Excerpt for Plaidoyer Contre l'Ecole de Rama Yade by Pluton , available in its entirety at Smashwords



Pluton



Plaidoyer contre l’école de Rama Yade

(du vomi dans l’âme et du cambouis dans les synapses)

dialogue monologué





Published by Pluton at Smashwords



(c) Semeïon Editions 2011

Isbn : 979-10-90448-03-2



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Rama : 'les savoirs sont des opinions vraies justifiées'… C’est beau, c’est de qui ?

Moi : c’est de Pluton

Rama : Pluton ? Tu veux dire Platon ?

Moi : Non, Pluton, le copain de Socrute



Rama : C’est quoi, un monologue dialogué ?

Pluton : Tu connais les dialogues de Platon ?

Rama : Oui, J’ai lu tout Platon en Hypokhâgne.

Pluton : Tu vois, les dialogues de Platon, ce ne sont pas vraiment des dialogues. En vrai, il n’y a que lui qui parle : c’est un monologue.

Rama : Oui, cela est vrai.

Pluton : Mais il donne la forme de dialogues à ces monologues.

Rama : Oui, cela est bon.

Pluton : Ce sont donc des monologues dialogués.

Rama : Oui, cela est beau. Mais c’est quoi un dialogue monologué ?

Pluton : Un dialogue monologué, ce sont deux personnes qui discutent dans un livre, et pourtant, le livre prend la forme d’un monologue.

Rama : Et là, on est dans un dialogue monologué ?

Pluton : Non, là on est dans un dialogue dialogué. Le dialogue monologué commence juste après.

Rama : Ah… et je fais quoi moi ?

Pluton : Toi, Rama, tu te tais. C’est moi qui cause.

Rama : Mais cela n’est pas vrai, ni bon, ni beau.

Pluton : Rama, ta gueule…



Chronologie des évènements



“(…) Moi j’écris sans me faire aider, donc je fais tout de A à Z, et à partir de là je n’écris d’ailleurs qu’à partir du mois d’août, parce que ce n’est que là que je peux écrire, et donc je fais toutes mes recherches avant, et quand je récupère mes documents, c’est tout un fouillis, et donc j’ai mélangé deux auteurs, dont une que je cite mais bon (…)”

Rama Yade, le 15 novembre 2011, Emission C dans l’air, France 5, 17h30 (environ)



Je tombai par hasard sur la vidéo de l’émission C dans l’air le vendredi 18 novembre 2011… le 19, j’achetai ce livre dans sa version numérique… le dimanche 20, vers 17h, je le lus sur une tablette numérique… Après 48 heures de réflexion, je le commandai, le 22, pour le recevoir le 23 novembre. Je le relus attentivement entre le 23 et le 25, date à laquelle je rédigeai le plan d’un ouvrage… le 26 novembre, je fis des recherches complémentaires, afin de vérifier certaines références, et surtout de reprendre dans les quelques milliers de pages de notes électroniques dont je dispose les travaux qu’il me semblait pertinent de mentionner. J’ai sous les yeux un plan détaillé d’une vingtaine de pages. Il me faut maintenant écrire. La dernière semaine était chargée, celle qui vient le sera aussi : je me donne 30 heures, au maximum, pour boucler ce travail.

Pluton, le 27 novembre 2011, 9h02 (précisément)





9h03. Avant-propos

C’était un dimanche, il était 17 heures, et la pluie contribuait à réduire doucement la distance qui séparait encore cet instant pénible du règne de l’insupportable, au point qu’était presque atteint le seuil critique. Après une petite journée de treize heures consacrée à avancer dans la rédaction d’un article scientifique dont je savais pertinemment que personne ne le lirait jamais, mais que j’écrivais parce que je savais qu’il conditionnerait, avec nombre d’autres actions insignifiantes, la survie de mon laboratoire, la pérennité de son financement, et donc le maintien de ma capacité à écrire de nouveau, demain, d’autres articles inutiles, il me fallait prendre une décision quant à la manière de ramper au mieux jusqu’à la fin de ce dimanche, tout en limitant mes gémissements, dont je commençais à m’inquiéter qu’ils dérangeassent, à force, la quiétude de mes voisins, occupés probablement à faire face à leur propre angoisse de fin de week-end.

