Excerpt for Black Ops: Libye by Matthew Lynn, available in its entirety at Smashwords

Black Ops: Libye

Matt Lynn



Black Ops: Libye

Matt Lynn



Published by Matt Lynn at Smashwords

Copyright 2011 Matt Lynn





Smashwords Edition, License Notes

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Note de l'auteur

« Black Ops: Libye » est le premier d'une nouvelle série de courts thrillers, conçue comme un mélange de journalisme et de fiction. Chaque récit Black Ops est tiré d’écrits journalistiques ou autres se rapportant à l’actualité. Cette histoire est inspirée des événements qui se sont déroulés à Tripoli en août 2011; mais, bien sûr, tout est fictif. Le personnage du Colonel est inventé, et aucune ressemblance n’est voulue avec une personne réelle. Les lecteurs qui aimeront cette histoire pourraient apprécier mes autres livres électroniques, plus longs, «Death Force», «Fire Force" et "Shadow Force".

- Matt Lynn, août 2011

© Matthew Lynn 2011

Matthew Lynn has asserted his rights under the Copyright, Design and Patents Act, 1988, to be identified as the author of this work.

First published 2011 by Endeavour Press Ltd.







Table of Contents



Chapitre1

Chapitre2

Chapitre3

Chapitre4

Chapitre5

Chapitre6

Chapitre7

Chapitre8

Chapitre9

Chapitre10

Chapitre11

Chapotre12

Chapitre13

Chapitre14

Chapitre15

Chapitre16

Chapitre17

Chapitre18

Chapitre19

Chapitre20

Chapitre21

Chapitre22







Chapitre1



Chaque fois qu’il s’engageait dans une nouvelle bataille en hélico, Alex Marden était plongé dans le même dilemme : fallait-il mettre des gants ou pas ? Au risque de voir ses mains laminées après avoir touché terre?

Les gants protègent les paumes des mains quand on descend d’un hélico en rappel. Mais ils vous empêchent aussi d’attraper facilement votre arme. S’ils sont assez épais pour que votre peau ne soit pas déchiquetée, ils ne vous permettent pas de glisser votre doigt dans la gâchette d’un fusil d’assaut SA-80, au moment où vous en avez besoin lorsque vous atteignez le sol. Et encore, en admettant que vous ayez une chance de survivre à l’attaque.

C’est le métier de soldat, pensa-t-il en haussant les épaules.

Des choix brutaux. Une douleur intense ou la mort: si vous n’aimez pas ça, ne choisissez pas ce boulot. Il plongea les mains dans sa trousse, en sortit les gants et les enfila soigneusement. Dans le Faucon Noir, Jack Rogan, la face bronzée, tannée par les ans, leva les yeux, sourire aux lèvres. «Vous les gars du SAS, vous aimez vraiment prendre soin de vous? ». Il secoua la tête et se dit amusé «peut-être voudriez-vous aussi un peu de crème solaire… Pour être certain que rien ne viendra abimer votre belle peau.»

« Je ne vaux plus rien, si mes mains saignent au point de m’empêcher de bien tirer» dit Alex.

Il n’avait rencontré Rogan qu’une heure auparavant, dans la salle de briefing. Un ancien marine des Navy Seal, chassé de son unité pour son goût excessif de la boisson et du jeu. Un soldat légendaire, coriace. Mais indiscipliné et opiniâtre. Un type aussi fiable que féroce.

Insaisissable, en d’autre termes.

Comme d’ailleurs tous les gars de la Cinquième Unité, la Brigade des Black Ops, comme on l’appelait dans les milieux militaires. Une unité top-secrète de l’OTAN, composée exclusivement de soldats des Forces Spéciales. Ayant tous quelque chose à cacher. Déployés dans les missions les plus désespérées et les plus discutables. Des hommes ayant déjà été radiés, pour qui rien n’était trop risqué. Ni trop dangereux.

« Tu n’es plus utile à personne si tu es mort » lâcha Jack.

« Tu t’amuseras encore avec tes gants quand la fusillade commencera. »

« A combien de tirs as-tu vraiment échappé? » grommela Alex.

«Assez pour rester en vie.»

