
Chroniques de Galadria IV - Insouciance
By David Gay-Perret
Copyright 2011 David Gay-Perret
SMASHWORDS EDITION
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Table des matières
A tous ceux qui savent encore savourer l’instant présent...
« VOYONS voir, qu’est-ce que j’ai bien pu en faire ? »
Il plongea sa main dans son sac, mais il ne trouva que de la nourriture.
« Je me souviens l’avoir emportée. Elle doit être là ! »
Cette fois il secoua sa besace jusqu’à ce que tout son contenu soit éparpillé par terre, et enfin il découvrit l’objet de ses convoitises.
« Ma carte ! Ha ha, je savais bien que je ne l’avais pas oubliée ! »
Glaide se saisit du morceau de parchemin avec un grand sourire, puis il sembla réaliser que toutes ses provisions pour le voyage étaient répandues autour de lui.
« Misère… », marmonna-t-il.
Il récupéra rapidement la nourriture en vérifiant toutefois que rien n’était sale ou abîmé. Il avait eu la bonne idée de s’installer un peu à l’écart du chemin, là où l’herbe était épaisse, si bien que l’intégralité des aliments réintégra son sac, sauf une pomme qu’il commença à mâchonner distraitement.
Le jeune homme était parti la veille au matin. Il s’était tout d’abord demandé quelle direction son maître avait bien pu prendre, mais il n’était pas parvenu à le déterminer : selon lui, Kezthrem avait probablement décidé de voyager sans destination précise, s’arrêtant ça et là au gré de ses envies.
L’adolescent, au contraire, avec un objectif très clair : retrouver ses amis. Cependant pour ce faire, il avait besoin d’informations. Ne sachant pas si ceux-ci s’étaient fait remarquer par quelque action spectaculaire, il ne savait absolument pas si leur position était connue de tous, sauf de lui, ou non. Il se dirigeait donc vers le nord, puisque c’était dans cette direction que se trouvaient le plus grand nombre de villes.
Pourtant, après une longue réflexion, il avait fini par conclure que ce n’était pas une si bonne idée : il avait toujours en tête que Baras le cherchait, et à partir du moment où il se montrerait dans un village on pourrait le reconnaître. En outre, s’il demandait des renseignements sur ses amis, quelques oreilles indiscrètes auraient tôt fait d’en déduire son identité, et cela devait être évité à tout prix.
C’était aussi pour cette raison qu’il ne voulait pas aller à Shinozuka, car il savait qu’une fois là-bas Rozak annoncerait forcément qui il était, et alors même si ses amis apprenaient la nouvelle et le rejoignaient, il y avait tout à parier que Baras rassemblerait une armée pour assiéger la ville. Or dans les conditions actuelles, sans l’aide des autres peuples, les Hommes n’auraient aucune chance de l’emporter…
Ces conclusions l’avaient préoccupé toute la journée précédente, et aujourd’hui il voulait se choisir une destination en tenant compte de son but et des risques encourus.
Ainsi donc, en se début d’après-midi, étudiait-il sa carte pour savoir où ses pas le conduiraient.
« Alors, marmonna-t-il, si je me fie à mes précédents voyages, je dois être à environ une journée d’Adrish. Si je me débrouille bien je peux l’atteindre demain avant le crépuscule. »
Néanmoins il chassa cette idée : Adrish était le village où, la capitale mise à part, il avait le plus de chance d’être reconnu !
« Un peu plus au nord il y a Endre… Je n’y suis jamais allé, et normalement personne ne peut savoir qui je suis. »
Pourtant, sans vraiment savoir pourquoi, cette solution ne lui plaisait pas…
« Il y a toujours un risque que l’on me reconnaisse, grommela-t-il. Et puis c’est trop proche de Fyth : la seule fois où Baras m’a parlé, c’était aux alentours de ces montagnes… Je peux éventuellement continuer jusqu’à Heidro, mais ça me rapproche de Shinozuka. »
Avec un soupir de résignation il laissa le parchemin lui glisser des doigts et atterrir mollement sur l’herbe. Il était évident que collecter des informations sur ses amis tout en restant discret relevait de l’impossible… Sans même parler des renseignements erronés qu’on ne manquerait pas de lui fournir et qui le conduiraient à voyager aux quatre coins des Terres Connues, rendant l’anonymat encore plus difficile…
L’autre solution consistait à passer son temps sur les routes et à ne se rendre en ville que pour acheter des provisions. Le mieux étant même de se fournir dans les villages épars et les demeures isolées que l’on rencontrait au hasard lors du voyage, mais Glaide savait pertinemment que la probabilité de revoir ses amis serait alors très mince… « Je ne peux pas tout miser sur la chance, se dit-il. Il me faut impérativement des informations ! J’ai certes rencontré Kezthrem par pure coïncidence, mais il est impensable que cela se reproduise… »
Le garçon regarda un moment autour de lui en se disant qu’il trouverait peut-être une solution en contemplant le paysage, mais malheureusement cela ne fonctionna pas : son esprit restait désespérément vide. Alors il se souvint que, au fond de son sac, se trouvait le shakuhachi offert par son maître…
Il n’avait pas encore pris le temps d’en jouer, préférant économiser son souffle pour marcher, mais en cet instant il n’avait aucune envie de reprendre la route puisqu’il n’avait pas de destination.
Avec d’immenses précautions il attrapa l’instrument. Les arabesques gravées dessus le rendaient vraiment unique, et il se félicita de posséder une telle œuvre d’art ! Mais il n’était pas là pour le regarder, aussi le porta-t-il à ses lèvres.
Les premiers sons à sortirent de la flûte ne furent que le souffle de l’adolescent dans le meilleur des cas, et des bruits stridents dans le pire. Mais, loin de se décourager, il commença progressivement à contrôler sa respiration de manière à entendre des notes dignes de ce nom.
Fort de cette première victoire, il décida de tenter de les enchaîner ! Kezthrem lui avait expliqué que la mélodie dépendait de ce que l’on ressentait et qu’il n’était pas bien compliqué de jouer, mais le jeune homme ne parvint pas pour autant à obtenir une réelle "musique" : ce qu’il faisait était hésitant et manquait de fluidité.
Finalement, après un bon quart d’heure, il replaça le shakuhachi à sa ceinture. Il n’était pas parvenu à un résultat exceptionnel, mais il savait très bien qu’il aurait d’autres occasions de s’entraîner !
En revanche ce petit moment de détente avait rempli son office : il avait trouvé le nom de sa destination, ou plutôt un nom s’était peu à peu imposé à son esprit. Cependant il ne se leva pas et ne fit pas mine de s’en aller. En fait, il n’était pas question de bouger avant d’avoir soigneusement étudié toutes les conséquences liées à son idée. Et elles étaient nombreuses, car il songeait ni plus ni mois qu’à se rendre à Zakorth…
« Zakorth, murmura-t-il. La ville maudite, le repère des adorateurs de Baras… Le refuge de tous ceux qui ont préféré le suivre plutôt que de le combattre. »
Il était passé aux alentours de la cité un peu plus d’une semaine auparavant, en rentrant de son voyage au temple d’Aras. Son maître et lui avaient alors découvert avec horreur un village ravagé, témoin que les frontières adverses s’étaient étendues…
Le souvenir était encore douloureux dans la mémoire du jeune homme, et les quelques mentions de Kezthrem concernant la ville damnée laissaient sous-entendre qu’il s’y déroulait des atrocités sans nom pour les malheureux qui n’auraient pas été tués lors d’une attaque quelconque…
Pourtant l’adolescent ne pouvait pas ignorer cet endroit : si Baras gardait un œil sur ses amis, ce qui était fort probable, il devait forcément communiquer ses informations aux habitants de Zakorth. C’était par conséquent le lieu de prédilection pour obtenir des renseignements valables et précis. Et puis son identité ne l’inquiétait pas : jusque-là ses seuls adversaires avaient été des monstres, dont la majorité s’étaient fait tuer. En outre, Baras ne s’attendait certainement pas à ce que celui qu’il recherchait se jette dans la gueule du loup.