La première option qui se présentait à moi pour négocier ce virage était la plus tentante, et probablement, je peux le dire maintenant, eût été la plus raisonnable : oublier pendant quelques heures le rude monde de la recherche en m’abandonnant à un bon polar. Reprendre un vieux Mankell, un Connelly, errer mentalement dans les rues d’Ystad ou de Los Angeles, lire jusqu’à plus soif, jusqu’à ce que l’épuisement me fasse oublier les dimanches, la pluie, les articles inutiles publiés dans des revues américaines à comité de lecture dont la seule évocation du titre plonge les membres de l’AERES dans un état d’extase tel qu’est parfois mise en péril la sécurité des braguettes les plus ingénieusement conçues et les plus solidement usinées, lire jusqu’à, finalement, oublier l’existence même de Laurent Wauquiez, de Luc Chatel, et de Jean-Paul Brighelli.

Voilà quelle voie j’aurais dû emprunter. Mais c’est précisément cela que je n’ai pas fait, ce qui explique la naissance et le développement foudroyant du projet qui amène ce livre entre tes mains, lecteur. En effet, soucieux d’honorer au mieux les exigences dont je suppose, à tort, et parce que j’ai été durablement irradié par les injonctions à l’autonomie et à la responsabilité qui me tombent, à moi comme à tous (oui, même les fonctionnaires), sur le coin du crâne, soucieux donc d’honorer les exigences dont je suppose à tort (j’insiste) qu’elles me sont imposées par mon statut de fonctionnaire j’optai, sans grand enthousiasme, pour un second choix : me remettre au travail pour encore une heure ou deux, en changeant d’activité cependant, afin de conserver un peu d’équilibre et de retarder encore l’entrée en burn-out dont je sais qu’elle est, à court terme, inéluctable. Depuis la veille au matin, je n’avais pas tout à fait atteint les trente heures de travail, et cela me mettait mal à l’aise : je ne dors pas bien quand j’ai le sentiment de n’avoir pas tout à fait mérité les deux mille deux quatre vingt six euros que me verse généreusement l’Université à la fin de chaque mois, en échange de quelques modestes quatre cent heures de travail (toujours mensuelles, je ne voudrais pas qu’il y ait de malentendu).

Dimanche, 17 heures, sous la pluie. Même après avoir pris un peu de recul, je ne suis pas en mesure d’expliquer quelle mouche m’a piqué… je ne comprends pas moi-même quel bizarre enchaînement d’idées m’a amené, dans cette situation déjà bien chargée, alors que l’équilibre était instable et que l’air empestait l’angoisse de mort et semblait hurler à qui voulait l’entendre “à quoi bon ?”, alors que la quasi totalité des ingrédients étaient réunis pour que cette fin de week-end tourne terriblement mal, bref, je ne comprends toujours pas ce qui m’a amené à me diriger lentement vers la platine CD, à fouiller dans le petit tas de disques qui la jouxte, à chercher, volontairement, oui, c’est probablement le plus fou, consciemment, en toute connaissance de cause, à chercher ce disque-là en particulier, à le retirer de son étui, à le déposer sur le plateau anti-vibrations du lecteur, puis, après pourtant avoir eu tout ce temps pour me reprendre et changer d’avis, je ne sais pas ce qui m’a poussé à avancer péniblement l’index vers la touche “lecture”, et à lancer, peut-être comme un cri, par désespoir, avec la volonté de pousser jusqu’au bout cette expérience insoutenable, avec l’envie peut-être d’en finir, la conviction que ce serait la dernière fois, qu’il n’y aurait pas d’autre dimanche pluvieux, ce qui m’a poussé donc à appuyer sur ce fichu bouton, et à laisser l’ambiance putride du salon s’emplir des notes de la première Gymnopédie.

Ceux qui n’ont jamais fait cette expérience ne peuvent probablement pas comprendre ; ceux qui l’ont faite connaissent l’équation et frémissent déjà : se jouait là un drame dont le dénouement ne semblait alors pouvoir prendre qu’une seule forme, celle d’un nœud coulant… Mais je suis un homme de défis, capable de survivre aux situations apparemment les plus inextricables, et plusieurs rendez-vous importants prévus la semaine suivante me firent renoncer à la pourtant gracieuse perspective d’un suicide vespéral. Un solide entraînement, complété d’une bonne dose de masochisme, me permit non seulement de supporter l’ambiance que mon dernier geste avait contribué à installer, mais de m’aventurer un peu plus loin sur un chemin m’emportant pourtant déjà vers des horizons obscurs.

