Fumu Bipe
L'hymne à la vie
Regard sur la tragédie humaine :
les enjeux de la violence sur la vie pour la mort
Éditions Dédicaces
L'hymne à la vie
© Copyright - tous droits réservés à Michel Poati-Tchicaya
Toute reproduction, distribution et vente interdites
sans autorisation de l’auteur et de l’éditeur.
Dépôt légal :
Bibliothèque et Archives Canada
Bibliothèque et Archives nationales du Québec
Un exemplaire de cet ouvrage a été remis
à la Bibliothèque d'Alexandrie, en Egypte
Éditions Dédicaces inc
6285, rue De Jumonville
Montréal (Québec) H1M 1R7
Canada
Téléphone : + 1 (514) 375-1042
www.dedicaces.ca | www.dedicaces.info
Courriel : info@dedicaces.ca
Fumu Bipe
L'hymne à la vie
Regard sur la tragédie humaine :
les enjeux de la violence sur la vie pour la mort
AVANT PROPOS
La vie, lorsqu’elle se manifeste, est de loin l’une des expériences les plus fantastiques, les plus fascinantes, les plus déconcertantes dans l’univers.
La vie nous captive tout autant qu’elle nous enivre et nous subjugue au point de nous causer parfois un réel tourniquet à travers ses dédales souvent imprévisibles, impressionnants et redoutables.
Loin de toujours nous faire sourire et tels pris dans cette course effrénée, la vie en vient souvent et assez vite d’ailleurs à nous assombrir tout au long de ce cours. Elle se cabre quelque fois dans son parcours et se braque face aux éléments de la nature qui s’emballent, menacent et se déchainent au loin, sous un ciel couvert lorsque nuages menaçants, éclairs puis grondements de tonnerre se font entendre. De même que la nature de certains éléments nous contrarie, le goût à la vie s’estompe progressivement ou brutalement. Pourtant, et d’une manière générale, l’humain valide, au même titre que celui qui va se pendre, tiennent encore tous deux à la vie. La vie qui engendre des exclama-tions, des interrogations, des affirmations, des grincements de dents et des frissons, suit toujours son cours même si parfois il semble que l’envie de vivre s’effrite à la manière de la terre qui se dérobe sous nos pieds...
La vie reste magique à notre entendement. Son magnétisme sur le vivant demeure indescriptible, incompréhensible aussi.
Dans ce parcours et à travers cette kyrielle de sentiments et d’attitudes, siège également l’humain qui n’a plus rien d’humain. Son rire est sinistre, son regard bien lugubre, sa douceur est rudesse, sa compassion est violence, sa préoccupation est domination. Les mots qu’il use s’entrechoquent et perdent de leur saveur au point de ne plus avoir la même portée, encore moins la teneur habituelle. Les repères ne sont plus les mêmes.
La quiétude n’est désormais plus qu’un rêve pour le plus grand nombre. La frustration s’accentue et atteint des proportions insoup-çonnées. Pourtant, c’est bien à ce degré de désarroi que semble inter-venir l’inattendue. Loin de se résigner à la passivité, l’espèce humaine s’emploie à porter ses espoirs sur le temps qui tourne et passe. Il s’agit d’une attente qui s’affiche sous des traits morbides mais combien libérateurs. Sans la mort, la vie n’a plus de sens car à son tour, la mort a rendez-vous avec la vie qui subjugue et apaise : le bol d’oxygène inespéré. Inattendu.
A travers observations, constats et expériences, je m’applique progressivement et tout au long de L’hymne à la vie, à dépeindre le tableau d’une réalité plus que pertinente et poignante à la fois : telle une étrange symphonie, la mort côtoie la vie ! La vie est corroborée de violences, d’échecs, d’illusions, de frustrations mais surtout et essen-tiellement de rêverie, d’espoir qui bien souvent hélas se projettent au-delà des limites de la vie, donc post-mortem (même le mourant rêve de bien-être, d’abondance, de plaisirs et joies charnels): les enjeux de la violence sur la vie pour la mort. Et par la mort, subsistera la vie! Une opportunité inattendue pour moi de pouvoir enfin exprimer, avec des mots patiemment choisis puis sélectionnés parmi tant d’autres, tout un ensemble de sentiments quelque peu refoulés ou rarement exprimés, cela à travers intentions, gestes, actions ou propos sommaires peu ou à peine contenus, retenus. L’occasion est plus qu’en or d’accoucher ce qui demeurait encore à l’étape de gestation, car étant jusque là propre au domaine intérieur. Ecrire, semble-t-il est aussi une libération, une sorte d’évasion dont la plupart d’entre nous avons grand besoin. Vous avez parlé de liberté d’expression ? Nous y voilà alors!
Le regard que nous portons sur notre entourage varie d’un individu à l’autre. Selon notre cadre, notre milieu d’origine et dépend de tous les tumultes qui ont façonné ou contribué à l’édification de notre être. On serait d’ailleurs tenté de croire que chacun de nous a son monde à part, lequel demeure étroitement tributaire des autres petits mondes ou îlots autour de nous : nos semblables ; notre prochain. Pourtant il faille que notre monde individuel puisse faire corps avec le monde de l’autre pour ensuite matérialiser ce monde réel dans lequel nous sommes tous appelés à évoluer : ce monde palpable, celui des hommes et des femmes.
Ce sont naturellement des femmes et des hommes qui, à travers mon cheminement, m’ont aidé à me forger un monde à moi pour ensuite me permettre de m’ouvrir à d’autres mondes autour de moi de telle sorte qu’à l’issue de tout ce mixage, ce mélange inconscient et intuitif, que je puisse continuer à exister, avoir les pieds sur terre, savourer mon parcours dans ce monde qui nous entoure, qui passe, qui nous surpasse et duquel nous finissons toujours par trépasser et avec la certitude de repasser. Nul doute, ce cycle semble continuel, éternel !
Quoiqu’on dise et quoi qu’on enseigne ! Grâce à cette foule de mini-mondes autour de moi, j’ai pu me faire une idée du monde dans lequel j’évolue et aussi la qualité de vie que je mène.
A Mère, ‘‘Hu But Mpâ-p’’
A Feu Père, ‘‘ Ya’ Kutu’’
Les deux êtres à qui je dois cette vie,
A Yaya, Feu ‘‘Lancaster-Nadir’’, notre aîné,
A Yaya, Feu ‘‘Guigoz-Suresh’’, mon frère et père à la fois,
A Feue ‘‘Nti-di Ngwili-Bass’’, notre grand-mère maternelle,
A notre regrettée et bien aimée cadette, Feue ‘‘Diana Loris’’.
A tous ; pour votre amour, votre patience et votre élan désintéressé, humain et divin à la fois
A nos chers enfants ; pour que vous puissiez suivre l’exemple de la persévérance, adopter le réflexe du dialogue, d’une largesse d’esprit, la tolérance, la considération du vivant et du néant,
A tous ceux des miens au Congo, ici et ailleurs: les vivants et tous ceux qui nous ont précédés,
A Monsieur André JOLY, ancien Professeur de psychoméca-nique du langage à Villeneuve d’Ascq puis à la Sorbonne, Paris IV, à la retraite depuis quelques années déjà, pour l’enseignement reçu et ses conseils avisés, m’incitant à publier.
A Monsieur Pierre et Madame Nadine BERTRAND pour votre amitié, votre intuition et votre certitude de voir un jour aboutir la publication de mes textes, pour ‘‘une meilleure mise en valeur’’.
A Mademoiselle Cathy GRANIER, M. Edouard MARTIN, anciens collègues et amis en Ariège, pour votre dévouement, votre assistance, votre sens du devoir et de l’amitié.
A Gérard TARBOURIECH pour ton précieux soutien, ton amitié, tes encouragements.
A Valery DECOMBE, un ami et un frère dans le sens noble du mot.