« Il faut que j’aille là-bas, déclara l’adolescent. Telle que je l’ai aperçue, de loin, cette cité n’a pas l’air si terrible. Je pense que, si je reste discret et que je récolte des informations rapidement, je devrais pouvoir entrer et sortir sans mal. »
Il savait pertinemment que ce qu’il comptait faire était risqué, et que si qui que ce soit apprenait qu’il était le Destructeur non seulement il mourrait, mais les espoirs des peuples de Galadria avec lui. Pire : il ne serait pas parvenu à tenir la promesse faite à ses amis, la promesse de les revoir… « Si je n’y vais pas de toute façon je ne pourrai jamais me montrer en ville, et je ne veux pas passer ma vie sur les routes. Il faut que j’obtienne l’aide des différents peuples avant de révéler mon identité, et je n’ai aucune idée de comment faire. De plus je dois être avec ma Magg au plus tôt. »
Le garçon prit encore le temps de tourner et retourner la question dans sa tête, mais quelle que fût la manière dont il envisageait le problème, il finissait toujours par conclure qu’aller à Zakorth était la solution la plus rapide et la plus efficace…
Bien sûr, en plus de la ville elle-même, il fallait compter avec la zone l’entourant, dangereuse elle aussi. S’il se faisait attaquer par tout un régiment, malgré son entraînement, il avait peu de chances de s’en sortir. Pourtant, à force d’y penser, il en vint même à trouver une solution à ce problème : il lui suffirait de faire croire à tout individu qu’il croiserait qu’il était un allié de Baras ! Quel imbécile pouvait se diriger vers la ville la plus dangereuse des Terres Connues s’il n’en était pas lui-même un habitant ? « Moi ! » Pensa le garçon avec un sourire.
Néanmoins il s’imposa tout de même une limite : si, en s’approchant, il se rendait compte que Zakorth était un endroit où il risquait de se retrouver piégé, soit par la topographie des lieux qui ne favoriserait pas une fuite soudaine, soit par la présence de gardes un peu trop zélés, il n’entrerait pas. Le but était de récupérer des renseignements, pas d’être fait prisonnier pour une durée indéterminée…
Sur ces réflexions, Glaide se mit en route. Une rapide estimation de la distance à parcourir lui apprit qu’en moins d’une semaine il pourrait être devant les portes de la ville. La veille, lorsqu’il avait croisé le relais pour chevaux que son maître et lui avaient découvert en arrivant au dojo, le tenancier l’avait informé que la monture que Kezthrem avait louée pour lui était déjà en route pour Vlatendirt. Légèrement déçu, le garçon était de toute façon conscient qu’il n’aurait pas pu la monter : sans personne à suivre, il aurait été incapable de partir au galop ou même de chevaucher correctement.
Mais rien ne valait la marche ! Et puis cela lui laissait le temps de méditer comme il le faisait si souvent. Il se souvenait que sa solitude, après avoir quitté Tyv et Paeh, lui avait énormément pesé : n’avoir personne avec qui parler était parfois bien difficile à supporter… Mais heureusement cela n’avait duré que quelques jours, puisqu’il avait rencontré des nains, et après eux un dragon !
Ces pensées le remplissaient d’excitation car il imaginait alors tout ce qui pourrait lui arriver dans les jours à venir : allait-il revoir Ayrokkan ? Croiserait-il la route d’aventuriers ? Aurait-il la chance de voir des elfes ? Tout était possible désormais !
Comme le lui avait dit Kezthrem, après avoir gouté à l’aventure, il était bien difficile de s’en passer. Cependant, et Glaide le gardait toujours à l’esprit même dans ses moments d’euphorie, c’était aussi cette aventure qui apportait mort et peine… Pour le moment néanmoins, il se sentait bien, et le spectre de la solitude paraissait s’être éloigné, au moins pour un temps.
L’après-midi se déroula tranquillement alors que Glaide parvenait peu à peu à retrouver son rythme de marche.
Le soir il ne s’arrêta pas pour manger et prit plaisir une fois encore à voir le soleil décliner sur sa gauche, bientôt remplacé par une multitude d’étoiles qui contrastaient avec le ciel d’un noir d’encre. En levant la tête il fut prit de vertige, et les ombres alentour qui faisaient disparaître tous ses repères renforcèrent cet effet. La lune, presque pleine, laissait des traînées de lumière sur les prairies qu’il traversait.
Le regard toujours plongé dans le ciel infini, il songea « C’est drôle, je réalise maintenant que lorsque j’ai voyagé avec Kezthrem, je n’ai pas vraiment fait attention aux paysages que nous traversions. Nous discutions longuement, surtout le soir, si bien qu’ensuite je me couchais, complètement extenué ! »
Il poussa un profond soupir. « Tout comme les premiers temps suivant ma rencontre avec mon maître, il me faut m’habituer à un nouveau mode de vie. Petit à petit je vais retrouver d’anciennes habitudes acquises lorsque j’ai quitté Emily, Jérémy et Gwenn. »
A voix haute cette fois, il ajouta :
« Quand je pense que mon entraînement est terminé ! C’est incroyable : j’ai appris à manier mon épée, j’ai croisé la route d’un homme formidable et je connais la véritable histoire de Dzen et Novak, au-delà des souvenirs erronés des habitants de Galadria, ainsi que bien d’autres choses encore ! Il y a six mois j’étais effrayé, je ne savais pas si je devais partir, et aujourd’hui je suis à la recherche de mes amis ! Avais-je réellement imaginé que ce jour viendrait ? N’était-il pas, dans mon esprit, rien de plus qu’un improbable futur ? Une utopie dans laquelle j’aurais réalisé tout ce que je souhaitais ? »
Profondément heureux, Glaide s’enroula dans sa cape et passa une nuit paisible, emplie de rêves de victoire et de promesses d’avenir...
LE lendemain, sa détermination commença pourtant à vaciller : à mesure qu’il progressait il avait tout le temps de se poser des questions et de raviver des souvenirs, et cela l’amena à reconsidérer plusieurs fois son choix. Il se força à ne pas y penser car il savait que cette réflexion serait sans fin : d’un coté il pourrait trouver toutes sortes d’arguments pour changer de direction, et de l’autre il ne cesserait de répéter que c’était la meilleure solution…
Deux nouvelles journées s’envolèrent sans que le jeune homme ne s’en rende compte. Il n’avait croisé absolument personne, et il savait que d’ici quelques kilomètres maintenant, cela deviendrait impossible : en effet, les frontières de Zakorth n’étaient plus loin…
Cependant, pour être absolument certain qu’il les avait dépassées, l’adolescent savait qu’il lui faudrait trouver des preuves d’une grande activité ennemie. Celles-ci se présentaient souvent sous la forme de cadavres, ou de traces de luttes et de sang…
Voyant le soleil décliner, il préféra s’arrêter. Il ne savait pas s’il était réellement très proche des frontières de la ville maudite, mais il ne voulait pas prendre le risque de les franchir par erreur, et du même coup se retrouver à passer la nuit en terrain hostile. « Et dire que je me dirige là-bas de mon plein gré : c’est moi qui ait décidé d’aller à Zakorth, alors que j’ai pu voir de mes yeux à quel point ses habitants et les plaines qui l’entourent sont dangereux ! »
Mais avant que le dilemme qui le torturait ces derniers temps ne s’impose à lui une fois encore, il s’endormit.