En effet, afin d’épicer encore ce moment de terreur pure, je décidai de me plonger dans ce genre de lecture que je fais parfois, et dont j’ai appris à connaître et, dans une certaine mesure, à apprivoiser les effets… ce genre de lecture dans laquelle nul être humain doté d’un minimum de sens commun ne s’engagerait, mais que mon métier rend inévitable… ce genre de lecture que je fais donc à contrecœur, parce qu’il est attendu de moi que je reste à la page, en prenant connaissance du meilleur, mais aussi du pire, de ce qui se fait dans mon domaine… ce genre de lecture qui, je le sais maintenant, apporte inévitablement son lot de nausées, de crampes d’estomac, de douleurs abdominales diverses et, dans les cas les plus critiques, de renvois assez peu élégants… oui, ce genre de lecture-là, qui fait que mon gastro-entérologue guette régulièrement les classements des meilleures ventes d’ouvrages “documentaires” dans les pages des magazines, dans l’espoir d’y voir cité un pamphlet anti-pédagogiste qui m’amènera jusqu’à son cabinet, et lui rapportera cinquante-cinq euros, hors parcours de santé.

Me voici donc installé et prêt à lire avec attention ce que d’aucuns nommeraient pamphlet, ce que l’auteure, et/ou son éditeur ont choisi de présenter comme un plaidoyer et, je le sus quelques minutes plus tard, ce que l’on pourrait plus simplement décrire, au choix, comme une grosse blague éditoriale, un coup commercial ou, si l’on veut qualifier la chose au regard non pas de l’événement médiatique qu’elle constitue mais de la revendication de production intellectuelle et de participation au débat social et éducatif à laquelle elle prétend, et il ne faut voir dans ce qui suit aucun jugement de valeur, aucune volonté de dénigrement, aucune recherche de provocation, ce que l’on pourrait décrire, donc, si l’on cherche à mesurer la congruence entre la volonté de “penser” affichée par l’auteure et le résultat, ou si simplement l’on prend comme critères les quelques règles basiques que les auteurs sérieux respectent généralement afin de rester dignes de ce titre, ce que l’on pourrait décrire, j’y viens, objectivement, et encore, avec une sacrée dose de bienveillance, comme une bonne grosse daube, parmi des tas d’autres bonnes grosses daubes, des bonnes grosses daubes comme seul, probablement, le monde éditorial français est capable d’en produire.

Je ne voudrais pas dire trop de bien de l’ouvrage dont il est question ici, je ne voudrais pas passer de la pommade à l’auteur dudit ouvrage, ni trop valoriser son travail, mais je dois être honnête : de la merde, je suis amené à en lire pas mal, et sur une échelle de merditude que l’on pourrait assez facilement établir en faisant la synthèse de vingt-cinq ans de littérature anti-pédagogiste, le livre dont il est question ici se situe dans une bonne moyenne. Ce que j’essaie de dire, et encore une fois je ne veux pas donner le sentiment que j’encense l’auteure, ce n’est pas précisément mon but ici, ce que je voudrais faire comprendre au lecteur, c’est que cette merde-là n’est pas beaucoup plus merdique que la moyenne des merdes qui composent ce genre littéraire assez particulier, mais pas pour autant confidentiel, du pamphlet anti-pédagogiste. Oui, j’entends les objections du lecteur indigné : et oui, tu as raison, lecteur, ce livre-là est un tout petit peu plus merdique que les autres, c’est vrai. Mais ce sur quoi je veux insister, c’est simplement sur le fait que, au vu de mon entraînement, j’aurais tout à fait pu lui consacrer le quart d’heure de lecture qu’il méritait et passer à autre chose. Ce que je veux que tu comprennes, lecteur, c’est le miracle (permis probablement par Satie, c’est pour cette raison que je me suis attardé sur ce point) qui a amené à la naissance de ce projet, ce miracle par lequel ce bouquin, pourtant pas bien pire que d’autres, celui-là en particulier, m’a vraiment révolté, et m’a donné envie, au bout du compte, d’écrire ce livre.