A M. Christian BOURQUIN, Député des P.O., M. René OLIVE, Maire de Thuir et Mme Renée OLIVE de Thuir-Solidarité, Dr Thomas CABAZ, la famille FONS et tous les amis dans les Pyrénées Orientales. Merci pour votre soutien, votre disponibilité.
A Sylvestre MBOU l’ami et frère de tout temps, solidaire dans nos moments de désarroi et de joie.
A Señora Silvia DIAZ pour sa conviction de me voir un jour engagé dans l’écriture. Muchas gracias, señora !
A Miss Patel EDWARDS, Mr. Thomas BOWLER, Mr. Joe MARTINS, Mr. George LYNDT, Mrs. Jacqui Mc DOUGALL, M. Simplice NGONGUI, pour votre expertise et le soutien amical, en Ecosse et en Angleterre, au Royaume Uni,
A Jean Kernaïse MAVOUNGOU, Jacques BILALI, Jean Claude GAKOU, Andoche MAVOUNGOU-POUTY, Fréderic DSAINBAYONNE, Claude Nazaire BITOUMBOU, Jean Louis MAVOUNGOU, Emile TENE, Auguste MAKAYA, Brahim AIT JNIR, et leurs familles respectives, pour votre présence à mes côtés, en ces débuts-là en France.
A toutes celles et tous ceux qui de près ou de loin ont participé à la mise en forme de l’individu que je suis, puis à tous ceux qui ont contribué à la réalisation de ce travail, je vous prie de trouver à travers la publication de cet ouvrage, le fruit de votre amour, de votre patience et de vos conseils avisés, puis à travers cet écrit, d’y voir toute ma profonde et sincère reconnaissance.
A Christophe Stanislas MAKOSSO ‘‘Starel’’, l’ami et le frère;
A Jean Jacques SIMBA ‘‘Jhès’’, l’ami et le frère,
A François ANGA-AKOUALA ‘‘Chamango Djo Kaïdi’’, l’ami et le frère
Au genre féminin sur toute la planète;
A mes neveux, nièces, cousins, cousines,
A mes frères François, Antoine, Valentin
Toutes mes sœurs et tous mes frères de proximité aussi,
A mon épouse, ma bien aimée.
PRÉFACE
Le premier pas, comme nous le disaient souvent nos aînés et à travers leur connaissance affirmée de l’individu, a toujours été le plus difficile à effectuer. Pourtant c’est bien à travers ce premier pas que chacun cherche à s’affirmer puis se rassurer. Pour ce premier coup d’essai de l’auteur, le profond sentiment que je caresse dans l’immédiat est celui d’un réel coup de maître.
De son nom de plume, Fumu BIPE (B’kulu Vandu) est non seulement un frère, un ami de longue date, mais surtout un confident de tout temps. De ce fait, je le connais assez bien, et cela depuis nos départs de lycée pour les Universités jusqu’à ce jour.
Je me réjouis de pouvoir ici esquisser ce propos en préface pour la toute première œuvre de sa main, L’hymne à la vie. Un écrit qui nous mène dans un univers pourtant commun, mais que nous redécouvrons avec un œil plus affiné, plus aiguisé. Entre son style fluide, loquace et cocasse à la fois, l’auteur ne manque pas de nous mettre en émoi, soulevant nos cœurs et notre imagination, par ses prises de position et le regard qu’il porte sur la société humaine, ainsi que ses coups de gueule.
Fumu BIPE est loyal, de nature joviale aussi ; il émane de lui un tel optimisme, lequel il sait également communiquer à ses proches. Sportif dans l’âme, il est amoureux, non seulement de son épouse et leur petite famille, mais de l’espèce humaine en général. Le respect pour autrui a toujours été l’une de ses caractéristiques.
L’auteur a également une profonde révérence du divin au même titre que de la nature immédiate, et par conséquent un profond respect pour les fondements de notre culture ancestrale bantoue, laquelle est faite de traditions et de relations humaines. Celles-ci s’imbriquent puis forgent l’homme, veillant ainsi à son épanouissement mental, physique, psychologique et social. N’est-ce pas que l’homme, simple bourgeon social, est avant tout le produit de ses expériences et de son environnement?
L’arbre tient debout de par ses racines. Les racines d’un homme quant à elles, sont ses relations avec autrui, la qualité de ses rapports les femmes et hommes de son quotidien, quels qu’ils soient et d’où qu’ils viennent. Sur ce plan, Fumu BIPE a toujours été un homme ouvert, courtois et prompt pour autrui, connus et inconnus. C’est un homme de relations humaines !
J’ai la conviction que l’auteur a pu effectuer son parcours initiatique, lequel est propre à tout être humain et à un moment donné de notre existence. Après une bonne portion d’expérience acquise à ce jour, Fumu BIPE est désormais à même de se lever devant les hommes, prendre la parole et être entendu sur des appréciations qu’il veut émettre, sur la base desquelles il sera d’ailleurs regardé et éprouvé. C’est là que son œuvre trouve, me semble t-il, un écho, en plus d’un fondement.
Se hissant très haut tel l’albatros de la plage de Pointe-Noire, l’auteur a beaucoup vu et entendu. Il a donc beaucoup à dire, beaucoup à partager aussi.
S’agissant de ses aptitudes, je retiendrais essentiellement qu’il a été à la bonne école, celle de la vie, de l’ouverture d’esprit et de la tolérance. Il a dès le berceau pu bénéficier de l’impact de ses frères et sœur de sang, et de ceux qu’il appelle lui-même et très chaleureusement ses frères et sœurs de proximité et qui tous ensemble, tels des cicérons sur son parcours, ont veillé à ses premiers pas tout au long de son jeune âge, l’amenant courir tantôt à travers les champs de manioc, maïs, patates douces, arachides et cannes à sucre ou le long de la plage de l’Océan Atlantique (et qui dans son œuvre, occupe d’ailleurs une place prépondérante, ce qui lui confère certainement cette folle envie d’évasion perpétuelle); tantôt des promenades dans les vastes étendues de bois luxuriant qui bordent la ville de Pointe-Noire et ses environs, un cadre bercé par les ondées de la verdure matinale.
Linguiste de formation et issu de l’Université de Villeneuve d’Ascq puis doctorant à la Sorbonne Paris IV, Fumu BIPE a appris à décrypter le dit et le non-dit. Malgré l’éloignement et un très long séjour hors de son cadre natal, l’auteur s’exprime couramment aussi bien en vili, sa langue maternelle, qu’en Lingala et Munu-kutuba. (Le vili, ou le Loango, le vernaculaire dans le Sud-ouest du Congo, dans la Région du Kouilou). Il parle également et avec excellence le Français qu’il a appris là-bas, comme tous les enfants à son âge, sur le banc de l’école et qui devient de fait sa langue d’adoption, la langue d’écriture. Il s’exprime en Russe et en Espagnol. La langue de Shakespeare ayant été son domaine de spécialisation tout au long de ses études supérieures, n’a point de secret pour lui qui, il faut le souligner, réside avec sa maisonnée et cela depuis une décennie en Grande-Bretagne. Il exerce de surcroît en qualité d’Interprète-Traducteur et enseignant de Lan-gues. N’est-ce pas là un capital considérable pour un bagage culturel qui, une fois de plus, traduit de façon éminente son ouverture d’esprit sur le monde et des aptitudes plus que jamais à propos?