Quelques heures plus tard néanmoins, le garçon dut se mettre en marche. Toutefois il ne s’autorisa aucun questionnement : il devait rester extrêmement concentré sur ce qui l’entourait pour parvenir à se situer.
Après un moment il découvrit des traces de pas qui paraissaient fraîches : l’herbe avait été piétinée et elle ne s’était pas encore redressée. Il tourna un moment autour de ces indices pour essayer de deviner à qui il avait à faire, et étrangement il découvrit non-loin les restes d’un feu de camp… « Cela m’étonnerait que les orques aient besoin de lumière », songea Glaide. Il en déduisit que les traces laissées n’appartenaient pas à un quelconque type de monstre. Ce ne fut pourtant pas un soulagement, car cela signifiait qu’il existait par ici des humains tout aussi dangereux…
Après une courte réflexion il décida de suivre les empreintes et d’essayer de rattraper leurs propriétaires. Ensuite il lui suffirait de s’assurer qu’ils n’étaient pas hostiles et il profiterait d’un peu de compagnie ! Dans le cas contraire, soit il resterait caché, soit il se battrait.
Le jeune homme commença donc sa traque !
Avec entrain il suivit sa piste, vérifiant régulièrement que les empreintes étaient toujours semblables et récentes. Il finit par constater que le groupe devait s’élever à une dizaine de personnes, et celles-ci ne progressaient pas aussi vite que lui. Il pensait les rattraper le lendemain, dans la matinée.
Plusieurs fois il découvrit des restes de feux de camp qui témoignaient du fait que les individus mystérieux ne faisaient rien pour cacher leur venue. Bien que Glaide ne fût pas entièrement certain d’avoir franchi les frontières de Zakorth, les plaines alentour lui semblaient familières, et il partit du principe qu’il était désormais en terrain ennemi.
Par conséquent deux supposition s’imposaient quant à l’état d’esprit des inconnus qu’il poursuivait : soit ils ignoraient où ils se trouvaient, pour signaler leur position comme ils le faisaient, soit ils le savaient parfaitement… « Je suis sur les traces d’inconscients ou de dangereux adversaires », se dit l’adolescent.
Durant toute la matinée il ne trouva rien de particulier, mais alors qu’il finissait de manger un morceau de pain, mettant ainsi un terme à son repas de midi, les marques prirent soudain une direction inattendue : au lieu de continuer tout droit, elles bifurquaient sur la droite… Il n’y avait aucun indice expliquant ce choix étrange, aussi le garçon décida-t-il de continuer à suivre les empreintes pour découvrir où les mystérieux individus s’étaient dirigés, et pourquoi.
La réponse ne se fit pas attendre : au bout d’une centaine de mètres il découvrit un petit champ de bataille jonché de cadavres…
« Ouf, murmura-t-il, il n’y a que des gobelins. »
En effet, le combat avait visiblement été violent et certains corps s’apparentaient plus à des tas de chair sanguinolente, mais heureusement les monstres n’avaient visiblement tué personne.
Cette découverte plongea néanmoins Glaide dans une certaine perplexité. Tout en continuant sa progression, il tenta de comprendre quelle était la signification de tout ceci. « Une chose me parait claire, se dit-il. Ceux que je poursuis ne sont pas du coté de Zakorth, sinon pourquoi auraient-ils massacré leurs alliés de la sorte ? En outre, tout porte à croire qu’ils se sont dirigés exprès vers ce groupe de monstres, ce qui expliquerait cette étrange bifurcation. »
La question était maintenant de savoir pourquoi les inconnus avaient cherché à se battre…
L’après-midi fut rythmé par diverses trouvailles semblables à la précédente : il s’agissait de différents lieux où se trouvaient les corps de différentes créatures, parfois même des satyres, ce qui incita le jeune homme à la plus grande prudence. Selon lui, ceux qui étaient capables de tenir tête à ces monstres étaient de très bons bretteurs…
Petit à petit, il commença à se faire une idée de ce qui motivait ce groupe à se faire remarquer en allumant des feux de camp, en attaquant tous les adversaires qu’ils croisaient et en allant même jusqu’à chercher ceux qui passaient au loin : la vengeance… « Si j’ai raison, ces gens sont mes alliés. Néanmoins j’ai peur qu’ils soient tout de même inconscients du danger qu’ils courent… »
Il commença sérieusement à s’inquiéter lorsque, en fin d’après-midi, il trouva à nouveau un petit champ de bataille. Cette fois c’étaient les chimères qui avaient fait les frais de la folie meurtrière des mystérieux guerriers.
Cependant, et c’est ce qui alarma le garçon, en plus des corps massifs des monstres, il trouva une tombe, facilement reconnaissable à la terre retournée… « Bon sang, ils ont perdu un compagnon dans cette lutte, et pourtant ils continuent à avancer ! »
En effet, les traces se poursuivaient comme si de rien n’était...
« Soit ils sont complètement fous, soit totalement désespérés… », grogna-t-il.
Ces découvertes macabres se poursuivirent jusque dans la soirée, et lorsque Glaise s’arrêta pour passer la nuit, ses comptes étaient alarmant : le groupe qu’il suivait avait perdu la moitié de ses effectifs, autrement dit sur dix personnes au départ, seules cinq étaient encore en vie, et elles n’avaient toujours pas rebroussé chemin…
Mais l’adolescent ne pouvait poursuivre ses investigations plus avant : avec la nuit il risquait de rater des détails cruciaux, et vu l’importance que la situation avait prise à ses yeux, il ne pouvait se le permettre. « Demain matin je rejoindrai ces gens, se dit-il tout en s’allongeant à même le sol. La terre qui abritait le dernier mort était encore humide : sa tombe n’avait été creusée que quelques heures plus tôt. Ils ne sont plus loin, et ils prennent leur temps : leur but est clairement de tuer un maximum de leurs ennemis. »
Dans un soupir il marmonna :
« Au moins ont-ils dégagé le chemin : je peux passer la nuit en plein territoire hostile sans risque. »
Au loin il lui sembla distinguer un feu de camp, mais il n’aurait pu le jurer…
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Le jeune homme se leva tôt et profita de l’aube naissante pour tenter de se repérer. Si ses calculs étaient exacts, il devait atteindre Zakorth en fin de journée. Naturellement il ne comptait pas y entrer de nuit, mais plutôt dormir à quelques centaines de mètres de la porte principale pour y pénétrer dès le matin. Qui pouvait dire ce qui l’attendait là-bas ? Et il préférait se donner une journée entière pour ses investigations à l’intérieur des murs.