«Prêts, les gars» intervint Lothar Kroos.

Grand, costaud, vétéran du Kommando Spezialkräfte – l’équivalent allemand du SAS des Navy Seal – Lothar était le doyen de l’équipe composée pour cette mission. La quarantaine, il avait une dizaine d’années de plus que les autres passagers de l’hélico et se comportait comme si son âge lui conférait une autorité naturelle sur le reste du team. Mais Alex commençait à comprendre comment l’Allemand entendait commander. Ce n’est pas comme ça qu’il voyait les choses dans la Cinquième Unité. Pour lui, la voix de chacun avait la même valeur, même si c’était une égalité de damnés.

Paul Layton intervint : «Nous avons assez de boulot pour combattre sans nous quereller».

Paul, recrue du SASR australien (l’équivalent du SAS dans ce pays), était le plus jeune des quatre à aller cette fois au combat. Un Australien débonnaire, bronzé, doté d’un sacré sens de l’humour, cherchant toujours à apaiser les conflits.

Jack rajouta en regardant Alex « Tu portes des gants si tu veux, mon gars ». « Les autres s’occuperont de l’ennemi et reviendront vers toi pour faire la manucure, lorsque les tirs cesseront. »

Alex fit la sourde oreille et regarda par la porte ouverte. Le Faucon Noir volait bas au-dessus de l’espace libyen. Il avait décollé une heure avant du HMS Stanley, un porte-avions anglais stationné à quelques miles des côtes nord-africaines. Il se dirigeait tout droit vers la cible. Une installation pétrolière à 10 km de Murzurq, au fond des terres. Un groupe de combattants rebelles avait pris possession des puits et gardait en otage six ingénieurs européens. Deux Anglais, un Allemand, un Français, un Polonais et un Italien. Leur mission était de les enlever. Vivants de préférence.

« Impact dans cinq minutes » lança le pilote. Ses paroles résonnaient dans le casque que chaque homme avait aux oreilles.

Alex regarda sous l’hélico. « Bon Dieu… », murmura-t-il.

D’épais panaches de fumée s’élevaient au-dessus des installations. Ils n’étaient maintenant plus qu’à quelques kilomètres du but. Le Faucon Noir volait bas, aussi près du sol que possible, afin de ne pas être repéré par les radars, bien qu’après quelques mois de combat, il ne faille plus craindre la résistance de l’aviation libyenne. Le briefing était clair. Voler près des installations, descendre dans l’enceinte, neutraliser les rebelles et ramener les otages.

Facile, se dit Alex. Sur le papier du moins.

Mais il n’était mentionné nulle part que les puits avaient été incendiés.

Et que des feux brûlaient encore un peu partout.

« Impact dans une minute » cria le pilote.

Alex vérifia une dernière fois sa trousse. Il avait en bandoulière un fusil d’assaut SA-80 de fabrication anglaise, avec cinq chargeurs. Un puissant pistolet Browning, équipement standard pour le SAS. Deux grenades. Un couteau. Une trousse médicale et une bouteille d’eau. Et pas de fiche d’identité. La règle voulait, dans la Cinquième Unité, que les hommes aillent au combat sans rien qui puisse les identifier. S’ils se faisaient capturer, ils seraient livrés à eux-mêmes. S’ils mourraient, leurs tombes resteraient anonymes.

Il se hissa sur la pointe des pieds. Les cordes de rappel pendaient déjà sur les bords du Faucon Noir. Le bruit des pales était assourdissant, malgré le casque qui protégeait ses oreilles. Il regarda en bas. Le Faucon Noir descendait rapidement, à une trentaine de mètres seulement de l’endroit où ils attaqueraient. Fonçant dans les volutes de fumée. Pendant une fraction de seconde, Alex ne vit plus rien. Même pas le sol.

Que de l’obscurité.