Un homme de voyages. Ceci explique aussi et à suffisance pourquoi l’auteur demeure à mes yeux un réel pigeon voyageur. Il a, comme on le disait bien souvent de l’autre côté de la Manche, la bougeotte caractérisée. Il a horreur de s’éterniser sur place car, en effet, et comme il aime le souligner, ‘‘la sédentarité avilit l’âme et tue l’être’’. C’est pourquoi donc, l’auteur n’hésite jamais à se rendre à l’autre bout du monde, comme pour se ressourcer, s’éloigner de la nuit ténébreuse de la monotonie, de l’ignorance ; allant au contact de la découverte, de l’inconnu, de l’autre qu’il tient à connaître, avec qui fusionner, toujours attiré et motivé par cette lumière éclatante du nouveau, de la connaissance. Est-ce des voyages initiatiques ou de plaisance ? Il y a de quoi reconnaître là la nature pragmatique de l’auteur qui, d’une pierre, il sait aussi décrocher deux belles prises à la fois: l’utile et l’agréable.
Tout au long de ce propos, j’ai parlé de « connaissance. » La meilleure connaissance n’est-elle pas intuitive? C’est ce sentiment qui saute aux yeux et qui se confirme aussi par les prises de position de Fumu BIPE tout au long de son présent ouvrage. Affable, serviable, parfois mélancolique, railleur, râleur, humoriste et extraverti, l’auteur est un homme averti, éprouvé aussi; il apparaît être un fin observateur. Loin de se donner des airs moralisateurs, il se veut avant tout un simple compagnon qui nous susurre à l’oreille ce qui semble nous passer inaperçu ou simplement enrobé dans une complaisance routinière. S’il avait été un arbre, Fumu BIPE serait certainement un fromager, un baobab ou un gigantesque manguier que les habitants de son Loango local planteraient volontiers à l’entrée des villages afin que de sa cime dominante, il puisse s’affirmer puis coiffer la forêt du voisinage. Il servirait alors et dans toute son humilité que je lui connais, un réel piédestal aux plus frileux du Kouilou qui, sans ménagement, y accède-raient par tous les moyens, certains pour y savourer l’ombrage et la fraicheur du feuillage, d’autres pour le plaisir de saboter l’essence et arracher ses feuilles. Dans sa stature majestueuse, le fromager, le baobab ou le gigantesque manguier poserait alors son regard sur ces amours interdites qui se banalisent, ces attitudes parfois puériles, des alliances contre nature qui minent bel et bien le quotidien de tant d’individus, ici et là-bas.
Je ne suis, pour ma part pas surpris que l’auteur ait choisi, parmi tant d’autres fonctions qu’il a eu à exercer, de se faire connaître un homme de plume. Quoi de plus évident lorsqu’à la base, on a su être et pu vivre en homme de Lettres !
Homme de langues depuis le berceau, Fumu BIPE a toujours été un homme de parole aussi.
Les sentiments de justice et d’équité l’emportant, il voudrait même être l’albatros qui surplomberait la grande cité afin de balayer de son regard intègre puis révéler au grand jour, les vices de notre temps et sur lesquels nous sommes tous tenus d’apporter des remèdes. Gémir pour et avec les délaissés des quatre coins du globe, quoi de plus noble?
La terre du Kouilou n’est-elle pas pétrie de talentueuses person-nalités du verbe? La République des lettres, comme par assimilation à la France, on aime si bien désigner notre cher Congo-Brazzaville, qui peut d’ores et déjà se réjouir de compter à son carquois impressionnant déjà existant, une nouvelle feuille qui vient de se lancer et qui sans nul doute, parlera longtemps et longuement de son pays, de sa planète, de son amour pour la vie et de tout ce qui fait de lui un individu mature, réfléchi, ayant à dire et sachant le dire de la façon qu’il aura choisie de le dire. Un écrivain longtemps conçu, va pouvoir se faire naître et se faire entendre, se faire connaître par ses opinions et ses prises de position qui bien souvent, peuvent déranger, arranger les uns puis draguer les lies d’autres individus à la ronde.
SYLVESTRE MBOU
Enseignant
Si vous savez que vous ne savez pas, vous saurez.
Si vous ne savez pas que vous ne savez pas,
Vous ne saurez jamais.
(Amadou Hampâté Bâ, diplomate,
auteur et écrivain Malien : 1900-1991)
Introduction
Qu’est-ce donc la vie ? Quel doit en être le contour ou le but? Serait-ce l’acquisition ou l’accumulation des biens ? L’étalage des connaissances disparates, plutôt livresques ou théoriques ? Serait-ce donc le pouvoir ? La gloire ? La domination sur autrui ? Comment savoir si nous vivons dignement ou avons véritablement mené une vie telle qu’il se doit? Est-ce en laissant derrière soi un nom, un patrimoine pour sa maisonnée, ou plutôt avoir contribué tant soit peu à un quelconque éveil de ceux de son entourage, d’avoir contribué à une sorte de prise de conscience pour l’essor de l’humanité tout entière? Que retenir alors dans ce cas: réussir dans la vie ou alors réussir sa vie ? Tel est le véritable dilemme auquel nous sommes tous confrontés au quotidien. Pourtant, il faut bien se rendre à l’évidence, et pendant que le temps nous est encore compté, que le choix de l’excellence, tout en demeurant chose peu aisée, reste vraisemblablement à la portée de chacun. Qu’est-ce donc l’excellence ?
A croire que c’est en se démarquant bel et bien de la médiocrité ambiante qu’on finit par s’éloigner peu à peu de la bêtise, en s’orientant vers cet horizon pourtant accessible à chacun d’entre nous : la plénitu-de de l’être, la recherche de maturité, rimant avec convivialité, égards pour autrui! Ne l’oublions jamais: nous sommes tous embarqués dans le même navire, la même aventure, celle d’une survie perpétuelle sur terre (*). A bien considérer les faits, la vie serait une véritable farce ; un vrai coup de théâtre, pourrait-on dire, et où hélas il n’y a pas que place au rire, à l’amusement et au contentement. Comédie, peut-être pas.
______________
(*) la planète bleue sur laquelle l’humain a élu domicile, est vraisemblablement une poudrière à retardement, exposant l’espèce vivante à une extinction subite, soit par une collision avec des myriades de comètes qui pleuvent de toute part et autour d’elle, le champ magnétique qui peut à tout moment s’emballer, les forces telluriques qui siègent, mais aussi en son propre sein où la fournaise de feu couve, se manifestant par des glissements de plaques tectoniques, lesquelles suscitent éruptions volcaniques, inondations, tremblements de terre et bien d’autres formes de déchainements de la nature (lire l’auteur dans le mensuel londonien Afriqu’Essor de Février 2005, pages 12-13).
La vie est tel un circuit ; un cadre plutôt animé, lequel est soumis aux perpétuels changements, aux allures dignes d’une tragédie ; un véritable mélodrame qui d’ailleurs refuse de dire son nom. Devant notre impuissance face au décès d’un être cher, nous avons bien souvent tendance à soupirer et dire : ‘‘que voulez-vous ! C’est la vie !’’. Etrange réaction innée. Est-ce une affirmation logique, sensée ou cohérente? La mort, serait-elle synonyme de la vie ? Peut-on donc percevoir en ces deux notions pourtant antinomiques une quelconque similitude ou liaison intime ? ‘‘La mort fait partie de la vie’’, affirme t-on aussi. Visiblement il s’agit là de deux concepts qui semblent être engagés dans un rituel indescriptible, indissociable, immuable.
La vie, un cheminement tortueux au cours duquel on avance à tâtons, est une trajectoire bien tumultueuse sur cette vallée de larmes. Un parcours entremêlé de larmes de joie et des larmes de douleur, de deuil, sans bien entendu omettre ceux qui se complaisent à recourir aux larmes de crocodiles. Toutefois, ceux-là qui s’affichent en sauriens invétérés (et à travers des attitudes de vauriens, il faut également le souligner) savent bien souvent tirer leur épingle du jeu ici bas. Quelle confusion ! La réalité qui en vient de suite à narguer la morale.
