup d’erreurs perd son bon sens à leur propos. Celui qui perd son bon sens à leur propos ne réfléchit pas à deux fois à ce qu’Allah a interdit et permis. Le cœur d’une telle personne est considéré comme spirituellement mort. »

« Si ce n’était pas une prétention de connaître l’avenir, je témoignerais en faveur de cinq catégories de gens dignes du paradis : de pauvres gens qui ont beaucoup d’enfants, qui restent patients et remercient Allah ; une épouse qui satisfait son mari ; une épouse qui rend volontairement son cadeau de mariage à son mari ; un enfant qui satisfait ses parents ; et un pénitent sincère. »

« J’ai connu toutes sortes d’amis, mais je n’ai pas trouvé de meilleur ami que le fait de surveiller sa langue. J’ai connu toutes sortes de vêtements, mais je n’ai pas trouvé de meilleur vêtement que la chasteté et l’abstention des choses interdites. J’ai connu toutes sortes de richesses, mais je n’ai pas trouvé de meilleure richesse que la satisfaction de ce que l’on a. J’ai connu toutes sortes de faveurs, mais je n’ai pas trouvé de meilleure faveur qu’un bon conseil. J’ai connu toutes sortes de nourriture, mais je n’ai pas trouvé de meilleure nourriture que la patience. »

« Se faire des amis est la moitié de l’intelligence. Poser des questions est la moitié de la connaissance. Prendre des mesures est la moitié de la vie. »

« Ce monde n’est rien comparé à l’autre. Il n’est guère plus qu’un saut de lapin. »36

«  Quiconque évite de parler dans le vide, la sagesse lui sera accordée. Quiconque évite la curiosité, la modestie lui sera accordée. Quiconque évite le goût de la nourriture, le goût de la prière lui sera accordé. Quiconque évite la frivolité, la grandeur lui sera accordée. Quiconque évite la folie, l’honneur lui sera accordé. Quiconque évite l’amour de ce monde, l’amour de l’autre monde lui sera accordé. Quiconque évite de déplorer les défauts d’autrui, la possibilité de corriger ses propres défauts lui sera accordée. Quiconque évite de s’immiscer dans les secrets des attributs transcendants d’Allah, la dissipation du doute lui sera accordée. »

« Dix choses ne mûrissent pas sans le concours de dix autres : l’intelligence sans la chasteté ; la vertu sans la connaissance ; le salut sans la crainte ; le gouvernement sans la justice ; la dignité sans la décence ; le confort sans la sécurité ; la richesse sans le don ; la pauvreté sans la frugalité ; la souveraineté sans l’humilité ; l’effort sans la guidée divine. »

« On ne fera pas miséricorde à celui qui ne fait pas montre de miséricorde. On ne pardonnera pas à celui qui ne pardonne pas. Celui qui ne s’éloigne pas du péché ne pourrait atteindre la pleine soumission à Allah. »37

« Toute prière est suspendue entre terre et ciel. Elle ne monte pas tant que le Prophète (pbsl) n’est pas louangé. »38

« Laissez les marchands bien informés de la religion faire commerce dans nos marchés. »39

« Flatter quelqu’un en face de lui revient à l’abattre. »40

Omar écrivit à ses gouverneurs : « Pour moi, votre œuvre la plus importante, c’est la prière. Celui qui observe ses prières (rituelles) préservera sa religion. Celui qui n’observe pas ses prières (rituelles) la perdra sous peu. »41

Qadi Shuray écrivit à ‘Omar pour lui demander comment il devait juger. Ce dernier lui répondit : « Juge selon ce que tu trouveras dans le livre d’Allah. Dans le cas où il ne s’y présente aucune référence, rends-toi à la pratique du Prophète (pbsl). Si tu ne trouves aucune référence dans ces deux cas, juge selon les principes affichés par les serviteurs pieux d’Allah. Si tu n’y trouves encore aucune référence, fais-toi ton idée sur la question ou bien arrête-toi là. Mais si tu me demandes, la seconde (solution) est la meilleure. »42