« Allez-y, allez-y », lança le pilote. « Je ne peux pas voler plus longtemps dans cette merde. »

D’un bond, Alex agrippa une corde et sauta sur le côté de l’appareil. C’était l’enfer. Le rotor du Faucon Noir lui envoyait les émanations des incendies qui faisaient rage. La fumée l’enveloppait, étouffait ses poumons. La chaleur de l’huile brûlante pénétrait son uniforme. Son gilet pare-balles en Kevlar, serré sur sa poitrine, le faisait transpirer par tous les pores. La corde, en acier torsadé, le brûlait même à travers les gants. Ses mains cuisaient alors qu’il se laissait glisser au sol.

« Cours, cours » lui cria Jack.

Alex atterrit dans un bruit sourd. Il entendait le crépitement d’un automatique mais, à travers la fumée et avec la descente du Faucon Noir, il n’avait aucune idée d’où l’attaque venait. La tête lui tournait. Il se stabilisa et enleva ses gants, pour placer son SA-80 en position de tir. Il glissa son doigt dans la gâchette, sans parvenir à tirer: aucune cible visible. Rien qu’un ennemi, quelque part devant eux, tirant aveuglément sur ses assaillants.

Une balle fit jaillir la poussière.

A cinquante centimètres sur sa gauche.

Tout près. Vraiment trop près.

Alex se mit à courir. En suivant la silhouette noire qu’il entrevoyait devant lui. Jack, Paul et Lothar avaient aussi atterri à ses côtés et tous les quatre avançaient lentement dans l’obscurité. Au-dessus d’eux, le Faucon Noir s’éloignait dans le ciel. Ses pales ne leur renvoyaient plus de fumée. La visibilité augmentait. Deux autres balles claquèrent dans la poussière, cette fois à une trentaine de centimètres. En regardant autour de lui, Alex vit une ombre. Sombre, encore obscurcie par les volutes de fumée. Mais avec la silhouette caractéristique d’un AK-47 en main.

« A droite, à droite » s’écria-t-il.

Il se mit à genoux, épaula son SA-80 et tira une courte rafale. La fumée envahissait ses poumons, l’empêchant de respirer. Il surmonta la douleur. C’était l’un de ces moments décisifs, dans un combat, où il faut être calme et concentré sur l’objectif pour réussir. Il plissa les yeux pour viser. La silhouette tressaillit quand ses deux rafales d’expert–tireur atteignirent la poitrine et broya les artères. L’ombre fut plaquée au sol.

« Suivez-moi » cria Alex.

On lui avait dit qu’il y avait douze hommes dans le camp. Un de descendu, il en restait onze. Alex ne voyait pas grand-chose, la fumée étant encore trop épaisse. Mais il espérait bien que celui qu’il venait d’abattre aurait des successeurs. Ses compagnons devaient être derrière lui. Il jeta un œil pour s’assurer que le reste de l’unité suivait bien ses instructions. Après avoir vu que Paul, Lothar et Jack étaient avec lui, il se mit à courir. Il serrait son SA-80 contre lui, envoyant rafale sur rafale. Le feu était incontrôlable, mais il se disait qu’en envoyant assez de rafales, ils parviendraient à toucher quelque chose.

Dix mètres. Puis dix de plus.

Il passa par-dessus le cadavre de l’homme qu’il venait d’abattre et continua à courir. Il sortait maintenant de la fumée et pouvait voir cinq individus droit devant lui. Il mit un chargeur plein dans son SA-80 et leur tira dessus. Jack, Paul et Lothar le rejoignirent, fonçant devant eux comme un seul homme, tirant une charge mortelle. Les balles déchirèrent les soldats, en les tranchant littéralement. Trois d’entre eux furent immédiatement abattus. Un autre, blessé, serrait sa poitrine pour empêcher le sang de gicler hors d’une plaie béante. Lothar l’acheva de deux tirs très précis sur le côté droit de la tête. Le dernier s’enfuyait en courant, pour échapper à la rafale de balles qui s’abattait sur lui. Alex tira à deux reprises dans son dos sans parvenir à l’achever. Le SA-80 n’est pas une arme de précision et l’homme était déjà à cinq cent mètres. A cette distance, il aurait fallu un fusil de snipper. Il s’arrêta pour reprendre son souffle et évaluer la situation. L’installation pétrolière s’étendait sur plusieurs centaines de mètres carrés, avec deux puits en son centre, un réseau d’oléoducs pour amener le pétrole aux raffineries de la côte, et un groupe de bâtiments où logeaient les ingénieurs et les ouvriers de la maintenance.