La vie, pour la plupart d’entre nous, loin d’être ce pèlerinage édifiant à travers lequel méditation, épanouissement puis transforma-tion individuelle devraient avoir une place de choix, s’affiche plutôt comme étant un chemin qui pour la plupart reste un réel calvaire, un chemin de croix ; seule une petite poignée d’individus jouit véritable-ment de cet agréable voyage d’agrément à savourer à tous les niveaux, partant de l’enfance à la vieillesse. Certains naissent avec une cuillère en argent dans la bouche, les uns soupirent et végètent tout du long ; les autres s’activent à amasser de l’or tout au long de leur vie, sans jamais permettre à qui que ce soit et à tout obstacle de faire échec à leur sinistre course effrénée; pourtant bien rares sont ceux qui naissent à la fois dotés des attributs de Midas et en même temps désireux de se mettre au service du semblable.
Comment la vie peut-elle s’imposer de la sorte lorsque, tout au long de celle-ci, les intentions affichées, les propos tenus, les élans observés ou les déclarations émises expriment bien l’opposé d’une réalité plus qu’insolente et plus que jamais préoccupante? Serait-ce donc le résultat d’une quelconque fatalité ? Une malédiction ? Une manipulation ou une simple cruauté du destin ?
La planète bleue est bel et bien le domaine de l’homme. L’artiste chanteur compositeur américain, le regretté James Brown le rappelait clairement dans une de ses œuvres (It’s a man’s world) et dans laquelle il fait l’éloge de la femme ; il soulignait que ce monde est celui façonné par l’homme mais un cadre qui serait bien caduc sans la présence et l’apport de la femme ; ceci sous-entend qu’à défaut, il n’y aurait absolument rien, sinon le néant). L’homme a tout conçu et pu mettre en place une organisation autour de lui, ce qui hélas a fini par être la cause de la désolation ; fruit de son œuvre, sa conception. La dite organisation est à mon avis à revoir depuis ses bases.
En effet, dès l’instant où l’homme s’est permis d’avoir des droits sur son congénère(1), toutes les règles du jeu se sont alors trouvées profondément destructrices car modifiées, remaniées et appliquées à l’envers. On tient à marcher sur les cadavres de ses semblables afin de s’assurer une stabilité, un îlot de bonheur digne du carnassier. Drôle de concept dans un cadre où pourtant le sort de chacun est intimement lié à celui des uns et des autres. La société humaine a certainement pu, grâce au temps qui passe et au bout de plusieurs millénaires, sortir de la barbarie dite des cavernes et des attitudes propres à la jungle. L’espèce humaine a maitrisé le feu puis excellé dans bien des domaines d’action ; elle a établi des règles qui régissent la vie en communauté. De nos jours, la technologie et l’ensemble des connaissances accumulées à ce jour permettent à l’homme de produire à profusion ce dont il a besoin pour se nourrir, s’équiper et se divertir. Il peut également communiquer avec ses contemporains situés à des milliers de kilomètres à la ronde.
L’homme moderne peut accomplir des merveilles au point même de déterminer le sexe de l’enfant à naître, prévoir le temps qu’il ferait, anticipant ainsi sur certaines caprices de la nature. L’homme arrive même à venir à bout d’un bon nombre de maladies redoutables ; il peut voyager dans l’espace, à la quête d’une quelconque forme de vie. Mais là encore, il s’agit certainement d’y trouver en douce ce que de façon insidieuse on soupçonne déjà l’existence depuis la nuit des temps. Son rêve est d’y établir des relations non plus internationales mais cette fois-ci à dimension universelle, interplanétaire, cosmique. L’homme moderne est et se dit alors un ‘‘être civilisé’’, plus que jamais prêt pour une telle démarche cosmique. Autrement dit, il se considère éclairé, pondéré, mature et mu par un sentiment noble, celui de la fraternité, du progrès, de liberté et d’égalité des chances parmi les peuples de tout horizon. Telle est la douce et chaleureuse conviction que chacun de nous aurait pu avoir de notre société moderne, intelligente, civilisée; une humanité dans un contexte où les mentalités semblent avoir évolué.
Mais qu’en est-il en réalité ? Quels peuvent être les dangers que pourrait faire encourir un aveugle qui se prendrait pour un borgne et qui s’obstinerait à demeurer à la tête d’un groupe d’individus tenus de le suivre en file indienne, cela malgré ses propos rassurants, se blottis-sant de surcroît derrière une attitude pédante, suffisante et caractérisée par une froideur notoire, un refus de dialogue?
Les humains viennent tous au monde avec en apparence un ensemble de caractéristiques similaires. On est dit-on, et d’après la loi de ces mêmes hommes, nés égaux, malgré d’énormes disparités qui sautent aux yeux et qu’imposent non seulement le jour et le lieu de notre naissance, nos deux géniteurs immédiats et notre environnement quotidien, mais aussi et encore le patronyme personnel qui nous a de suite été attribué, lequel identifiera notre personne et nous distinguera de bien d’autres individus tout au long de notre existence. Rien que sur ces bases, il est impensable de croire qu’à la naissance, cette égalité humaine soit une évidence établie, prouvée ou susceptible d’être convaincante(2). Le discours clamé à ce sujet est bien trompeur ! on rassure pour mieux exploiter les individus, une majestueuse stratégie en vue d’étouffer tout élan de sédition depuis le berceau.
A cela, s’ajoutent des tas d’autres caractéristiques, bien plus insidieuses et très disparates en chacun de nous. Le nouveau-né, cette petite boule de vie si attendrissante, adorable et innocente à la fois, n’est en réalité qu’une apparence à nos yeux de néophyte. Celui ou celle qui est là devant nous et qui suscite émotions, engouement et admiration, a nul doute eu des parcours, des expériences personnelles qui ont déjà fait de lui un être à part entière. De monarque à clochard, nul ne saurait à cet instant précis ce que cet être aurait pu auparavant porter comme identités(3).
Le bébé qui dans son sommeil esquisse des sourires, pousse des hurlements soudains, s’agite ou s’excite dans les bras de l’un mais s’irriterait bien vite dans ceux d’un autre, ne peut que forcer l’intrigue sur un éventuel ‘‘du déjà-vu’’ vif ou latent en lui. Tout un ensemble de faits qui pourtant nous effleurent l’esprit mais que, bien souvent hélas, se bloquent et restent cantonnés dans notre tréfonds mémoriel, les jetant littéralement aux orties et sous le poids des conventions ou dogmes de la localité. La sempiternelle politique de l’autruche. Sujet tabou, sujet dérangeant. Mais dérangeant pour qui ? Pourquoi ?… Allez savoir !
Pour ma part, s’il me faudrait faire un choix entre l’autruche qui aime à se voiler le visage et le caméléon qui a le réflexe de tenir compte du cadre dans lequel il se trouve puis s’adapte instantanément, je retiendrais la deuxième alternative, laquelle me semble pleine de bon sens, dans un contexte où la sécurité serait en cause: il faut du courage pour faire face à certaines réalités mais aussi beaucoup plus d’abnéga-tion et d’humilité pour se remettre en question puis avancer en se dégageant de ses propres zones d’ombre qui gênent et embarrassent autrui. Quelle que soit la définition à donner à ce phénomène sur le bébé, la question reste visiblement occultée, quelque peu interdite. Et pour mieux arranger les choses, la problématique est souvent et bien vite tournée en dérision. En fait, l’esprit grippé par des dogmes séculaires et magistralement embrayés puis adroitement pilotés tout au long des civilisations, bloque la réflexion et assombrit toute méditation sur la question, et cela depuis que l’humain s’est clamé être une entité ‘‘éclairée’’, instruite, intelligente, civilisée, mais ne sachant hélas apprécier ou comprendre son environnement que par rapport à ses seuls besoins primaires et immédiats, sa petite expérience individuelle, ses aspirations personnelles. Telle est la triste réalité de l’homme qui évolue à pas d’escargot. On se refuse de voir plus loin que le bout de son nez de peur d’en arriver à s’effrayer par ce qu’on aura à y découvrir puis se faire surprendre dans des convictions acquises et souvent erronées. Une peur séculaire de tout remettre en cause, malgré les peines et douleurs que le schéma de pensée en cours continue à perpétrer et à imposer à des milliers d’individus.