« La prospérité et la pauvreté sont l’une et l’autre une piste. Peu m’importe laquelle j’emprunte. »

« La personne la plus intelligente est celle qui juge bien les actions des hommes. »

« Je peux évaluer le degré d’intelligence d’une personne aux questions qu’elle pose. »

« Ne remettez pas à demain ce que vous pouvez faire aujourd’hui. »

« Une fois qu’une tâche est reportée, il est difficile de la faire avancer de nouveau. »

« Quiconque ignore qui est Satan tombera facilement dans ses pièges. »

« Ne vous inclinez pas vers ce bas monde. Alors vous pourrez vivre librement, affranchis de votre ego. »

« Si vous ne vivez pas ce que vous croyez, vous commencerez à croire ce que vous vivez. »

« Vous ne pouvez pas parvenir à corriger des personnes à moins que vous ne vous corrigiez vous-mêmes. »

« Le plus ignorant des hommes est celui qui jette son propre devenir (litt. son propre au-delà) au détriment des avantages mondains que procurent les autres. »

« Le côté noble d’une faveur d’un service que l’on rend est de le faire sans tarder. »

« Le témoin caché d’un acte mauvais, c’est notre conscience. » (Un homme avait demandé au Prophète (pbsl) ce qu’était le mal. Le Prophète (pbsl) lui avait répondu ceci : Tourne-toi vers ton cœur pour savoir ce qui est mal ! Le bien, c’est ce qui réjouit le cœur, et ton cœur t’appellera à le poursuivre. Le péché crée l’anxiété et rend le cœur mal à l’aise, même si d’autres t’invitent à le poursuivre.)43

« Celui qui dissimule son secret peut se gérer lui-même. »

« Tachez d’être fort sans violence et d’être doux sans faiblesse. »

Omar, avec toute sa sagesse et sa perspicacité, avait coutume de prier ainsi : « Ô Allah ! Je cherche refuge auprès de Toi pour que Tu ne m’emportes pas soudainement loin de Toi, pour que Tu ne me laisses pas m’égarer et pour que Tu ne me comptes pas parmi les insouciants ! »44

Chaque soir, il se questionnait et faisait le point sur ce qu’il avait accompli durant la journée.45 Nous devrions nous-mêmes tirer profit de cette pratique pour nous former spirituellement. Par exemple, nous devrions nous demander chaque soir : « Qu’ai-je fait sur la voie d’Allah aujourd’hui ? » En effet, tout musulman doit prendre garde de ne pas être ignorant quant à ses missions terrestres et supraterrestres et de s’interroger avant d’être interrogé par Allah.

Veuille Allah nous aider à rendre facilement compte de notre vie le Jour du Jugement ! Veuille Allah nous aider à orner notre existence de bonnes actions et à mériter les bénédictions spirituelles propres à l’au-delà. Veuille Allah nous accorder le signe distinctif de ‘Omar, al-faruq, et nous permettre de distinguer la vérité du mensonge.

Amin.



Hadrat ‘Uthman (qu’Allah l’agrée) (644-656)

Uthman était un homme généreux, sage, doux, timide, humble et tendre. Le Prophète (pbsl) a dit de lui devant ses Compagnons : « La personnalité de ‘Uthman est celle qui me rappelle le plus la mienne. »

Uthman fut assassiné alors qu’il jeûnait et lisait le Coran. Il avait plus de 80 ans. Il fut poignardé et son sang se répandit sur le verset coranique suivant : « Alors Allah te suffira contre eux. Il est l’Audient, l’Omniscient. » (Coran, sourate Al-Baqara, 2/ 137)


‘Uthman, le troisième des quatre califes, était un Compagnon qui fut à la fois le gendre du Prophète (pbsl) et son serviteur. Il continua à servir l’islam au cours de la vie de ses deux prédécesseurs chargés du califat, Abû Bakr et ‘Omar, avant d’être lui-même élu à cette fonction.

