Après le capitalisme (1)
Dans le billet du 11 décembre, De
la nature intime du capitalisme, nous
avons tenté de répondre à la question « Un capitalisme à
visage humain est-il possible ? » avant de conclure par la
négative, compte tenu des exigences quasi-insurmontables que suppose
une telle évolution.
Alors, quelle autre « solution »,
s’il en existe une ? Tenter d’y répondre suppose de prendre
un peu de recul.
Homo
economicus
Dans le
précédent billet, nous avions noté que le système
économico-social dénommé « capitalisme », qui a
véritablement décollé lors de la révolution industrielle, se
caractérise par une primauté essentiellement basée sur l’argent,
par opposition à l’Ancien Régime, où la primauté était
essentiellement basée sur la naissance.
Cette primauté
de l’argent a sous-tendu la quasi-totalité des idéologies et
mouvements de pensée des deux derniers siècles.
Libéralisme économique vs
socialisme ou marxisme a été le combat dominant de la fin du XIXe
à la fin du XXe siècle :
dans les deux cas, tout tourne autour
de la distribution de la richesse matérielle dans la société
et de l’opportunité de réguler ou non cette distribution.
Certains ne manquent d’ailleurs pas de souligner que cette
place centrale qu’occupe la répartition de la richesse a fait de
l’homme moderne un homo
economicus. Il est non seulement
devenu une « machine à consommer » (plus ou moins, en
fonction de ses moyens financiers), mais aussi et surtout la
quasi-totalité de la réflexion « sociétale » tourne
autour de modèles économiques, fussent-ils « alternatifs ».
La « quête du bonheur » d’homo
economicus se résume en la quête
d’un « Graal économique »,
la recherche d’une société économique parfaite où la félicité
de tous serait assurée. Partant de ce postulat, toutes
les questions de l’existence sont examinées sous un prisme
essentiellement, voire exclusivement, économique.
Cette tendance devrait se poursuivre jusqu’à l’absurde et
à la marchandisation totale d’homo
economicus, d’une part en tant que
force de travail « atomisée » (voir Rêve
de HAL), d’autre part en
tant qu’être vivant, d’où notre hostilité à toute forme
d’euthanasie, laquelle constituerait un élément déclencheur de
cette évolution (voir La
boîte de Pandore).
Lorsqu'il aura atteint un niveau de
concentration des richesses insupportable mais surtout intenable,
c'est-à-dire lorsqu'une majorité
d'hommes ne reconnaîtront plus la détention de biens immatériels
comme source de « richesse »
(en d'autres termes, je détiens une entreprise parce que j'en suis
le principal actionnaire. Mais, le jour où la majorité des
individus considère les actions comme un bout de papier sans valeur,
un peu comme de l'emprunt russe, alors tout bascule), le
système économico-social basé sur la primauté de l'argent
– le capitalisme – s'effondrera.
Mais pour être remplacé par quoi ? Quelle « primauté »
s'imposera alors ?
Un
autre paradigme ?
Répondre aujourd'hui à cette question est non seulement
difficile mais assurément hasardeux. Nous allons essayer de le faire
mais en privilégiant l'étude de plusieurs
scénarios ou tendances et en
estimant leur probabilité de réalisation.
Trois points
importants cependant :