Pour le moment cependant, il se concentra sur les inconnus qu’il avait poursuivis la veille, et dont il allait croiser la route d’ici peu. Il espéra que la nuit n’avait pas été le théâtre de nouveaux affrontements et que les mystérieux individus étaient encore cinq…
En une heure il rejoignit un bivouac. Malheureusement, malgré l’heure matinale, il était déjà vide. Toutefois le doute n’était plus permis : les voyageurs n’étaient qu’à quelques mètres devant lui ! Les braises rougeoyaient encore et une légère fumée s’échappait de ce qui avait été le foyer d’un brasier.
Glaide entreprit de trouver quelques indices lui permettant de continuer dans la bonne direction, et c’est alors qu’il réalisa que l’herbe à cet endroit était beaucoup plus rase que celle qui se trouvait quelques kilomètres en arrière, camouflant d’autant mieux d’éventuelles traces de pas…
Tout en pestant contre sa chance qui l’abandonnait alors que son objectif était à portée de main, il prit tout le même le temps de regarder attentivement partout. N’étant pas un professionnel dans le domaine de la filature, il lui fallut une heure pour retrouver un trognon de pomme encore frais. « Ils ont pris cette direction, se dit-il. Si mon idée est la bonne, Zakorth doit être par là-bas. Cependant ils ont à nouveau de l’avance… Je dois les rattraper le plus vite possible. »
Et il se mit en marche sans plus tarder.
Tout le long du chemin il guettait des indices indiquant qu’il était toujours dans la bonne direction, et cette recherche épuisante finit par porter ses fruits : peu après midi il arriva en haut d’une colline où se trouvaient des bûches et des pierres agencées de manière à former un cercle. Il n’était pas difficile d’imaginer les cinq inconnus assis à discuter. « Se sont-ils consultés pour choisir de continuer ou de rentrer ? Songea Glaide. A moins qu’ils aient disserté de la meilleure manière de rejoindre la ville adverse… »
A nouveau incertain quant à la route à suivre, il posa son regard sur la plaine au bas de la colline, et deux choses le frappèrent : tout d’abord un point sombre au loin, qu’il identifia immédiatement comme étant sa destination. « Quand je pense qu’avec mon maître, lorsque nous voyions cette tâche dans le lointain, nous accélérions le pas… Et aujourd’hui c’est précisément là où je me rends ! »
Mais la deuxième chose qu’il remarqua prit le pas sur la première : il y avait cinq silhouettes qui se déplaçaient au beau milieu de l’étendue d’herbe.
« Alors les voilà… », marmonna le jeune homme.
Soudain il distingua un autre groupe d’individus, plus important, qui se dirigeait vers les premiers. Ils étaient encore loin, mais la rencontre paraissait inévitable et Glaide douta qu’elle serait pacifique… Sans plus réfléchir il dévala la colline et s’élança à la poursuite des inconscients qui avaient visiblement décidé d’atteindre Zakorth quel qu’en fût le prix. Il n’avait qu’une seule idée en tête : les faire rebrousser chemin avant qu’il ne faille à leur tour les enterrer…
« Hé ! Cria le jeune homme. Arrêtez-vous ! »
Les inconnus entendirent l’appel et se retournèrent, surpris. Cette réaction apprit à l’adolescent qu’ils n’étaient pas des soldats : quiconque avec un peu d’entraînement aurait immédiatement dégainé en entendant une voix humaine dans un lieu où nul ne se rendait.
Ils se décidèrent à réagir alors que Glaide était déjà suffisamment proche pour découvrir que les cinq inconscients étaient tous des hommes.
« Reste où tu es et décline ton identité ! » Lança l’un.
Mais le jeune homme n’avait pas le temps d’annoncer qu’il était le Destructeur, et cela aurait ajouté à la confusion de ces gens. Il courait encore et ignora l’ordre pour se rapprocher au maximum.
Comme il s’y était attendu les hommes l’attaquèrent, le prenant pour un ennemi. Le souffle court Glaide parvint tout de même, en quelques passes, à les désarmer. Il prit ensuite le temps de rengainer et de reprendre son souffle. Les cinq individus qui lui faisaient face étaient quant à eux complètement figés, ne sachant comment réagir face à cet étrange comportement.
« Récupérez vos armes et rengainez, ordonna le garçon. Je suis de votre côté et je n’ai pas le temps de discourir. »
Les hommes s’exécutèrent et revinrent se placer devant Glaide, à distance respectueuse toutefois.
« Qui es-tu et que nous veux-tu ? Demanda l’un, méfiant.
- Mon nom importe peu, et de toute façon d’ici quelques semaines vous découvrirez qui je suis. »
« Le temps que tout le monde apprenne que le Destructeur est apparu », ajouta l’adolescent pour lui-même.
« Quant à ce que je veux, reprit-il, c’est tout simplement vous sauver la vie.
- Nous ne nous connaissons pas. Pourquoi penses-tu que nous avons besoin d’aide ?
- D’une part parce que nulle personne un tant soit peu saine d’esprit ne s’aventurerait sur les terres de Zakorth en cherchant les problèmes comme vous le faite, et d’autre part parce qu’un groupe d’ennemis se dirige actuellement dans cette direction.
- Nous les taillerons en pièce, comme les précédents ! Cria un homme, haineux.
- Vous ne ferez rien du tout ! Rugit Glaide à son tour. Je vous suis depuis une journée, vous avez perdu cinq de vos camarades et pourtant vous continuez à cheminer en direction de cette ville maudite. Vous êtes des cadavres en sursis ! Comprenez-vous ce que cela veut dire ? Vous ne savez pas vous battre, vos petites escarmouches n’infligent aucune perte significative à nos adversaires et vous allez droit à la mort ! »
Glaide était essoufflé tant il venait de s’énerver.
« Peu importe nos vies ! Hurla un autre. Nous n’avons plus rien ! Nous ne pouvons rien perdre ! Ce voyage est le dernier que nous faisons, et son but même est de nous voir disparaître ! »
Cette déclaration et la conviction qui brillait dans les yeux de son interlocuteur laissèrent le jeune homme sans voix. « Ils sont fous…, pensa-t-il. Fous de désespoir… »
« Ecoutez, reprit-il plus calme, nous ne nous connaissons pas, c’est vrai, mais croyez-moi : si votre objectif est de vous venger de quoi que ce soit, vous n’y parviendrez pas. D’ici quelques minutes un groupe de monstres va surgir. S’ils vous trouvent ils vous tueront, et ce n’est même pas la peine de penser à Zakorth : vous ne pourrez pas l’atteindre.
- Alors nous mourrons en essayant. Il est trop tard pour reculer : nos frères ont déjà donné leur vie, nous ne pouvons plus nous arrêter.