Le Possesseur des Deux Lumières (Dhûn-Nurayn)

‘Uthman fut particulièrement brisé et anéanti lorsque Ruqayya, la noble fille du Prophète (pbsl), décéda. Et quand le Prophète (pbsl) le questionna au sujet de l’intensité de sa douleur, il répondit : « Ô Prophète ! Personne n’a autant perdu que moi. Non seulement je dois dire adieu à mon épouse bien-aimée, mais le lien de parenté qui existe entre toi et moi n’est plus également. » Quand ses proches lui suggérèrent qu’il pourrait se remarier, il déclara : « Je ne pourrai accepter personne comme beau-père après le Prophète (pbsl). Je ne pourrai pas épouser une autre femme après sa fille. »

Le Prophète (pbsl) fut extrêmement touché par cet élan d’amour et d’engagement. Aussi, après un certain laps de temps, il prit les dispositions nécessaires pour que ‘Uthman épouse une autre de ses filles, en l’occurrence UmmKulthum. Néanmoins, cette dernière mourut du vivant de ‘Uthman. Le Prophète (pbsl) lui dit à cette occasion : « Si j’avais une troisième fille célibataire, je te l’offrirais également en mariage. »46 Tels furent ses mots particuliers d’amour qu’il prononça à l’égard de ‘Uthman.

Uthman était un homme généreux, sage, doux, timide, humble et tendre. Le Prophète (pbsl) a dit de lui devant ses Compagnons : «  La personnalité de ‘Uthman est celle qui me rappelle le plus la mienne. »47 ‘Uthman s’exprimait très clairement et était le plus éloquent des Compagnons. Il parlait peu, mais ce qu’il disait était toujours empli de sagesse.


Un monument de modestie et de componction

Uthman était un exemple de modestie et de componction. Même les anges se sentaient inférieurs à lui en ce qui concerne ces traits48.

Un jour, alors que le Prophète (pbsl) conversait avec notre mère A’icha dans ses appartements privés, Abû Bakr leur demanda la permission de se joindre à eux ; il fut aussitôt admis. Puis, ‘Umar et Sa’d ibn Malik vinrent à leur tour et furent reçus de la même manière. Mais quand ‘Uthman demanda la permission (d’entrer), le Prophète (pbsl) mit un peu d’ordre et demanda à A’icha de se retirer derrière le rideau avant de saluer leur dernier visiteur.

‘Uthman se joignit à la conversation pendant un certain temps puis quitta les lieux. Après son départ, notre mère A’icha demanda au Prophète (pbsl) : « Quand mon père Abû Bakr est venu et que d’autres Compagnons nous ont rejoint, tu ne t’es pas redressé et tu ne m’as pas demandé de me retirer. Pourtant, quand ‘Uthman est venu, vous vous êtes tous deux redressés et tu m’as demandé de me retirer, pourquoi ? »

Le Prophète (pbsl) lui répondit : « Même les anges se redressent lorsqu’ils voient ‘Uthman. Comment aurais-je pu agir autrement ? Je jure par Allah que les anges eux-mêmes mettent de l’ordre lorsqu’ils voient ‘Uthman comme ils le font quand ils voient Allah et Son Messager. Si tu avais été avec moi au moment où ‘Uthman est entré, il t’aurait été incapable de prononcer un mot ou de lever le petit doigt. »49

‘Uthman, ce monument de modestie et de componction, a dit : « Protégez l’œil de l’illicite est le meilleur moyen de confiner les désirs lascifs. » Il a toujours essayé de former les gens à cet égard.