Les puits qui brûlaient rendaient la chaleur intenable. Dans le désert, il faisait déjà quarante degrés. Avec les flammes, la chaleur atteignait même cinquante degrés. Alex n’avait aucune idée de l’endroit où étaient détenus les otages. Dans le bâtiment d’entretien pensa-t-il. Mais, pour le savoir, il fallait en faire l’assaut.

Une rafale de mitraillette s’abattit sur eux.

« A terre, à terre » s’écria Jack.

Alex se jeta au sol. Une jeep sortait à toute allure du bâtiment, en direction de la piste poussiéreuse qui conduisait hors de l’enceinte. Deux hommes à l’avant, deux autres derrière. L’un d’entre eux avait placé une mitraillette à l’arrière du véhicule, son voisin avait un AK-70 sur lui. Tous deux essuyaient le barrage de feu qui faisait crépiter les cartouches autour d’eux. Derrière, une Land Rover. En observant l’arrière de la voiture, Alex comprit que les otages y étaient embarqués. Deux hommes accompagnaient le convoi à moto, tous deux armés d’un fusil d’assaut.

« Ils s’enfuient », grommela Paul. « Avec ces sacrés otages ». « Nous allons les pourchasser », s’écria Jack.

Il s’était déjà redressé et commençait à courir. Un foutu cinglé, pensa Alex. Le convoi accélérait à toute vitesse, sur un sol pourtant rocailleux. La piste était en terre battue, cuite par le soleil, avec des nids-de-poule un peu partout. Mais le conducteur était déjà à soixante km/h, le pied rivé sur la pédale. Alex courut vers le Complexe. On ne pouvait les rattraper à pieds. Il fallait un moyen de transport. Rapidement.

Près du bâtiment principal, il y avait une Renault Kangoo. Le genre de fourgonnette conduite plutôt par les plombiers. Alex ouvrit la portière. Pas de clef. « Bon Dieu » murmura-t-il. De colère, il frappa du poing le tableau de bord, mais Paul avait déjà ouvert le capot et connecté les fils. Le moteur démarra et Paul claqua la porte. Ensemble, avec Lothar, ils commencèrent tous les trois la poursuite. Alex avait coincé son pied sur l’accélérateur.

On voit sur les autoroutes des tas de gens conduisant des véhicules comme des fous. Mais il n’avait aucune idée de quelle manière ils parvenaient à de telles vitesses. La voiture avait l’accélération d’un veau. Le moteur gémit en changeant de vitesse, mais atteignit peu à peu plus de soixante-dix km/h.

« Prends-les par le côté,» lança Lothar.

Alex avait ralenti pour permettre à Jack de monter à bord puis poussé la Renault à plus de quatre-vingt km/h.

Il commençait à se rapprocher des deux véhicules qui le précédaient. Alourdis par les passagers, les armes et les munitions, ils n’atteignaient pas la vitesse qu’on peut attendre d’une Toyota ou d’une Land Rover. Six ou sept cent mètres plus loin, Alex fit le point. A l’arrière, Lothar avait grimpé sur le bord de la voiture, couteau en mains. Il découpait, à travers le plastique, un petit trou carré de quelques centimètres dans la carrosserie. Paul s’y mit aussi, de même que Jack. En moins d’une minute, trois ouvertures avaient été proprement faites. « Je t’ai dit de les prendre par le côté » cria Lothar. « Nous sommes prêts ».

Alex avait un plan précis.

Arriver au niveau de la jeep. Ouvrir le feu à travers les trous. Les adversaires riposteraient, mais la carrosserie de la camionnette ferait office de bouclier alors que, de l’intérieur, son équipe les criblerait de balles.

C’était en tous cas son plan. Et ça devait fonctionner. A part un seul problème, pensa Alex. Le conducteur devait risquer sa vie.

Il regarda droit devant. Trois cent mètres. Le convoi soulevait un nuage de poussière qui leur masquait la vue. Mais même ainsi, il arriverait à les pourchasser. La mitraillette avait ouvert le feu en jetant des flammes. Alex continua tout droit. Le convoi prenait toute la route. Pour se glisser à côté, il fallait rouler hors piste cinq cent mètres, voire plus.