La période dite ‘‘Siècle des Lumières’’ (entre 1670 et 1820) avait, par le biais d’un grand nombre de penseurs (Montesquieu, Voltaire, Diderot, Jean Jacques Rousseau, Hegel, David Hume, Jean de la Fontaine et même un peu plus tard Arthur Rimbaud et bien d’autres encore) avait lancé une foule de courants de pensées nobles mais dont certains ont hélas affecté l’humanité au plus profond d’elle-même. Désormais la Raison prime sur tout ; elle sursoit toute action spontanée, dénigre l’essence même du glorieux vivant. L’émotionnel est quelque peu déchu. L’affection est regardée comme une sorte d’hybride à gérer entre le calcul, l’intérêt personnel et un semblant d’émotion. Un cocktail qui aguicherait même les plus sagaces. On a fini par saper la quintessence humaine. Désormais et de façon nonchalante, l’égoïsme côtoie l’indifférence. La cruauté est à son comble. Dès cette époque, et malgré l’élan noble à la suite de mise à terme d’une barbarie monarchique sans précédant par l’exécution de Louis XVI (Louis Auguste, dernier roi de France), l’éducation du petit peuple, c’est-à-dire celle des paysans, était très mal venue, mal perçue; elle était plutôt vue comme un réel danger social ; une menace pour une petite poignée d’individus, ceux de la haute sphère qui tenaient mordicus à maintenir la population dans l’obscurantisme et préserver ainsi des intérêts égoïstes au point de bafouer des vies entières. Devant la soif de connaissance de plus en plus exprimée et malgré des exécutions arbitraires sur le bucher, le petit peuple s’agitait. On leur balança plus tard la Vulgate ! Un bien piètre présent: le cadeau empoisonné qui se différenciait clairement de la discrète Vetus Latina réservée à l’élite, la classe dominante.
Ce n’était pas moins pire sous la monarchie, dira-t-on; mais était-ce vraiment dans un élan sain et honorable que ces dispositions collectives furent prises, enseignant, formant et éduquant à partir du faux? Des prélats qui ne favorisaient qu’une élite : les intellectuels et le clergé, mais qui visiblement continuaient à brimer le plus grand nombre!
Avec le temps et à travers une obsession inimaginable, le civilisé a fini par renier ce qui se voit et qui se conçoit aisément. La compassion et l’amour pour autrui n’ont plus de place. D’ailleurs, on parle librement du sixième sens, de l’intuition, de la télépathie, de l’hypnose, de régression assistée, de l’aura, du magnétisme et de bien d’autres formes de réalités propres à la nature humaine mais que l’on se complaît pourtant à taire ou à explorer en sourdine, dans le secret le plus absolu, toujours loin du petit peuple dans un besoin légitime d’émancipation. Rien à ce jour n’a en vérité changé ici bas.
Véritablement, la remise en question de l’évolution et la mise en valeur de la création ne justifient rien en la matière. L’acceptation de l’un ou l’autre de ces deux concepts ne répond pas non plus à l’éclaircissement de ces énigmes qui perturbent les simples d’esprit ou attisent la curiosité des audacieux de tout horizon et de toute époque(4). Il est un fait établi que de tout temps, l’homme se refuse d’aborder avec honnêteté une foule d’interrogations inhérentes à la vie au point de préférer se contenter du même et continuel son de cloche qui le rassure et le conforte dans sa prétendue suprématie. Pourtant, il faut bien croire et redouter une chose évidente et inévitable : le réveil sera douloureux. Quant à l’amour pour le prochain, on s’est cantonné dans des déclarations plutôt creuses, trahissant bien vite sa faiblesse, son impuissance, sa bêtise également.
Le nouveau-né est, de par sa conception, sa constitution physique et son développement intégral, un véritable sac à nœuds. Un mystère. Oui, un miracle, dira vite l’homme de foi. De surcroît il rêve. De quoi diable peut-il donc rêver, si on s’en tient aux définitions que nous livrent ces spécialistes du rêve et du sommeil? Lui qui vient juste ‘‘d’arriver’’ et qui vraisemblablement n’a encore posé aucun acte pour ainsi dire, et qui de ce fait ne peut dans son mental pas avoir quoi que ce soit à cogiter, à régurgiter a posteriori. Un grand miracle alors!
Tel un seul homme, les humains dans leur majorité, ont appris à fermer les yeux sur de telles réalités combien bourdonnantes alors remplies de sous-entendus ! A-t-on les yeux bandés ou la bouche bâillonnée ? Il faut croire que oui. Toujours sous la plume de certains de ces penseurs véreux, on a aussi fini par introduire l’inégalité des races - comme si la notion de race au sein des humains serait un fait établi et plausible -. On a même affirmé que certains sont des maîtres ; après les élus, nation de Dieu, il y a eu des seigneurs, ayant tous des droits sur le reste des individus. Elle est belle la révélation divine. « Certains sont supérieurs à d’autres ; qu’il y aurait des individus moins égaux et les uns plus inférieurs que d’autres…» (George Orwell, la ferme des animaux, 1945-1947). Qu’au lieu d’une race ou espèce humaine, on en était arrivé à recenser plusieurs. Un aspect empirique lié à la bêtise la plus ignoble ou la cruauté la plus effroyable et qui, malgré toutes les bonnes volontés accrues depuis quelques siècles(5), continuerait toujours à laisser apparaitre des stigmates sur le visage de l’humanité, affectant ainsi la qualité de vie de tant d’individus sur terre. Des crimes et cruautés inscrits sur ce chapitre resteront indescriptibles et parfois inavoués. Il y a certes eu crime contre l’humanité à travers le commerce triangulaire tant décrié, mais dans le même temps, à des décennies antérieures à ce même commerce, avait aussi sévi une autre forme d’exploitation humaine, plus cruelle et plus ignoble encore (et curieusement elle est la plus tue, la mieux étouffée, toujours à l’égard du peuple noir), lorsque l’obole d’une doctrine religieuse avait su l’imposer comme sacrée, la faisant perpétrer en son temps, à travers un esprit légitime. La religion a depuis lors servi d’écran, de voile, de tchadore ou de burqa (burka) afin de masquer une fois de plus de tels actes odieux, dignes d’un génocide, impunément propagé depuis toujours(6). De quoi se rendre à l’évidence et voir combien la religion a pour sa part et bien souvent été utilisée telle une corde solide en vue d’encourager la bêtise la plus horrible puis en venir par la suite à faire taire les esprits et les langues sur des aberrations de toute nature et de toute ampleur.
En tout état de cause, la transparence doit demeurer afin de conjurer des ignominies d’un passé effroyable. Cacher ou occulter de telles réalités ne ferait qu’encourager la cruauté et la bêtise du complot, de l’intolérance et l’intolérable, érigées dans une fausseté bien écha-faudée. Révéler au grand jour toutes ces déviations en vue de prémunir les générations à venir de ces élans inhumains. Les propos d’un proverbe chinois semblent en la circonstance bien appropriés lorsqu’ils affirment : « même douloureuse, la vérité est plus forte que le menson-ge ; moins douloureuse que le doute » ( Tsa yang !).