Anas, un fameux Compagnon, raconta qu’un jour, alors qu’il était en chemin pour rendre visite au calife ‘Uthman, il remarqua une femme fort belle et fut attiré par sa beauté. Quand il se présenta devant ‘Uthman, il entendit avec surprise ce dernier lui dire : « Ô Anas ! Tu te présentes devant moi avec des signes d’adultère dans tes yeux ! »

Anas se sentit soudain honteux. « Est-ce que ce genre de révélation se poursuivra après le Prophète ? » demanda t-il. « Non, lui répondit ‘Uthman, ce n’est rien d’autre que de la perspicacité. »50

Un jour, ‘Ali apporta de l’eau au Prophète (pbsl) pour les ablutions rituelles et lui demanda : « Ô Messager d’Allah ! Qui sera la première personne à être interrogée le Jour du Jugement ? »

Le Prophète (pbsl) répondit : « Ce sera moi. Je demeurerai auprès d’Allah aussi longtemps que je le désirerai, et partirai de là avec tous mes péchés pardonnés. »

‘Ali demanda de nouveau : « Qui viendra ensuite ? »

Le Prophète (pbsl) répondit : « Viendra ensuite Abû Bakr. Il demeurera auprès d’Allah aussi longtemps qu’il le désirera, et lui aussi verra ses péchés pardonnés. »

‘Ali demanda de nouveau : « Qui vient ensuite en troisième ? »

Le Prophète (pbsl) répondit : Viendra ensuite ‘Omar. Il demeurera auprès d’Allah aussi longtemps qu’il le désirera, et lui aussi verra ses péchés pardonnés. »

‘Ali demanda encore : « Et qui arrive en quatrième position ? »

Le Prophète (pbsl) répondit : « C’est toi qui suivra ‘Omar. »

‘Ali demanda : « Quand est-ce que viendra le tour de ‘Uthman ibn Affan ? »

Et le Prophète (pbsl) répondit : « ‘Uthman est une personne timide. J’ai prié Allah pour qu’Il ne le questionne pas et ma prière a été exaucée. »51


Tant qu’il n’y est pas autorisé (le Prophète), je ne bougerai pas de là

Uthman aimait le Prophète (pbsl) plus que lui-même. Il considérait toutes les paroles qu’il disait comme des commandements. Avant que le traité de Hudaybiya ne fut signé, le Prophète (pbsl), à la tête d’une armée de pèlerins, organisa une trêve avec les idolâtres de La Mecque ; c’est dans ce contexte que ‘Uthman y fut envoyé en tant qu’émissaire du Prophète (pbsl). ‘Uthman dit aux idolâtres que les musulmans campés à l’extérieur de leur ville ne désiraient que visiter la Maison d’Allah (la Ka’ba) à La Mecque, puis retourner à Médine en paix. Les idolâtres ne furent nullement d’accord pour admettre les pèlerins (dans leur ville), mais invitèrent ‘Uthman à visiter seul la Maison d’Allah. Mais celui-ci déclara : « Je ne peux visiter la Maison d’Allah alors que le Prophète (pbsl) n’est pas autorisé à le faire ! Je ne peux la visiter qu’après lui et tant qu’il n’y est pas autorisé, je ne bougerai pas de là. »52

Les idolâtres ne furent pas du tout contents. Le bruit se répandit dans le camp musulman que ‘Uthman avait été martyrisé. (Après consultation), le Prophète (pbsl) obtint l’approbation des Compagnons pour combattre les idolâtres par égard pour ‘Uthman. Pour bien montrer à quel point il était attaché à ‘Uthman, il plaça une main au-dessus de l’autre et s’écria : « Ô Allah ! Cette approbation unanime des Compagnons est pour ‘Uthman. Il est en effet à Ton service et au service de Ton Messager ! »53

La rumeur était fausse ; cependant, peu de temps après, les idolâtres envoyèrent un émissaire pour faire la paix et ‘Uthman retourna sain et sauf.