- Ils sont morts par votre faute, répondit l’adolescent la voix tremblante de colère. Leur sacrifice est vain, vous m’entendez ? Le leur, et le votre aussi : pour ces créatures votre cadavre ne représente rien ! Elles vous tueront comme de vulgaires bêtes, sans même penser un instant à leurs semblables que vous avez terrassés ! Elles ne sont pas comme nous : la vengeance et la peine n’existent pas dans leur cœur ! »
Les cinq compagnons ne répondirent pas. A en juger par la hargne qui marquait leurs visages, ils n’avaient pas encore abandonné leur idée, mais Glaide songea qu’il avait peut-être touché un point sensible. S’il parvenait à les faire sortir de cet état de rage meurtrière, qui n’était ni plus ni moins qu’une protection contre la peine, peut-être pourrait-il les faire réfléchir et changer d’avis…
Mais alors qu’il allait ajouter quelque chose, son cœur manqua un battement : dans le dos des hommes, face à lui, venait de surgir un noruk, immédiatement rejoint par une vingtaine d’orques…
GLAIDE réagit d’instinct. Il dégaina avant que quiconque, ami ou ennemi, ne réagisse, et cria :
« Bande d’abrutis, je ne crois pas vous avoir dit de vous arrêter ? »
La stupéfaction fut totale, dans un camp comme dans l’autre… Toutefois au moment où les hommes se retournèrent et découvrirent les monstres à quelques mètres d’eux, ils bondirent en arrière. Les créatures reprirent immédiatement leurs esprits, mais leur cri de guerre mourut dans leurs gorges quand l’adolescent beugla de nouveau :
« Oh ! Qui est-ce qui commande ici ? Vous voulez finir comme vos cinq compagnons ? Une épée au travers du corps ? »
L’un des hommes se tourna vers Glaide, le visage déformé par une rage sans nom.
« Traître… », murmura-t-il.
Ce mot transperça l’adolescent comme une flèche, tant il véhiculait de haine. Pourtant il accusa le coup sans broncher : il ne pouvait se permettre un quelconque signe de faiblesse, et il devait poursuivre son numéro jusqu’à ce que tout le monde soit sain et sauf.
« C’est toi qui diriges ces esclaves ? » Grogna le noruk à l’adresse du garçon.
Dans son dos les orques s’impatientaient et Glaide remercia sa chance qui avait placé à leur tête un individu aussi intelligent qu’un noruk, car il avait une chance de le duper…
« Ouais, c’est bien moi, répondit-il.
- Pourquoi sont-ils armés dans ce cas ? »
Cette question prit le jeune homme au dépourvu : il avait demandé à ses compagnons de fortune de reprendre leurs armes, sans prévoir que cela pouvait paraître suspect. Néanmoins il ne laissa rien transparaître de son trouble et déclara avec un sourire sadique :
« Quand ils me fatiguent je leur demande de s’automutiler, ou alors de tuer leurs camarades.
- Enfoiré ! » Hurla l’un des hommes.
Avant que Glaide ne réagisse, le noruk s’était approché du fauteur de trouble. D’un mouvement incroyablement rapide il dégaina sa hache et lui assena un puissant coup de hampe sur la tête. L’adolescent ne put retenir un soupir de soulagement en constatant que l’homme était toujours vivant, soupir qu’il transforma bien vite en rictus cruel.
« Silence ! Ordonna le noruk. Bon, nous allons t’accompagner jusqu’à Zakorth. »
Cette fois Glaide devint livide. Tout en essayant de contrôler les tremblements de sa voix, il répondit :
« Ce n’est pas nécessaire : je me débrouille bien tout seul. Et puis vous avez certainement autre chose à faire.
- Ces esclaves ont l’air hargneux. Si tu es seul ils pourraient s’échapper, et nous ne prendrons pas ce risque. »
Voyant qu’il était inutile de discuter, l’adolescent laissa la créature prendre la tête du groupe. Avant toute chose elle ordonna que les cinq hommes se débarrassent de leurs lames. Cependant le garçon insista pour les récupérer, arguant qu’il pourrait peut-être en tirer un bon prix.
Les orques se postèrent à droite et à gauche de leurs prétendus prisonniers, et Glaide ferma la marche. Il réfléchissait à toute vitesse en tentant d’ignorer les regards meurtriers que lui lançaient les cinq prisonniers. « Zakorth n’est plus qu’à quelques kilomètres. Si nous arrivons là-bas ils sont fichus… Bon sang qu’est-ce que je peux faire ? »
Soudain l’un des hommes bouscula ses geôliers et tenta de prendre la fuite. Un orque dégaina, mais avant que son épée ne s’abatte, celle du jeune homme l’avait transpercé.
« Que se passe-t-il ? » Rugit le noruk.
Le plus naturellement du monde, Glaide ramassa les armes des cinq hommes qu’il avait lâchées, et répondit :
« Cet imbécile allait abîmer notre esclave. Je l’en ai empêché. »
La créature n’émit aucun commentaire mais ordonna que les esclaves ne soient pas trop gravement blessés…
« Et un de moins », se dit l’adolescent. Pourtant il ne voyait toujours pas comment se débarrasser de ses adversaires sans mettre en danger la vie de ses compagnons… Autour de lui ne se trouvaient que des plaines, autrement dit impossible de chercher une cachette parmi les arbres. D’un autre coté il pouvait apercevoir d’éventuels renforts ennemis de très loin, et il ne voyait rien. Il préféra tout de même vérifier cela et demanda :
« Il n’y a personne à proximité qui pourrait nous prêter main forte en cas de besoin ?
- Non, grogna le noruk, et de toute façon nous n’avons pas besoin d’aide. »
« Ça c’est ce que tu crois, songea l’adolescent avec un demi sourire. Mais dès que j’aurai trouvé mon plan, tu vas regretter tes propos. » Malheureusement son esprit restait désespérément vide… Et soudain une ville se dressa devant lui. Une ville qu’il reconnut immédiatement, bien qu’il ne l’ait jamais vue de près…
« Zakorth… », ne put-il s’empêcher de murmurer.
« Non, pas maintenant ! » Ajouta-t-il pour lui-même. Elle était encore loin, mais pour la première fois le jeune homme en distinguait la palissade avec netteté.
Désormais le temps était compté, d’autant plus que chaque pas les rapprochait d’éventuels renforts… Il décida d’appliquer le seul plan qu’il avait conçu, bien qu’il ne l’aimât pas et qu’il fût très risqué.
Toujours encombré des cinq lames de ses compagnons, il s’approcha du noruk.
« Hé ! Pourquoi ne pas rendre ces armes à leurs propriétaires : elles sont lourdes et je n’en peux plus.
- C’est toi qui les as voulues.
- Ouais, mais je me disais qu’ils pourraient les porter pour moi ?
- Et s’ils décident de dégainer ?
- Nous pourrions leur couper le bras ? Il ne faut pas les tuer : c’est ce qu’ils attendent. Mais s’ils font mine de se rebeller nous sommes de toute façon plus nombreux et mieux entraînés qu’eux : il nous suffit de les désarmer et de leur casser quelques doigts !
- D’accord, grogna la créature. Vous avez entendu ? Lança-t-il aux prisonniers. Au moindre signe d’insoumission vous souffrirez, et n’espérez même pas vous voir offrir la paix de la mort ! »
Glaide avait énoncé son idée à contrecœur, et lui-même ne pouvait supporter de s’entendre parler comme il venait de le faire, d’autant plus qu’il savait que les hommes croyaient cela vrai… Mais la seconde partie de son plan le dégoûtait tout autant…
Il distribua les armes tout en regardant les prisonniers droit dans les yeux, et ajouta :
« Ne faites rien de stupide ! »
Il espéra qu’ils avaient compris le message et qu’ils se tiendraient tranquilles jusqu’à ce qu’il agisse…
Après quelques mètres, une fois que le noruk se fut détendu en constatant que ses esclaves ne bronchaient pas, Glaide passa à la deuxième phase de son plan : il dégaina, se rapprocha du monstre et le décapita d’un geste net. Immédiatement il hurla :
« A l’attaque ! »
Il avait cru que ses compagnons mettraient un certain temps à réagir, et espéré qu’ils seraient plus rapides que leurs ennemis. Mais le résultat fut au-dessus de ses espérances : à peine eut-il crié que les hommes fondaient déjà sur leurs oppresseurs. Grâce à la bêtise naturelle qui caractérisait les orques, il leur fallut un temps infini pour comprendre ce qui se passait, et lorsqu’ils prirent les armes la moitié d’entre eux gisait déjà à terre.