C’est à pas d’escargot que des changements à opérer continuent de se faire réellement sentir(7). Mais au prix de quel tort sur l’espèce humaine tout entière, et à quel degré de souffrance encore à gérer! Revendiquer un droit de culte pour ses ancêtres était devenu pour l’autochtone d’Afrique noire un réel mobile d’excommunication dans sa propre communauté, puis tombait une damnation décrétée par l’évangélisateur européen, lequel imposait un point de vue nouveau dans ces villages indigènes désormais sous tutelle coloniale et amarrés au chantage d’un enfer de feu(8). Toute pratique médicinale tradition-nelle et tout rituel en ce sens étaient taxés d’acte de superstition, d’une attitude digne des sous-hommes, donc propre à proscrire et à être diabolisée ou démonisée et qu’il fallait donc et impérieusement bannir puis assimiler de suite au mal, au péché. Une image terne et bien sombre qu’on se complaisait d’ailleurs et bien vite à assimiler à la couleur de peau de ceux de la localité, ce qui n’était qu’à un doigt de l’associer au domaine des ténèbres, siège du diable, de Belzebuth et autres suppôts du coin, tel que cela avait été enseigné. Le nègre était à dompter, à rééduquer, à civiliser. L’évangile tenu de la main gauche, le fusil de la main droite, ainsi devait se faire connaître la ‘‘bonne parole’’(9). L’uniformisation du schéma de pensée unique à coloration occidentale était désormais de mise. Le char de la manipulation pour une domination préméditée était à jamais en route.
Civilisé, l’homme moderne, ici ou là-bas, n’a pas su mieux faire que de brimer son prochain par malice, tronquant la vérité, repoussant la réalité et ignorant les faits. Il a brisé tout un cadre, un contexte et des vies entières, sur une succession de générations. Après avoir su repro-duire un certain nombre de faits naturels dans son aire d’expériences, son laboratoire, le civilisé s’est senti tout-puissant, infaillible et intou-chable. Quel leurre! Depuis lors, son parcours n’a plus eu de garde-fou ni de garde du corps ; sans destination. Il vaque à ses mesquineries et divague ouvertement sans le moindre remord ni la petite crainte. Science sans conscience n’est que ruine de l’âme, soulignait François Rabelais : 1494 – 9 Avril 1553 (scientia spendet et conscientia). On ne s’étonne plus des effets dévastateurs à la suite de nombreuses initiatives de l’homme moderne. On s’interroge encore moins sur les mobiles mais on redoute plutôt les dérapages à travers ces mêmes dispositions dénuées de bons sens et de considération, tant pour la nature que pour le vivant. Le civilisé en ce qui le concerne, s’est ainsi lancé dans une course contre lui-même, laquelle il a ridiculement nommée ‘‘le pari contre la montre, contre le temps’’. On s’étonne alors des résultats qui font de l’actualité contemporaine un véritable ramassis, des nouvelles aussi effrayantes les unes après les autres. Une vraie désolation. Une calamité ! Il est une chose de s’obstiner à réfuter l’évidence et nier les faits ; il en est une autre, plus dramatique car destructive, à savoir : manipuler les faits pour des pseudo-réalités qui en vérité n’en sont pas. Une situation dans laquelle la démarche prophylactique ne peut véritablement aboutir. L’histoire humaine est depuis son origine, couverte d’un flou, jonchée de manipulations et de tromperie de toute nature, à tous les niveaux. De quoi s’interroger sur le sens réel de la vie depuis sa genèse à ce jour, puis la fiabilité de ses points de repère, les points culminants qui ont tant inspiré les grandes civilisations humaines.
A son heure d’ailleurs, Cheikh Anta Diop, historien et homme politique Sénégalais (29 Décembre 1923 – 7 Février 1986), soutint un discours qui aborde dans le même sens au point de remettre en question et à tout jamais la plupart des affirmations dites historiques et scientifiques colportées de siècle en siècle, au sujet d’un héritage ou patrimoine humain:
‘‘Il est frappant que presque aucun nom Egyptien n’ait survécu. Par contre, la quasi-totalité de leurs disciples Grecs sont passés à la postérité en s’attri-buant les inventions et découvertes de leurs maîtres Egyptiens anonymes. C’est ce qui ressort des passages de Jamblique (…), et des écrits d’Hérodote, faisant allusion à Pythagore qui se faisait passer pour l’inventeur des idées de ses maîtres’’. Extrait de son ouvrage intitulé ‘‘Antériorité des Civilisations Nègres : Mythe ou Vérité historique’’, Présence Africaine, Réédition du 5 Novembre 2001.
Des déclarations qui d’ailleurs trouvent également écho dans les propos de l’Imperator Christian Bernard, l’une des grandes figures d’une école philosophique de renommée internationale, lors d’un entretien organisé par la revue Actualité de l’Histoire mystérieuse :
« …nul ne peut nier que l’Egypte est le berceau, non seulement des sciences ‘‘physiques’’ (médecine, astronomie, géométrie,…), mais également des sciences ‘‘sacrées’’, dont l’ésotérisme. En fait, nombre d’ouvrages parus dans les siècles passés en font le point de départ d’une Tradition Primor-diale, c’est-à-dire d’une Connaissance absolue que Dieu aurait révélée à certains Elus et qui se serait transmise à travers une filiation d’Initiés : Hermès Trismégiste, Moïse, Zoroastre, Orphée, Pythagore, Jésus,… »
En réalité, les véritables données du départ semblent être brouillées et donc faussées à dessein, et cela, depuis le point culminant duquel nos modes de vie actuels ont hérité modèles et exemples d’organisation sociale ; un véritable chaos règne, particulièrement sur les sources d’informations qui nous sont officiellement livrées.
Cela nous pousse à réfléchir sur une observation similaire que nous pouvons formuler à travers l’anecdote suivante : Poursuivre son chemin en terre étrangère et à travers monts, vallées, forêts et désert ne nécessite pas seulement d’avoir le simple sens de l’orientation. La boussole et une carte routière sont impérieuses. Il faut bien avant s’assurer malgré tout que notre carte routière est fiable, digne de confiance, capable d’être décodée, donc déjà éprouvée par nous-mêmes et en tout point de vue. Une boussole intacte en apparence mais défectueuse en réalité ne pourrait que nous égarer davantage dans notre quête spatiale au point même de mettre notre vie en péril.(10)
Lire Cheikh Anta Diop dans son ouvrage précité, p.189, p. 191 paragr. 6 et 7, p.192 ; puis dans Nations nègres et cultures, du même auteur, P168 avec en scène la confrontation entre Hoefer et Diodore, (digne de la célèbre confrontation d’Origène versus Celsius).
_______________
(1) Le droit de vie sur autrui ; l’existence et la légalisation de l’esclavage sous le monothéisme puis les différents traitements infligés aux humains selon les classes, cela depuis la genèse de la société humaine, pose un sérieux problème d’étique divine et ce qu’est l’essence même de la vie. Soumission pour quelques uns ou épanouisse-ment pour tous ? Peut-on donc et à juste titre parler d’une égalité, d’une dignité ou d’un Dieu équitable, source d’amour, de justice, de bonté et d’impartialité? Origène (185-254) en était même arrivé à une réelle remise en question du contenu ou sens des écrits sacrés. On en arrivait, par la faute d’un seul individu, à maudire des descendants innocents, et sur des générations. Malédictions fondées ou non, les pères de cette foi auront le même mal qu’il y a des millénaires à nous expliquer le bien-fondé de telles dispositions ou l’utilité d’un tel dérapage qui a encouragé des attitudes et actes inhumains sur toute la planète et cela depuis toujours. Cela a gangrené à tout jamais les rapports entre les résidents de cette planète. Le cas du Bénin précolonial, un cas parmi tant d’autres en Afrique noire ne peut que le confirmer. Un Etat qui s’octroie le droit de dominer un autre Etat, s’appuyant sur un livre dit sacré: ‘‘La République du Bénin était, jusqu'au 26 octobre 1972, connue sous le nom de république du Dahomey. Son histoire remonte à Ghezo, roi du Dan-Homé (1818-1858) qui signa un traité en 1851 avec la France. Malgré ce traité, la France, après deux expéditions en 1890 et 1892-94 avec le général Dodds, occupe Dan-Homé et fait prisonnier le roi Béhanzin. Celui-ci est déporté en Algérie où il meurt en 1906. Le Dahomey devient colonie le 10-3-1893, entre dans l'AOF en 1899 pour ne devenir indépendante qu'en 1960’’. Extrait de l’Histoire de l’Afrique Occidentale Française.