Un soleil de générosité

Uthman est un symbole non seulement de loyauté, mais aussi de générosité. Il avait coutume de dire : « La prospérité n’est bonne que pour celui qui est reconnaissant et généreux » et il avait coutume d’agir conformément à ce qu’il disait. Il a libéré ou conduit d’autres personnes à libérer des centaines d’esclaves. »54

Avant la bataille de Tabūk, qui fut l’une des plus critiques pour les musulmans, il fit don à l’armée de 300 chameaux entièrement équipés ainsi que 1000 dinars. Le Prophète (pbsl) fit à ce propos la remarque suivante : « La générosité de ce don permettra à ‘Uthman d’être protégé de tout ce qu’il fait. »55

***

Lorsque ‘Uthman émigra de La Mecque vers Médine, il constata que les musulmans de Médine souffraient du manque d’eau. En effet, l’eau provenant de la plupart des puits de Médine n’était pas potable. Seul un puits, nommé al-Ruma, offrait de l’eau potable. Ce puits était détenu par un membre d’une des tribus juives de Médine qui vendait son eau aux musulmans.

Le Prophète (pbsl) demanda à son peuple : « Qui veut acheter le puits d’al-Ruma en échange d’un meilleur au paradis ? »

‘Uthman partit en vue d’acheter le puits en question, mais le propriétaire refusa. ‘Uthman, cependant, négocia avec lui et réussit à acheter une demi-part du puits, de sorte que les musulmans et les juifs pussent y avoir librement accès. Plus tard, l’occasion lui fut donnée d’acheter le puits complet. Le Prophète (pbsl) lui demanda alors s’il serait disposé à offrir le puits d’al-Ruma en charité, ce qu’il accepta de suite. Après cela, il n’y eut plus de pénurie d’eau à Médine.

On raconte que ‘Uthman lui-même allait puiser de l’eau au puits qui lui appartenait désormais, à l’instar d’autres personnes qui agissaient de la sorte. On raconte de même que cette générosité a conduit à la révélation du célèbre verset coranique suivant :

« Ô toi, âme apaisée, retourne vers ton Seigneur, satisfaite et agréée ; entre donc parmi Mes serviteurs, et entre dans Mon Paradis. » (Coran, Al-Fajr, 89/27-30)

***

Quand l’islam commença à se propager et que le nombre de personnes qui visitaient Médine se multiplia, la mosquée du Prophète (pbsl) ne devint plus assez spacieuse pour accueillir la congrégation et de nombreuses personnes dressèrent leurs tentes autour de la mosquée. Le Prophète annonça à cette occasion : « Celui qui étend notre mosquée, ne serait-ce que d’un seul mètre, ira au paradis ! »

‘Uthman dit au Prophète (pbsl) : « Ô Prophète ! Que tous mes biens te soient sacrifiés ! J’aurais voulu recevoir l’honneur d’étendre ta mosquée. » Puis le verset coranique suivant fut révélé :

« Ne peupleront les mosquées d’Allah que ceux qui croient en Allah et au Jour dernier, accomplissent la Salat, acquittent la Zakat et ne craignent qu’Allah. Il se peut que ceux- là soient du nombre des bien-guidés. » (Coran, At-Tawba, 9/18)56

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Ali avait fait apporter son bouclier au marché afin d’en retirer quelque argent pour son mariage prévu avec Fatima. Entre temps, ‘Uthman reconnut que ce bouclier était celui de ‘Ali. Il dit alors au porteur : « Quelle somme le propriétaire de ce bouclier demande t-il pour ce bouclier ? » Le porteur lui répondit que le prix était de 400 dirhams en argent. ‘Uthman donna au porteur 400 dirhams et en rajouta 400 de plus. S’étant saisi du bouclier, ‘Uthman dit alors au porteur, en guise de message pour ‘Ali : « Personne ne mérite ce bouclier plus que toi ! La somme supplémentaire que tu trouveras permettra de couvrir tes frais de mariage. J’espère que tu nous excuseras pour cela. »57