C’est dingue non, quand même : je me suis tapé du Milner, du Ferry, du Finkielkraut, du Brighelli, du Boutonnet… des tartines de merde, ce même genre de dimanche, sous le même genre de pluie, dans le même salon, j’en ai vu s’étaler un bon paquet… et puis de cette merde-là, j’en ai vu de la méchante, de la vicieuse : parce que dans cette liste-là certains sont vraiment mauvais, parce qu’ils s’acharnent, parce qu’ils insistent, parce qu’ils ont une certaine réputation et qu’ils finissent par avoir de l’écho, peut-être même que leur parole et leurs écrits, au bout du compte, finissent par avoir de l’effet. Bref, face à toutes ces publications, depuis des années, je n’avais ressenti qu’un peu de déception, mais finalement j’avais toujours souri et pensé, à chaque fois je crois : pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font (enfin si, ils le savent, ils le savent très bien, mais je veux dire, ils ont le toit de la longère à refaire, les pneus de la Maserati à changer, et la vie n’est pas plus facile pour les anti-pédagogistes que pour les vrais gens, hein). Bref, là, tout à coup, je tombe sur cet ouvrage-là en particulier, et jamais autant que ce jour-là je ne m’étais dit : il y a définitivement un truc qui cloche, et il faut faire quelque chose.

Je crois devoir me permettre un détour pour clarifier ce qui me semble clocher, et le sens que je mets derrière la décision de “faire quelque chose”.

Il y a quelques années, la polémique opposant créationnistes et évolutionnistes a été largement évoquée, comme cela est régulièrement le cas, sur la scène du débat français. Cette résurgence passagère répondait à une série d’évènements qui avaient lieu alors aux Etats-Unis, à l’occasion des préparatifs de ce que l’on a alors décrit comme le “second procès du singe”. Comme ils le font en permanence (pas seulement à l’occasion de ce procès), les créationnistes américains travaillaient dur pour alimenter les médias de discours tous plus farfelus les uns que les autres, et visant à contrer les positions évolutionnistes. Certains scientifiques se sont tus, d’autres ont réagi, écrit, participé à des débats télévisés, écrit des livres. D’autres encore ont hésité longtemps à se positionner, pour la raison suivante : selon eux, répondre aux créationnistes, c’était d’une certaine manière jouer le jeu de ces derniers et, en s’inscrivant dans un débat supposé à armes égales, donner l’illusion au public que les deux types de discours, créationniste et évolutionniste, se valaient, évoluaient dans un même registre, et proposaient deux visions du monde qui également méritaient d’être présentées et mises en concurrence. Mais, bien sûr, les évolutionnistes le savent et les créationnistes essaient de le faire oublier, ce n’est pas le cas : le discours créationniste et le discours évolutionniste appartiennent à deux registres radicalement différents ; le premier relève de l’idéologie, le second de la science ; les arguments créationnistes prennent la forme d’une série de truquages rhétoriques et de moisissures argumentatives, ceux des évolutionnistes de démonstrations scientifiques. Bref, jamais ces deux positions ne peuvent se rencontrer. Et pour cette raison, plusieurs scientifiques américains ont d’abord refusé de répondre aux créationnistes.

C’est à plusieurs titres que cet exemple est révélateur. Tout d’abord, l’apparente impasse dans laquelle la France se trouve aujourd’hui, lorsque l’on considère le débat éducatif notamment (mais ce n’est que l’un parmi les nombreux espaces où le problème se manifeste) est la même qui explique la simple possibilité du débat entre créationnistes et évolutionnistes. Bien d’autres l’ont dit et écrit largement avant moi, ce qui cloche c’est que, apparemment, dans notre société, tout se vaut. Quel que soit l’auteur d’une parole quelconque, l’on considère que cette parole vaut celle de son voisin. Sur un plateau de télévision, les propos d’un polémiste qui se lance dans le débat sur le mode du créationniste (discours idéologique, manipulations rhétoriques, moisissures argumentatives) sera entendu au moins autant que celui qui parle du point de vue de l’expérience ou de la recherche (présentation des faits, analyse d’un corpus de données, démarche réflexive, démonstration scientifique, établissement et administration, en deux mots, de la preuve). C’est à ce titre que certains journalistes sans vergogne n’hésitent pas à organiser des débats entre un polémiste et un chercheur, un Brighelli et un Meirieu, devant un public qui pense probablement sincèrement que la parole du premier vaut celle du second. La chose devient plus dérangeante encore quand la médiatisation de certains énergumènes amène journalistes et spectateurs à accorder plus de poids à l’usurpateur (il est connu, il doit savoir de quoi il cause) qu’au scientifique : ainsi, Luc Ferry est invité sur des plateaux de télévision par des animateurs qui ont l’air vraiment convaincus qu’il a quelque chose d’intelligent à dire sur l’éducation.