La Kangoo faisait tourbillonner la poussière du sol qui était sablonneux et desséché. Mais ce n’était pas un problème pour Alex. Plus il y avait de poussière, moins on le voyait. Et moins on le verrait tirer.

Deux cent mètres. Puis cent.

Il se rapprochait de plus en plus.

« Enfonce l’accélérateur, mon gars » cria Paul. « On ne risque pas de contravention pour excès de vitesse ».

Alex sourit et pressa la pédale, mais il était déjà à près de cent km/h. Bien que le compteur de vitesse indique un maximum de cent vingt, ce n’était probablement que pour figurer dans la plaquette de vente. Dans les conditions du moment, c’était impossible. La camionnette rebondissait sur le terrain accidenté, la direction flanchait et, à plusieurs reprises, Alex se dit qu’avec de telles roches, elle était sur le point de se retourner. Mais il continua de tenir la pédale enfoncée.

Cinquante mètres. Il pouvait les voir clairement maintenant. Et eux aussi pouvaient le voir. Un autre crépitement de mitraillette. Des balles qui atteignaient le capot, une autre qui fendait la fenêtre. Alex s’esquiva. Elle l’avait manqué de quelques centimètres. Tout près. Un des motards avait quitté le convoi et fonçait droit sur eux. Il pilotait de la main gauche et tenait un pistolet-mitrailleur dans l’autre. Un Uzi nota Alex. Mais à cette distance il n’en était pas sûr. Il empoigna le volant et le tourna en direction de la motocyclette. Le motard ne broncha pas. Il leva son arme et tira une autre salve en direction de son ennemi. Le pare-brise éclata en mille morceaux et une pluie de verre s’abattit sur Alex. Il se baissa sous le tableau de bord, gardant une main sur le volant et le pied sur l’accélérateur. Mais il ne voyait plus où il roulait. Des morceaux de verre avaient lacéré son visage, mais les balles l’avaient manqué. Soudain, il entendit le bruit d’une collision. Celui du caoutchouc qui éclate au contact du métal et le cri d’un homme qui meurt. La moto avait percuté la camionnette.

La Kangoo fit un saut, un de ses pneus éclata et elle retomba brutalement, secouant tous les passagers. « Bon Dieu, mon pote, personne ne t’a dit de rouler sur une roche » grommela Paul. « Tiens bon le volant ».

Alex ignora la remarque. La camionnette roulait hors contrôle et pouvait basculer à chaque instant. Il agrippa le volant des deux mains et enfonça son pied sur le frein. Il devait maîtriser le véhicule. Vite. Le convoi n’était qu’à quelques mètres et, malgré la poussière, il pouvait distinguer assez clairement les hommes à l’intérieur. Il stabilisa la Renault et tourna à nouveau vers la droite. Ils dépassaient maintenant la Land Rover et arrivaient au niveau de la jeep. « Une seconde » s’écria Alex. Il regarda de côté, juste à temps pour voir la jeep près d’eux. « Feu » dit-il, en se baissant à nouveau.

Derrière lui, Lothar, Jack et Paul saisirent leur fusil d’assaut et firent feu en plein dans le véhicule, faisant sonner l’acier. La fourgonnette eût un soubresaut quand les soldats répliquèrent, mais sa carrosserie était assez solide. Et il ne fallut pas attendre longtemps pour qu’ils achèvent leur mission de mort.

« Facile, les gars » lâcha Lothar.

Le feu cessa. Alex se recala dans son siège, en freinant pour ralentir le véhicule jusqu’à son arrêt. La Kangoo trembla, mais perdit peu à peu de la vitesse. Il saisit son Browning de la main droite et ouvrit doucement la porte.

La jeep avait quitté la route et s’était couchée sur le côté. Deux cadavres gisaient à terre. Trois autres étaient dans le véhicule. La fourgonnette avait pris un sacré coup. Ses glaces étaient cassées, ses pneus éclatés et ses flancs endommagés. De l’huile et de l’eau s’échappaient d’un trou du moteur. Mais le véhicule était encore entier. Je ne critiquerai plus jamais une Renault, lança Alex. Je pourrais même m’acheter une Twingo. « Vous êtes OK les gars » demanda-t-il en ouvrant la porte arrière.