2) Nikolaï Alexandrovich Berdyaev, philosophe et penseur religieux Russe (1874 -1948), déclare dans son manuel intitulé The Destiny of Man, ‘‘ il y a plus de justice dans la doctrine du karma et de la réincarnation, selon laquelle les actes posés dans le temps sont expiés dans le temps et non pas pour l’éternité, et que l’homme puisse acquérir entre la naissance et la mort, et au cours de cette vie, une autre et plus grande expérience’’. Traduit de l’anglais par l’auteur.
(3) ‘‘Ne méprise personne : cet insignifiant mal habillé est un grand savant ; cet infirme a parcouru le monde ; ce vulgaire est un héros’’. Alexandre Arnaux, écrivain Français (1884-1973)
(4) Galileo Galilée : (1564–1642, E pur si muove) ; Origène; Nicolas Copernic (19/02/1473-24/05/1543), Nikolaï Alexandrovich Berdyaev ; Erich Von Daniken ; Ezechiel Sitchin ; Cheikh Anta Diop et bien d’autres personnages illustres ou inconnus, ont à travers leurs travaux, choisi de braver des interdits, mettant parfois leur vie en péril, ceci dans le seul souci non pas de rechercher la gloire (car bien souvent ces personnes finissent par être ignorées de la société toute pensante, au point même pour certains d’entre eux de sombrer dans l’oubli, la pauvreté absolue ou la mort), mais leur action consiste à lever le voile sur un tissu de mensonges institutionnels, généralisés et officialisés afin qu’à jamais la lumière soit rétablie sur une foule d’interrogations au sujet des piliers de notre existence. Le Ve Concile œcuménique en 553 de notre ère condamna Origène pour un certain nombre de faits et dont les chefs d’accusation se rapportaient à ce genre d’idées (qui dérangent ceux qui en soutirent des atouts insoupçonnés). Extrait de Origen Against Celsus. Traduit de l’anglais par l’auteur.
(5) Se référer aux propos prononcés le 10 Mai 2008 par M. Nicolas Sarkozy, président Français, à l’occasion de la commémoration de l’abolition de l’esclavage. Il déclara: ‘‘…je sais bien qu’il existe aujourd’hui des inégalités (sociales, in faciès) qui trouvent bien leurs origines dans cet héritage si douloureux…’’
(6) Lire Tidiane N’Diaye, le génocide voilé. La traite négrière arabo-musulmane, Editions Gallimard
(7) Thomas Paine, Benjamin Franklin, Thomas Jefferson, George Washing-ton, James Madison (USA,1776), Abraham Lincoln et la guerre de sécession ; Sonthonax & Polvérel (St Domingue, Août 1783), John Wesley (U.K.1787), Cyrille Charles Auguste Bissette, Bouckman, La Mulâtresse Solitude (Les Antilles, 1791), Victor Schœlcher (France, 1834), Toussaint Louverture, Jean Jacques Rousseau, l’Abbé Grégoire, Samuel Sharp, Paul Bogle (en Jamaïque début du XIXe siècle), Marcus Mosïah Garvey, 1887-1940, puis les indépendances en Afrique, …
(8) On ignore désormais tout ce qui pouvait composer cette croyance ancestrale. Qu’il s’agisse des Indiens d’Amérique du nord, des peuples d’Amérique du sud dite latine, de l’Inde, d’Afrique et d’Océanie ; de véritables institutions existaient bel et bien avant l’arrivée des colons dans ces contrées. Il existait des royaumes puissants, très organisés ; les évidences fourmillent ça et là en Afrique noire. Les quelques bribes de ces rites du passé et parvenues à nous de façon fortuite, nous informent d’une manière hélas fragmentaire une réalité très complexe, devenue incohérente pour nous, et sans jamais oublier l’impact du regard et de l’appréciation hautaine du colon au moment de son arrivée sur ces territoires à assujettir. Ayant imposé son modèle de croyance, l’occidental a mis en place un nouveau schéma de pensée puis finit par faire croire qu’il détenait la vérité. La seule vraie (his Story), pourtant loin d’être vérifiable à tous les niveaux de la vie mais un simple bourdon-nement, un seul son de cloche. On s’est alors employé à adhérer corps et âme à cette source ; d’abord sous le fouet, puis par manipulation et peu à peu par une sorte d’accoutumance, d’assimilation, sans jamais avoir le moindre soupçon, la moindre présence d’idée sur l’éventualité d’une quelconque supercherie en amont, un vrai complot à la base. Et l’on s’étonnera ensuite pourquoi le monde ne peut fonctionner qu’à sens unique: les assujettis d’hier qui sont toujours à la traine, en train de subir, de servir et de s’enliser dans la misère perpétuelle et… éternelle, cela malgré l’abondance des ressources naturelles à leur portée. Chose étrange, ces victimes de la manipulation sournoise pataugent et vivotent avec pour seul et unique espoir, la fameuse promesse d’un paradis au ciel, sur terre ou nulle part ailleurs. Le malin y trouve son compte. Qui dit mieux ? Faites rêver l’imprudent et vous obtiendrez tout de lui. Par ailleurs, si nos ancêtres avaient une croyance propre à eux et étaient convaincus de l’existence des êtres supérieurs ou d’une entité suprême, il est évident que renier en bloc le sacré et l’existence d’une Toute Puissance serait une aberration notoire. Il est plus que temps de reconsidérer le sacré et le divin tels qu’ils se conçoivent depuis l’aube de l’humanité, pour des êtres intègres, en clin à l’amour véritable, non pas se montrer complaisant avec des marchands d’âmes égarées, qui ne prospèrent que sur du sang répandu de leurs congénères. On s’accorde à reconnaître le fondement du monothéisme chez les sémites, les hébreux, les juifs. Il est tout de même surprenant de constater que les dépositaires de cet enseignement dit sacré puissent en venir à méconnaître et rejeter en bloc ce que l’Occident agite depuis quelques siècles seulement comme étant la vérité unique fondée sur la sainte parole, la bible. En s’évertuant à voir dans ces enseignements occidentaux la source de la seule vérité universelle alors qu’on s’abstient de consulter ce que les vrais dépositaires de ce patrimoine patriarcal détiennent comme enseignements, cela reviendrait à vouloir aller apprendre la langue anglaise en Allemagne ou apprendre l’Italien en Espagne. Nombreux sont ceux qui peuvent nous émerveiller avec une connaissance stupéfiante du contenu de la bible mais qui n’ont en aucun moment eu l’idée de consulter un des manuels sur la foi juive, ni même de s’être déjà intéressé à cette culture, de s’être une seule fois entretenu avec l’un des membres de cette confession sur cette question de la foi. Quant aux rouleaux de la Mer morte, cela ne dérange personne qu’il n’existe dans le public aucune de leurs traductions sinon le seul livre d’Esaïe dont on vante d’ailleurs l’étonnante fidélité à la bible actuelle. Mais qu’a-t-on fait des autres rouleaux pourtant traduits ? Là demeure la vraie question ! On ne cherche même pas à s’intéresser non plus à ce que les traditions ou la culture des sémites véhiculeraient comme enseignements et informations. Si cette communauté reste le vestige vivant d’un passé devenu flou et à peine perceptible, il y a à mon sens lieu de s’y intéresser de près aux moindres détails comme le ferait un archéologue consciencieux devant un tas de débris recueillis des profondeurs, lors des fouilles sur un site privilégié de décombres millénaires. Les membres de cette communauté, et dans une subtilité du langage, se complaisent d’ailleurs à nommer ‘‘the holy book’’ par ‘‘the holes book’’. Pour eux, ce qui en Français se dit ‘‘livre sacré’’ devient à leurs yeux un simple ‘‘livre à trous’’. Des trous de mémoire ou des trous intentionnels, chacun appréciera. Combien il est flagrant de noter