L’exemple du débat entre créationnistes et évolutionnistes est révélateur, ensuite, par ce qu’il dit de notre manière de penser les critères et les stratégies qui peuvent présider aux destinées de l’école : en un mot, celui qui parle le plus fort, ou avec la plus grande habileté, finira par orienter les décisions politiques. De la même manière qu’aux Etats-Unis on se fiche de savoir ce qui est vrai, pour se préoccuper uniquement de la capacité de l’orateur à convaincre afin de décider de la présence ou non des positions créationnistes dans les programmes scolaires, ce n’est en France ni l’expérience ni les apports de la recherche qui déterminent la transformation de l’école. Si Ferry passe bien à la télé, ses idées finiront par essaimer, et son idéologie à colorer les réformes. Or Ferry passe bien à la télé : le fait que ses thèses ne soient ni fondées en raison, ni argumentées, ni démontrées, et finalement en contradiction évidente avec la réalité, ne constitue alors plus un aspect pertinent du problème.

C’est par ailleurs en interrogeant les réactions aux coups de boutoir idéologiques des plus fieffés manipulateurs que le débat sur le créationnisme éclaire le débat éducatif français : aujourd’hui, il n’y a plus beaucoup de doute là-dessus, la scène médiatique est complètement abandonnée aux idéologues. Aussi pervers et absurde qu’il fût, le débat entre républicains (idéologues) et pédagogues (scientifiques et praticiens) permettait au moins qu’une démarche organisée par une recherche méthodique de vérité fût, sinon entendue, rendue publique, et ainsi disponible aux gens honnêtes. Désormais, et on peut le craindre pour encore quelques temps, le discours offert par les médias (au moins par les médias mainstream) est celui des idéologues. Et, que ce soit parce qu’ils n’y sont pas invités ou parce qu’ils ne cherchent pas à le faire, les scientifiques et les praticiens sérieux (en disant praticien, je ne parle pas des petites minettes qui, après une année d’enseignement, désespérées par une expérience douloureuse, écrivent un bouquin pour dénoncer un système qu’elles ont participé à entretenir pendant l’année scolaire précédente, sans avoir la force, et on peut le comprendre, d’essayer de le changer à leur niveau au moins) ne réagissent pas au discours des idéologues. Et probablement (je le sais pour en être), les scientifiques font-ils le même choix que les évolutionnistes américains : ne pas rentrer dans un débat qui, implicitement, ferait passer pour légitime, digne d’être entendu, le discours des idéologues. On n’explique pas à un militant créationniste que le sens qu’il donne au mot “théorie” n’est pas celui que lui donne la communauté scientifique ; on n’argumente pas ses décisions auprès d’un enfant de cinq ans qui fait un caprice et à décidé de ne rien entendre ; et on ne répond pas à un Brighelli qui n’a apporté au débat aucun argument suffisamment solide pour mériter, pour rendre possible d’ailleurs, offrir un appui, à une contre-argumentation. Bref, les scientifiques se taisent.

Finalement, l’existence de la littérature et des discours publics anti-pédagogistes, de ces dissertations médiocres qui vaudraient à un candidat au baccalauréat une note inférieure à la moyenne à l’épreuve de philo, mais dont éditeurs, journalistes et lecteurs continuent à raffoler, l’existence même de ces productions nauséabondes dit quelque chose de l’incapacité de notre école à produire des têtes bien faites. Il faut aux Américains une école sacrément malade pour que la société tolère d’être malmenée par ces tricheurs que sont les créationnistes ; et il nous faut une école en sale état pour que les anti-pédagogues écrivent ce qu’ils écrivent, y croient, soient publiés, et puissent se pâmer dans les médias, devant des journalistes qui semblent ne jamais faire ne serait-ce que l’hypothèse, ne parlons pas du constat, moins encore de l’analyse, que tout cela ne vaut rien.

Revenons à nos créationnistes, pour rappeler ce que fut la fin de la querelle, fin provisoire au moins, qui a opposé créationnistes et évolutionnistes à l’occasion du second procès du singe : les scientifiques ont décidé qu’il était bien plus dangereux de laisser la parole aux créationnistes que de la reprendre pour défendre leurs thèses, se sont rassemblés, et ont préparé l’exposition qui a ouvert au Muséum d’Histoire Naturelle de New York le 19 novembre 2005. C’est en repensant à cette histoire que j’ai décidé d’échapper au mutisme de ma corporation pour écrire ces pages, dont la visée est assez simple : expliquer ce qui cloche.