Abattre les dernières créatures fut une simple formalité.
« Ne traînons pas, grogna Glaide. Il faut nous éloigner de la ville. Des renforts sont peut-être en route. »
L’un des hommes allait protester mais l’adolescent lui jeta un regard glacial qui le fit taire. Dociles, ses compagnons et lui suivirent l’adolescent qui s’éloignait au pas de course.
Une poignée de minutes plus tard, toute la troupe s’arrêta. Ils avaient trouvé une petite colline surmontée de quelques arbres qui offrait une excellente vu sur les environs, tout en permettant de se cacher rapidement et efficacement.
« La nuit va tomber d’ici une ou deux heures, déclara Glaide. Nous allons nous installer à cet endroit. »
Il récupéra de grosses pierres qui feraient office de sièges et les plaça à l’orée du petit bois, de manière à pouvoir s’y réfugier en cas de nécessité.
Après que chacun se fut assis, il régna un silence profond. Glaide comprit que les individus qui l’entouraient étaient en train de mettre de l’ordre dans leurs pensées, et bientôt il vit leurs visages s’illuminer. Comme un seul homme, ils poussèrent un grand soupir. Ensuite l’un d’eux éclata de rire, bientôt rejoint par ses camarades, et toute la petite bande laissa s’envoler la tension qu’ils avaient accumulée durant les dernières heures.
Le jeune homme les regarda un moment avec un léger sourire. Même s’il n’en montrait rien, lui aussi se sentait soulagé que son plan ait fonctionné. Après tout, si avec l’entraînement qu’il avait suivi durant les derniers mois il ne s’était pas vraiment inquiété pour sa sécurité, pour ces hommes c’était une toute autre chose : la mort les avait bel et bien frôlés !
Pourtant une pensée soudaine assombrit son humeur : il lui restait encore à convaincre ces gens d’oublier leur vengeance… Pour ne pas doucher l’enthousiasme général, il préféra patienter jusqu’au repas du soir.
Sa chance se présenta lorsque l’un des hommes proposa de rassembler du bois pour faire un feu. Le soleil était en train de se coucher, et d’ici une demi-heure, peut-être un peu plus, on y verrait plus rien. Mais Glaide le retint et dit :
« Ecoutez : maintenant que vous avez repris vos esprits, il nous faut parler. La petite aventure d’aujourd’hui aurait pu très mal finir, surtout pour vous. Vous ne croyiez pas qu’il est temps d’oublier toute cette histoire ? »
Ses interlocuteurs se turent. Glaide en fut soulagé car il s’était attendu à devoir à nouveau hausser le ton, mais il semblait que les récents événements avaient ramené ces hommes sur terre… L’un d’eux finit par répondre :
« Qui que tu sois, nous te sommes reconnaissant pour ce que tu as fait aujourd’hui. Nous avons tous douté de toi, et nous t’en demandons humblement pardon. Malheureusement nous ne pouvons pas oublier ce qui s’est passé…
- Alors racontez-moi, l’incita le jeune homme. Racontez-moi votre histoire. »
Son interlocuteur hésita mais ses compagnons l’encouragèrent du regard, et il commença son récit.
Glaide le laissa parler sans l’interrompre, et il découvrit ainsi que les individus qui lui faisaient face étaient les derniers survivants d’un village détruit par les sbires de Baras. Ils avaient juré de se venger, à n’importe quel prix. Une histoire tristement banale…
L’homme parla longuement de sa maison, de sa famille et de ses amis. Il raconta des anecdotes et décrivit avec précision l’intégralité de la bourgade. Plusieurs fois un sourire naquit sur son visage, alors qu’il se remémorait un événement particulièrement heureux. Les souvenirs affluaient, sans qu’il ne puisse les contenir, et bientôt ses camarades et lui furent tous plongés dans le passé. L’homme ne parlait plus à Glaide : il se laissait transporter par ses paroles qui lui permettaient, l’espace d’un instant, de ressusciter ce qu’il avait perdu…
Bientôt les cinq compagnons ne purent retenir leurs larmes, et la voix du conteur se brisa lorsqu’il réalisa que sur les dix survivants du massacre, ils n’étaient plus que cinq…
« Qu’avons-nous fait…, sanglota-t-il. Qu’avons-nous fait… »
Il se prit la tête entre les mains sans parvenir à endiguer son chagrin. Cette vision troubla profondément le jeune homme, qui mesura à quel point les individus en face de lui étaient désespérés. « Voilà le pire des sentiments, songea-t-il. Le désespoir… Si l’être humain se laisse dominer par cette émotion, il est condamné… C’est cela que je dois combattre : il me faut apporter l’espoir. »
Il posa une main sur l’épaule de l’homme assis en face de lui, mais ses paroles s’adressaient à tous :
« Votre village continuera d’exister à travers vous, car c’est en vivant, en acceptant la douleur et en vous souvenant de ceux que vous aimiez, que vous obtiendrez votre vengeance. C’est en montrant à Baras que peu importe son acharnement : il ne pourra jamais faire disparaître ceux qui nous sont chers… Quant nous nous sommes rencontrés vous m’avez dit ne plus rien avoir à perdre, et bien c’est faux : il vous reste vos souvenirs et votre cœur. Et grâce à eux, les morts ne le seront jamais. »
Sur ce il s’éloigna et laissa ses compagnons de fortune s’abandonner à leur peine, en se disant que c’était peut-être la première fois qu’ils regardaient le passé en face…
Le lendemain l’adolescent se réveilla alors que le soleil était déjà levé. Conscient que c’était aujourd’hui qu’il pénétrerait dans Zakorth, il se sentit légèrement nerveux. Cependant il lui restait une chose à faire : il s’approcha des cinq hommes qui avaient veillé jusque tard dans la nuit.
Sur leurs visages ne subsistait nulle trace de leurs émotions de la veille, mais seulement une volonté inébranlable.
« Nous partons, déclara l’un. A partir d’aujourd’hui commence pour nous une nouvelle vie. »
Glaide lui sourit et répondit :
« Si vous vous dirigez vers le sud-ouest, vous trouverez une ville récemment construite. Son nom est Kalhem-Rackk. Dites aux villageois que vous venez de la part de Glaide, et ils vous réserveront le meilleur accueille qui soit. N’hésitez pas non plus à raconter votre histoire : nombre des habitants de ce lieu souhaitent qu’il serve de refuge à ceux qui ont tout perdu.
- Entendu, nous irons donc à Kalhem-Rackk. »
Soudain une idée traversa l’esprit du jeune homme : il savait que sa mission principale était de rétablir la vérité quant au passé de ce monde pour allier tous les peuples, mais s’il voulait que son action perdure il fallait que les événements actuels ne soient pas à leur tour oubliés. Ainsi Baras n’aurait plus aucune chance de diviser les différentes races. Il dit :
« Mes amis, gardez vos souvenirs, même s’ils vous font souffrir. Les habitants de votre village ont péri, vous avez perdu femmes, enfants et amis, mais si vous parvenez à construire une nouvelle famille, racontez leur ce qui s’est passé pour qu’ils sachent qui vous êtes, et que vos descendants comprennent qu’ils ont perdu un frère, ou une sœur. Ne vivez pas dans le passé, mais souvenez-vous en. »
Ses interlocuteurs acquiescèrent lentement, puis ils se tournèrent en direction de leur destination, dos au jeune homme.