des incohérences dans certains passages de la bible. Des lacunes qui sautent aux yeux mais qu’on a réussi à étouffer et à colmater au cours des siècles afin de rendre ‘‘normaux’ et cohérents des récits dont la compréhension nécessite une véritable jonglerie de l’esprit au point de se tirer par les cheveux. Il y a lieu de s’interroger sur les nombreux passages à vide contenus dans la Bible, les contradictions qui interpellent lorsque, de façon détachée, ‘‘sans les yeux de la foi’’, on viendrait à faire la lecture des Saintes Ecritures. C’est certainement similaire au fameux ‘‘péché par omission’’ chez les Catholiques. Oui, l’omission ! A qui le reprocher ? Surtout si elle a été intentionnelle! Là où le bas blesse, c’est l’ensemble des dispositions telles stipulées dans le monothéisme: la manière de s’en approcher, le message tel livré aux humains, le mode de vie à adopter et les œuvres à produire. Il n’est plus à démontrer que le fiasco au sein de la foi se soit plus que jamais déclaré depuis belle lurette, et que peu à peu, les conséquences d’une telle attitude finissent au fil des siècles par se dévoiler davantage et parler d’elles-mêmes : une prolifération des sectes et confessions de toute nature, un dérèglement comportemental, tel est d’ailleurs l’ensemble des conséquences visibles et directes de ce malaise qui couve et qui s’est activé de façon souterraine. Mettre le Tout-Puissant dans une telle ambiance me paraît déplacé, lui qui est Très Haut. Il nous faut impérativement, à défaut de réinventer la religion, de retrouver de toute urgence la forme réelle du culte initial tel que le Dieu d’amour l’avait véritablement et entièrement émis à l’espèce humaine. Il est naturellement impensable de concevoir qu’un Père aimant puisse se complaire à maintenir ses créatures tant aimés dans des tortures les plus ignobles et cela depuis des millénaires (tout en faisant promesse d’intervenir à une date inconnue et extensible à l’infini). Si certains affirment qu’il Lui est impossible de maintenir des coupables dans un tourment éternel en enfer, il est d’autant plus impensable de croire qu’Il laisserait l’humanité abandonné à elle-même depuis sa création à ce jour, subissant continuellement les assauts de Caïn, Pharaon, Hérode, Néron,… Hitler, et les autres… Les auteurs d’une telle compréhension de la foi, quel que fut le mobile de leur attitude, ne pourront jamais permettre la glorification du nom de Dieu. Dieu est de ce fait pris en faute même si en vérité Il n’est pas l’auteur direct des souffrances terrestres, ou si tel est le résultat d’une désobéissance humaine. Un père ne laisserait jamais son fils se brûler continuelle-ment, sans réagir, juste parce que ce dernier n’aurait pas écouté son conseil ni suivi ses directives avisées. D’un point de vue pratique, réaliste et à l’échelle humaine, il est de bon sens de penser que le seul et premier cri de détresse de la part d’un enfant (de surcroît du simple arrière-petit-fils innocent), aussi désobéissant fut-il, ferait instantanément réagir le père humain, même le plus indigne, ou même l’animal le plus méprisable. Ce dernier n’hésiterait d’ailleurs pas à mettre sa propre vie en danger pour voler au secours, protéger, secourir ou sauver son rejeton; (ngulubu hi fui-hil, mu lusambu lu muanh)=Proverbe vili : le phacochère n’a pu être abattu (des chasseurs) qu’à la suite des cris émis par son petit (déjà capturé).
(9) M. l’Abbé Louis Charles V.A. Thérou de Sancerre (1841), le christia-nisme et l’esclavage, suivi d’un traité historique. Paris, Editeurs Langlois et Leclercq, 1981.
(10) Que la foi soit monothéiste ou polythéiste, et la cellule familiale mono-game ou polygame, il ne tient qu’à chacun de chercher à savoir d’où vient le vent qui souffle et pourquoi.
GENÈSE DU GRAND TROUBLE
Montre-moi tes œuvres, je saurai qui tu es.
L’examen des trois piliers de base relatifs à la vie humaine, à savoir ‘‘la religion versus la politique’’ d’une part, ‘‘le commerce versus la fraternité’’ d’autre part, puis ‘‘la mort versus la vie’’, montre à quel point notre structure collective semble être érigée sur du sable. Une stabilité bien relative, illusoire, faussée, erronée.
En fait, les trois paires de piliers ci-dessus évoquées, lesquels servent de repère et aussi d’appui à notre structure sociale en cours, accusent une fragilité plausible, ce qui en réalité explique la source de tant de maux dans nos vies quotidiennes. Non pas que ces trois institutions (à savoir la Religion, la Politique et le Commerce) sont à bannir ou à rejeter, mais il faille plutôt s’employer à reconsidérer leurs objectifs, l’état d’esprit collectif tel engagé au sein de ces structures: le fond qui régit les mobiles à travers ces trois institutions. La forme et le discours ne sont véritablement qu’un paravent, un véritable leurre humain. C’est bien le fond qui détermine l’action et conditionne la réalité telle que nous la connaissons et la subissons aussi.
La pièce maîtresse du cours de nos vies, si l’on pouvait s’exprimer de la sorte, reste posée sur l’ensemble des croyances ancestrales, religieuses et culturelles dont les préceptes et convictions nous tiennent enchainés depuis la base même de notre être, que l’on soit foncièrement athée ou croyant. Ces convictions, croyances ou doctrines religieuses véhiculent un message en apparence bénéfique, unificateur et édifiant mais lequel se trahit par un impact incohérent sur le vécu, lequel est à remettre en cause de façon continue. Il s’agit d’un effet des plus annihilateurs pour l’être car souterrain et imparable. Il s’agit d’un message bien spécifique et ingénieusement élaboré, pour une soumission assurée, et dont la remise en question reste du domaine téméraire car inattaquable, indiscutable. C’est un contenu qui souffle le chaud et le froid en même temps. Il crie à la fois hue et yah. Il bénit et maudit dans la même foulée pour que l’élan puisse ainsi paraître visiblement ambigu et ‘‘impénétrable’’. Oui; n’a t-on d’ailleurs pas affirmé au sein de ces groupements religieux qu’en tout lieu et en tout temps, ‘‘les voies du Seigneur sont impénétrables’’ ?
Cet état de fait a été à l’origine de bien de discordes et de scissions au sein de l’Eglise primaire, et même depuis la pseudo-genèse. Pour le monde monothéiste, c’est depuis Abel et Caïn que les faits peuvent remonter (même s’il faut bien en amont se souvenir du serpent*, d’Eve et Adam), en passant par les turpitudes en Méso-potamie, et à travers le célèbre épisode de la Tour de Babel qui, toujours selon le récit de la bible, confond les langues et divise les humains. Plus tard, une disparité dans la foi au sein des communautés pourtant de même source ancestrale, s’imposa avec l’émergence au sein de la même nation, de nombreux corpuscules tels les Pharisiens, Saducéens, Zélotes, Esséniens, Nazaréens, Samaritains puis ceux de la Voie. Des communautés s’autoproclamant nation de Dieu et qui cohabitaient, localisées sur un même espace géographique, n’arrivaient et ne parvenaient pas à s’entendre sur les fondements confessionnels de leurs ancêtres communs. Les fils d’Israël, d’Isaac ou d’Ismaël n’étaient en vérité frères que de nom et de sang mais jamais de confession**, malgré cette référence commune et continuelle des mem-bres de ces communautés à s’appeler tous descendants d’Abraham, de Moïse, de Jacob ou fils de David. C’est pour dire !