***

Voici un autre évènement mettant en évidence le caractère noble de ‘Uthman, notre modèle de générosité : Au cours du califat d’Abû Bakr, une famine sévissait à Médine. ‘Uthman importa du blé, porté par une centaine de chameaux. Poussés par la faim, les gens se précipitèrent pour en acheter. Certains même voulurent l’acheter plus cher que sa valeur en cours. Mais ‘Uthman dit à ces derniers : « Je n’en vends qu’à ceux qui paient plus que ce que vous offrez. » Ayant entendu ces paroles, les Compagnons allèrent voir Abû Bakr et se plaignirent à lui. Cependant, Abû Bakr réalisa ce que ‘Uthman avait en tête. Il leur dit alors : « Ne vous hâtez pas d’avoir ce genre de pensées à l’égard de ‘Uthman ! Il est le gendre du Prophète (pbsl) ; tous deux seront amis dans le paradis. Peut-être avez-vous mal compris ? »

Ainsi, tous ensemble, ils retournèrent vers ‘Uthman. Abû Bakr dit à ce dernier : « ‘Uthman, les Compagnons ont été bouleversés par ce que tu as dit. » ‘Uthman répondit : « Ô calife du Prophète ! Ils m’en ont offert sept fois plus que la valeur en cours. Je suis en train de vendre ce blé à Quelqu’un qui est prêt à l’acheter jusqu’à sept cents fois sa valeur actuelle. » Puis il offrit toute la quantité de blé aux pauvres de Médine ainsi que la viande de la centaine de chameaux : tous sacrifiés pour Allah.

Abû Bakr était ravi. Il embrassa ‘Uthman sur le front en disant : « J’ai compris de suite que les Compagnons t’avaient mal jugé. »58


Un amoureux du Coran

La personnalité de ‘Uthman avait été éclairée par l’esprit de la Révélation. Il était en effet un amoureux du Coran. Il fit une fois la remarque suivante : « Il m’a été donné d’aimer trois choses dans ce monde : nourrir l’affamé, vêtir celui qui n’a pas de vêtement, et lire le Coran. »

Durant le califat d’Abû Bakr ; les différentes sourates du Coran avaient été assemblées de manière inconséquente et non selon un ordre spécifique. Quand ‘Uthman accéda au califat, il demanda à un groupe de Compagnons de compiler ces sourates selon un ordre spécifique ; il fit produire également de nombreuses copies de ce Coran nouvellement structuré et compilé. En l’an 30 de l’Hégire, il fit envoyer un certain nombre de ces copies dans les principaux centres du monde habité, lesdites copies devenant en conséquence des références en la matière. Cette œuvre commise par ‘Uthman empêcha l’émergence de différentes versions du Coran.

Uthman avait coutume d’embrasser le Coran à chaque fois qu’il se réveillait. Il disait : « Je déteste l’idée que je ne puisse pas lire le Coran jour et nuit. »59 Il le lisait si souvent qu’il en avait toujours deux exemplaires près de lui.

Abdurrahman ibn ‘Uthman al-Taymi a dit : « Une nuit, à son office, ‘Uthman a récité la totalité du Coran dans un seul cycle de prière. »60


Engagement et modestie

C’était leur nature, mais aussi leurs principes qui élevèrent les fameux Compagnons du Prophète (pbsl) au rang d’étoiles dans les cieux spirituels. Bien après le triomphe de l’Islam, ils devinrent tous riches (matériellement) ; pourtant, malgré tout, ils continuèrent de mener une vie humble et modeste simplement par désir de suivre la voie du Prophète (pbsl).

‘Uthman portait des vêtements ordinaires et bon marché, mais ils étaient toujours propres. À la mosquée, il dormait à même le sol après la prière de midi alors que l’on pouvait souvent apercevoir sur son corps des marques causées par des pierres. Il offrait de délicieux festins aux gens, mais lui se contentait de vinaigre et d’huile d’olive pour assaisonner sa propre nourriture. Il passait des journées entières à jeûner et des nuits entières à prier, mais jamais il n’imposa à ses serviteurs de lui préparer l’eau nécessaire à ses ablutions en dehors de leurs heures de service.