« Qui que tu sois, déclara l’un, nous ne t’oublierons pas toi non plus. Nous ne savons pas ce que tu cherches, mais devoir venir sur ces terres pour le trouver n’est jamais une bonne chose. Puisse ta quête s’achever comme tu le souhaites. »
Glaide interpréta ces mots comme une bénédiction, et il regarda les hommes s’éloigner en direction de Kalhem-Rackk jusqu’à ce qu’ils aient disparu de son champ de vision. Alors il se décida à bouger : la journée débutait, et elle promettait d’être bien remplie…
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En quelques minutes Zakorth apparut devant lui. En s’approchant il se demanda si, finalement, son choix n’avait pas été motivé, tout comme ces hommes, par le désespoir : le désespoir de ne jamais retrouver ses amis, ou de découvrir qu’ils avaient péri dans une bataille… « Peut-être, songea-t-il. Mais est-ce réellement un problème ? Qu’importent les raisons qui m’ont poussé à agir de la sorte : seule compte mon action. Désormais il me faut accomplir ce pour quoi je suis là. »
Il continua à marcher en direction de la cité. Il n’y avait absolument personne, le silence était total. Il semblait que, tel l’œil du cyclone, la zone la plus calme sur les terres contrôlées par Zakorth, fut Zakorth elle-même…
A quelques dizaines de mètres de sa destination, le jeune homme déposa son sac. Il prit le temps de le camoufler avec un peu d’herbe et de terre, puis il mémorisa son emplacement de manière à revenir le chercher après sa visite.
Il couvrit ensuite la distance qui le séparait de Zakorth.
Alors, au moment même où Glaide atteignit son but, une pensée fugace traversa son esprit : cela faisait exactement une semaine que Kezthrem était parti.
LA première chose qui frappa Glaide fut l’étonnante banalité de Zakorth : la palissade était de bois, de même que la porte, et il y avait deux tours de guet qui l’encadraient. Une herse, relevée pour le moment, complétait les défenses.
Ces installations ressemblaient beaucoup à celles de Rackk, à la différence près qu’ici rien ne paraissait entretenu : la muraille était visiblement pourrie, et la porte ne semblait tenir sur ses gonds que par miracle. Quant aux tours, toutes deux étaient en partie détruites. « Cette ville est absolument indéfendable…, constata Glaide pour lui-même. Kezthrem avait tort lorsqu’il disait qu’attaquer cet endroit demanderait tout une armée : une poignée de soldats ferait l’affaire ! »
Cependant il révisa son jugement en se souvenant qu’ici vivaient des individus de toutes les races, et si la cité avait apparemment une réputation surfaite, ce n’était certainement pas leur cas.
Lorsqu’il fut devant l’entrée, il réalisa qu’en réalité la différence entre cette ville et les autres ne tenait pas de son architecture, mais de son absence d’activité, et du silence pesant qui planait... Il n’y avait aucun garde, et l’agitation habituelle qui régnait à proximité des agglomérations semblait inexistante. « Est-ce un piège ? Se demanda le jeune homme. Ce calme est-il normal ? » Il n’était sûr de rien puisqu’il était vraisemblablement le premier humain à s’aventurer dans les environs…
Il prit le temps d’examiner les alentours mais ne décela rien d’anormal. L’entrée donnait sur la rue principale à partir de laquelle diverses ruelles transversales s’enfonçaient dans les méandres du village. Il avança prudemment, tous ses sens aux aguets.
Au moment où il pénétra pour de bon dans la cité, tous ses muscles se raidirent dans l’attente d’un cri d’alerte… qui ne vint pas ! Légèrement rassuré, il regarda un peu plus en détail ce qui l’entourait : de sa position il ne pouvait discerner aucune tour à l’aspect menaçant, ni aucune potence ou gibet. En fait, l’endroit paraissait paisible… Les maisons qui bordaient l’allée qu’il empruntait étaient semblables les unes aux autres, faites de bois avec un toit plutôt bas.
Après quelques minutes il finit par s’arrêter en se demandant si qui que ce soit vivait ici… Cette ville n’avait rien de diabolique, et petit à petit il commença à se dire que Zakorth était en réalité protégée par sa réputation… Une réputation que ses habitants entretenaient en tuant et massacrant les habitants des villages voisins. « Personne n’est jamais venu vérifier à quoi ressemblait cet endroit, conclut intérieurement l’adolescent. Si qui que ce soit l’avait fait, tout le monde aurait compris que le danger réside dans les terres autour de cette ville, mais pas à l’intérieur. En fait elle n’est pas du tout à l’image de ceux qui l’habitent… »
Pourtant, après avoir marché pendant encore quelques minutes, il révisa son jugement : ce lieu n’était pas paisible, mais mort… Un peu à la manière de l’Océan Infini qu’il avait aperçu depuis de dos d’Ayrokkan : il n’y avait pas un souffle de vie, tout paraissait abandonné. Mais contrairement aux ruines de Rackk, majestueuses et empreintes d’Histoire, ici bien que les bâtiments soient pour la majorité encore debout, ils n’étaient que des coquilles vides, témoins d’un passé sombre. « Il faut raser cet endroit, pensa Glaide. Le détruire, lui et tous les souvenirs qu’il contient. »
Alors qu’il commençait à douter de trouver de quelconques informations, il sursauta en entendant un bruit sur sa droite. Il crut d’abord s’être trompé, mais quelques instants plus tard il distingua des cris. S’il se fiait au nombre de voix qu’il percevait, il s’agissait de toute une bande…
Prudemment, il tenta de trouver l’origine du vacarme. Remontant un peu sa cape de manière à y enfouir son visage, et adoptant sciemment un visage fermé, presque agressif, il s’engagea dans l’une des ruelles latérales.
Il progressa à grandes enjambées, regardant ça et là s’il découvrait un signe de vie. Mais il ne croisa que des maisons vides, parfois en ruine.
Soudain les voix se firent plus proches. Glaide ralentit instantanément et analysa la configuration des lieux : la ruelle qu’il empruntait actuellement était extrêmement étroite et ne permettait aucunement le combat. En outre, si des archers venaient à grimper sur les toits alentour ils pourraient le toucher sans aucune difficulté. Heureusement ce coupe-gorge touchait à sa fin : devant lui se trouvait ce qui devait être la place du village.
Le jeune homme déboucha discrètement sur l’esplanade. Les demeures, ici, étaient installées de manière à offrir un espace circulaire relativement important, au centre duquel se trouvait une estrade.
Glaide ne prêta tout d’abord pas attention à ce qui se passait. En effet, il venait de découvrir une bonne vingtaine d’habitants de Zakorth : autour de lui se bousculaient toutes les races des Terres Connues. Il y avait des barbares, qu’il reconnut au premier coup d’œil, des humains, des nains mais aussi… des elfes ! Pour la première fois, il put voir de ses yeux à quoi ressemblaient ces créatures mythiques !