Jack, Lothar et Paul sortirent. L’arme au poing, ils étaient prêts à faire feu. Mais le combat était déjà terminé.

Loin devant, la dernière moto disparaissait à l’horizon. Voilà bien les Libyens, remarqua Alex. Ils ne se battent jamais jusqu’au dernier.

Vingt mètres avant, le conducteur de la Land Rover s’était échappé de la voiture. Il marchait dans leur direction, les mains levées. Paul le fouilla, lui prit son couteau et son arme et - pour être certain qu’il ne puisse plus nuire - lui lia les poignets avec des attaches en plastique.

Alex sortit le premier otage de la Land Rover. Complètement secoué. En levant les yeux, il vit le Faucon Noir tourner au-dessus d’eux, se préparant à atterrir quelques mètres plus loin. «Nous rentrons, les gars» dit-il en serrant la main d’un ingénieur anglais. « Et je crois que nous seront tous bien contents de ne jamais revoir la Lybie ».







Chapitre2



« Excellent travail, bien fait. »

Helen Greenway lança ces mots d’un ton cassant, un demi-sourire aux lèvres, mais sans aucune chaleur ni aucune émotion. C’était une femme froide, la plus froide que je n’aie jamais rencontré se disait Alex à chaque briefing ou débriefing. A nouveau, l’effet Cinquième Unité suffisait à rendre glacial n’importe qui. Homme ou femme. Vous recrutez des hommes dont la vie est déjà achevée et vous les envoyez dans des missions où la mort est aussi certaine que métaphorique. Le genre de boulot qui vous bouffe le sang. Peut-être était-elle différente à la maison, avec son époux et ses enfants, si elle en avait. Mais ici, au bureau, elle faisait plus penser à un robot japonais qu’à une personne humaine.

« Nous pourrions peut-être profiter de quelques jours de repos ici, en Méditerranée » dit Jack.

« En nous envoyant simplement à Ibiza avec quelques centaines d’euros qu’on pourrait dépenser dans les bars » ajouta Jack.

Alex sourit. Tous les quatre étaient tendus. Plaisanter était un moyen de se calmer. Ils avaient atterri sur le HMS Stanley il y a une vingtaine de minutes. Les otages avaient subi un check-up à l’infirmerie, mais depuis qu’il avait fait leur connaissance pendant le vol retour, Alex les trouvait en bonne forme. C’était des pétroliers costauds, habitués à travailler dans l’un des environnements les plus hostiles au monde. Bien qu’ils ne puissent manger à leur faim ces derniers jours, ils n’avaient pas été maltraités. Alex avait quelques éraflures au visage, qu’il avait soignées lui-même dans l’hélico. Un café, un repas et une bonne nuit de sommeil : l’unité serait à nouveau en pleine forme.

« Je voudrais bien vous offrir un peu de bon temps » dit Greenway. « Paul et Lothar peuvent y aller. Mais Alex et Jack doivent y retourner. »

« En aucun cas » s’écria Jack.

Alex jeta un œil vers l’Américain. A ce qu’il savait, il venait de rejoindre la Cinquième Unité, alors que, lui, faisait partie du team depuis une bonne année. Peut-être qu’il n’avait pas connaissance des règlements. Un ordre ne se discute pas, aussi stupide soit-il. Et vous ne refusez pas un job, aussi dangereux soit-il. C’était aussi simple. Défiez-les et ils vous renvoient immédiatement dans le trou d’enfer où ils vous ont trouvé.

« Ce que je voulais dire, c’est que… » poursuivit-il.

« Nous avons donné à chacun d’entre vous une seconde chance » répondit Greenway. Le ton était devenu glacial. « Ce qui signifie… »

« Ce qui signifie que nous y retournons » intervint Alex. Il fit face à Greenway. « Quel est le job ? »

« Briefing dans trente minutes » répondit Greenway. « Mangez quelque chose. »


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