Uthman était très attentif quant au fait de traiter les gens avec justice. Abul-Furat relata à cet effet un évènement tout à fait représentatif : « ‘Uthman demanda un jour à son serviteur de lui tirer l’oreille parce que lui-même l’avait fait à son égard. Au moment où le serviteur saisit l’oreille de ‘Uthman, ce dernier lui demanda de tirer plus fort, disant que les représailles ne sont limitées en ce monde qu’à une exactitude formelle, mais qu’elles ne le seront pas dans l’autre. »61


Uthman le martyr

Les musulmans réussirent à conquérir de nombreux nouveaux territoires pendant le califat de notre maître ‘Uthman. La domination musulmane s’établit à Chypre, au Tabaristan (dans le nord de l’Iran actuel), à Tripoli et en Arménie. Les armées musulmanes attaquèrent les îles de Rhodes et de Malte, ainsi que la grande capitale byzantine, Constantinople. La plus grande partie de l’armada byzantine fut détruite en Mer Méditerranée et le commerce maritime musulman se hasarda vers des lieux toujours plus nombreux. De tels mouvements permirent la prospérité de bon nombre de gens habitant dans ces nouvelles terres musulmanes et d’enrichir le trésor de l’État.

La prospérité fut si conséquente que certaines personnes préférèrent les plaisirs de ce monde et les controverses politiques sur le contrôle de la nouvelle richesse, et le pouvoir commença à connaître des difficultés. La lutte devint une crise gouvernementale généralisée. Finalement, des insurgés venant d’Egypte, de Bassora et de Kufa se rassemblèrent à Médine et mirent le siège devant la demeure de ‘Uthman. Le blocus fut si sévère qu’ils l’empêchèrent d’utiliser l’eau du puits qu’il avait lui-même acheté et donné au profit des musulmans.

‘Uthman exprima manifestement le chagrin qu’il éprouvait et les mit en garde avec perspicacité contre les troubles qui allaient suivre. Il leur dit : « Je suis comme le père d’enfants qui ne lui obéissent pas de leur vivant et qui lui causeront encore du souci après leur mort. » Lorsque certains Compagnons qui l’avaient suivi lui suggérèrent de lever une armée pour anéantir ces rebelles, il refusa parce qu’il ne voulait pas introduire la violence au sein de la communauté, disant : « Je préfère mourir de persécution plutôt que d’aboutir à des effusions de sang. »

‘Uthman s’efforça malgré tout de donner des conseils aux rebelles, mais cela s’avéra d’aucune utilité. Finalement, ils firent irruption dans sa demeure et l’assassinèrent.

‘Uthman tomba martyr à un moment où il jeûnait et lisait le Coran. Il était âgé de plus de 80 ans. Il fut poignardé et son sang se répandit sur le verset suivant : «  (…) Alors Allah te suffira contre eux. Il est l’Audient, l’Omniscient. » (Coran, Al-Baqara, 2/137)

Le Prophète (pbsl) dit à son sujet : « Je jure par Allah que ‘Uthman intercédera auprès d’Allah pour sauver soixante-dix mille musulmans du feu de l’enfer. »62

Veuille Allah nous aider à saisir le sens de la sagesse de ‘Uthman.


Quelques paroles de sagesse énoncées par ‘Uthman

« Les personnes les plus sages sont celles qui régissent leur moi inférieur, accomplissent de bonnes actions pour le monde futur et utilisent la gloire d’Allah pour se prémunir contre l’obscurité de la tombe. »

« Laissez le serviteur craindre Allah, afin qu’il ne soit pas ressuscité aveugle, si maintenant il a des yeux ! Un mot significatif est suffisant pour le sage. Ceux qui sont spirituellement sourds ne peuvent pas entendre quand même… »

« Cinq choses définissent les signes des justes : ils tiennent compagnie à ceux qui œuvrent pour la religion. Ils régissent leurs désirs et préservent leur langue. Ils font la distinction entre les bons et les mauvais usages de la richesse quand d’autres sont enclins à oublier Allah et évitent de tomber dans l’illicite. Ils pensent que d’autres sont susceptibles d’être sauvés, alors qu’eux-mêmes sont susceptibles d’être perdus. »


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