Aussi grands que les nains étaient petits, aussi minces qu’ils étaient massifs, la grâce qui émanait de chacun de leurs mouvements laissa le jeune homme sans voix. Ils avaient un visage proche de celui des Hommes, mais imberbe et sans aucune ride ni aucun signe de l’âge. On leur donnait à tous vingt ou vingt-cinq ans !
Glaide réalisa alors qu’il avait perdu son masque de guerrier revêche, et il s’empressa de l’adopter à nouveau. Pourtant il ne parvint pas à détourner son regard de cette masse de gens qui se mouvait devant lui. Il avait conscience d’être en présence d’une scène qui avait dû être habituelle à l’époque de Novak et Dzen : cette même époque où tous les peuples vivaient en harmonie sur les Terres Connues.
Il en vint même à oublier où il était, jusqu’à ce qu’il croise le regard de l’un des elfes. Alors il comprit pourquoi on les appelait elfes noirs : malgré leur beauté apparente, dans leurs yeux brillait une froideur implacable et un éclat de folie effrayant… Il ne trouva nulle trace de la bienveillance qu’il avait décelée chez Gardock, le roi des nains. « Prudence Glaide, se dit-il. Tes ennemis sont tout autour de toi, et ils sont bien moins stupides que les orques… »
C’est seulement à ce moment qu’il réalisa que tout le monde était rassemblé pour une bonne raison : sur la scène, devant lui, Glaide aperçut plusieurs individus dont les mains étaient entravées par des chaînes, reliées les unes aux autres…
Tout d’abord le jeune homme ne comprit pas ce qui se passait. Puis, petit à petit, il commença à réaliser que ces gens étaient en fait des prisonniers. Il y avait un barbare, deux nains, quatre humains et trois elfes. Ils étaient torse nu, et si leurs visages ne laissaient rien deviner de leurs sentiments, leurs corps étaient en revanche couverts de meurtrissures et de blessures…
« Ce sont… des esclaves ? » Murmura Glaide le souffle coupé.
Il ne parvenait pas à en croire ses yeux. Pourtant, il lui suffit d’écouter un peu les dialogues alentour pour comprendre que chacun discutait du prix qu’il comptait mettre pour acquérir l’un des prisonniers. Les elfes noirs mentionnaient des expériences sordides, tandis que les nains ne parlaient que de massacre…
En revanche, les barbares et les humains corrompus gardaient le silence. Glaide se dit que peut-être voyaient-ils encore en ces gens des semblables… « Alors pourquoi les avoir abandonnés ? » Songea le jeune homme. Une réponse s’imposa à lui : la peur, bien entendu… La peur qui conduisait à trahir ses amis, à se mépriser soi-même pour sa faiblesse.
« Si je déclenche une guerre contre Baras, il vous faudra choisir un camp », grogna l’adolescent.
Puis une profonde colère monta en lui, menaçant de l’aveugler. Mais il se concentra du mieux qu’il put tout en invoquant l’image de Kezthrem, et il tenta de se souvenir de ses paroles de sagesse.
Il réussit à se calmer, au moins pour un temps. Adoptant un état d’esprit froid et calculateur, il évalua les défenses adverses. Bien entendu, elles étaient nombreuses… Ne se trouvait-il pas au beau milieu de leur place forte après tout ? Mais qu’importait : il lui fallait élaborer un plan.
Face à lui, les prisonniers ne couraient pas de danger immédiat. Les noruks qui les encadraient, et qui semblaient être les marchands, ne les maltraitaient pas : ils étaient trop occupés à négocier les prix. Quant à la marchandise en question, elle était trop abattue pour réagir. « J’espère seulement qu’ils vont se bouger lorsque je passerai à l’action », pensa Glaide.
Il regarda un peu autour de lui et aperçut quelques archers, disposés à proximité de différentes ruelles qui donnaient sur l’esplanade. « Ils doivent servir à empêcher qui que ce soit de voler ou tuer les prisonniers : ce ne serait pas très bon pour les affaires. » Le jeune homme estima leur nombre à cinq ou six. Ce n’était pas énorme, mais suffisant pour l’abattre…
En outre tous les acheteurs potentiels étaient armés. Ici la population n’était pas semblable à celle de n’importe quelle bourgade : tous portaient en permanence un couteau, une dague, et parfois même une épée ou une hache. Glaide s’étonna même qu’ils ne soient pas tous en armure !
Néanmoins le problème restait le même : il n’avait aucune chance de vaincre tout le monde. En tout cas s’il se battait seul… Et puis personne ne devait savoir qui il était.
Naturellement, en songeant à cela, il se dit que le mieux serait encore de s’en aller, mais il ne put s’y résoudre : le simple fait de penser qu’il aurait pu passer à coté de ces gens en détresse lui était insupportable, alors il ne se posa même pas la question de les abandonner ! Il était hors de question de fuir. « Je suis le Destructeur bon sang, se sermonna-t-il. Je dois agir comme tel ! »
De sa position il constata que les chaînes qui entravaient les poings des prisonniers étaient rouillées. Autrement dit un bon coup d’épée les briserait sans difficulté. Ensuite, si ceux qu’il comptait aider maîtrisaient la magie noire, ils pourraient facilement se débarrasser des archers… « Si je tue les deux noruks et que je libère le barbare et les nains, nous pourrons nous battre tous deux depuis l’estrade, ce qui obligera nos ennemis à grimper dessus. En outre, si les humains ou les elfes connaissent la magie, ils pourront briser leurs propres chaînes sans mon aide. Mmm… En fait je dois faire diversion jusqu’à ce qu’ils soient tous libres et les archers morts. Ensuite nous pourrons mener le combat. Ces prisonniers sont fatigués, mais il leur faudra défendre leur vie et leur liberté. Ça peut marcher ! »
Avant toute chose il lui fallait néanmoins savoir si oui ou non au moins l’un des esclaves connaissait la magie. Il s’approcha donc et se mêla à la foule, non sans une certaine satisfaction en constatant que personne ne le remarquait, alors qu’ils avaient leur ennemi mortel à portée de main !
Arrivé au pied de la scène il réalisa combien les malheureux étaient mal en point : ils tenaient à peine debout, et toute combativité avait quitté leurs regards. Ils n’étaient plus que des cadavres ambulants… Mais Glaide ne se démonta pas. Il prit une grande inspiration et lança :
« Hé ! Avant de pratiquer des tarifs aussi élevés, vous pouvez me dire si au moins l’un d’eux connaît la magie ? »
Les deux noruks le fixèrent, et autour de lui le silence se fit. Sans s’en rendre compte, le jeune homme retint sa respiration. Soudain dans son dos raisonna une voix rocailleuse, qu’il attribua à un nain :
« Ouais, cet humain à raison : y’en a un qui s’y connaît ou pas ? »
Heureux de cet improbable appui, Glaide laissa échapper un profond soupir, qui passa heureusement inaperçu car tout le monde s’était remis à parler et à brailler.
« Bien sûr qu’ils sont mages, grogna l’un des noruks. Les trois elfes connaissent la magie. »
Glaide sourit intérieurement : trois sorciers d’un seul coup, c’était plus qu’il n’en fallait pour mener son plan à bien ! Même si le bain de sang qui s’annonçait de l’enchantait guère… Un instant avant d’agir, il pria pour que les prisonniers trouvent la force de se battre, car de leur volonté dépendait la réussite de son idée.
Puis il sauta sur l’estrade.