Evidemment, je fais jusqu’ici le lit de quiconque voudrait disqualifier cette analyse, la disqualifier d’ailleurs comme analyse, en ne proposant pour le moment aucun argument, ni aucun fait, qui soutienne la thèse d’une merditude généralisée du discours anti-pédagogiste, et en décrivant le Plaidoyer de notre ancienne Secrétaire d’Etat comme une bonne grosse daube, procédé je l’avoue très peu honorable, et, ou parce que, très similaire à ceux employés par l’idéologue en question. Cependant nous n’avons pas commencé, et le but de ce qui suit est bien d’argumenter la thèse assez simple, mais je l’affirme pas pour autant simpliste, que je viens de présenter. Mon propos est bien ici de mettre en lumière certaines parmi les innombrables failles du discours idéologique anti-pédagogiste, en m’appuyant sur un exemple caractéristique. Et tu l’auras compris, lecteur, au bout du compte, je l’aime bien Rama, d’une certaine manière, si je m’intéresse à sa grosse daube, c’est parce que je l’ai prise non pas en grippe, mais en pitié (Rama, pas la daube). Ça me fait vraiment de la peine de constater à quel point notre bonne vieille Rama a l’air de croire à ce qu’elle raconte.

C’est donc à elle que je vais m’adresser, parce que c’est elle avant tout que j’ai envie de sortir du marasme intellectuel où elle patauge, et dans lequel elle a essayé de nous faire patauger avec elle, je veux l’aider à en sortir, en l’aidant à comprendre (enfin) ce qu’elle dit, en lui disant aussi qui elle est parce que, tu le verras, lecteur, si elle ne nous dit rien de l’école, si sa prose approximative ne frise jamais ne serait-ce que l’ombre des prémisses de la pensée, si elle se contente de faire reculer un débat qui depuis longtemps déjà a dépassé le bord de la falaise, en revanche elle se livre, jusqu’à l’excès, nous révélant son moi profond (profond, je veux dire... enfin, c’est une expression), un moi profond qui, à défaut de présenter un quelconque intérêt pour la science, est finalement assez touchant.





11h53…

Rama, Rama, Rama…

Tu as été une très mauvaise fille, Rama. Et tu sais ce qui arrive aux mauvaises filles : un jour vient l’heure de la correction. Et l’heure est venue pour toi : ta fessée sera symbolique, mais elle n’en sera pas moins cinglante.

En quatre semaines, Rama, tu as voulu faire table rase du passé, et repenser l’école républicaine dans le plus total mépris de tout ce qui a pu être dit, fait, écrit ou pensé avant toi. Tu as pris un gros risque Rama, celui qu’un jour quelqu’un te lise, se demande ce qui t’était passé par la tête, et t’adresse une réponse. Je sais, ça n’est pas très à la mode… je sais ce que tu t’es dit, Rama : dans ce pays, on peut raconter n’importe quoi, tout le monde s’en fiche, personne ne regarde jamais de près, et je peux épandre mes boulchites dans le débat sans jamais avoir à rendre de comptes.

Mais je fais partie, Rama, de ceux qui sont las de la médiocrité de notre débat scolaire. Je ne veux ni être lu, ni être entendu, ni infléchir le cours des choses ; simplement, parce que je crois que “penser” n’est pas un vain mot, je veux qu’autre chose que tes fariboles puisse être lu.



11h56. Comment l’idéologie a tué le débat scolaire

Opinions vraies justifiées ou boulchite ?

Rama,

A force de lire et de relire ta prose tourbillonnante, j’ai fini par me poser une question simple : au bout du compte, à quoi sert tout ça ? Quand je dis “tout”, je veux dire ton livre, le débat sur l’école qu’il prétend alimenter, la querelle que tu mets en scène entre tes héros personnels et les vilains pédagogues que tu dénonces, et puis l’école elle-même, la formation des jeunes esprits. Je suis arrivé à une réponse naïve, mais qu’il n’est peut-être pas inutile de rappeler, tant elle semble avoir été oubliée : tout cela, sans exception, vise un même but : la recherche de la vérité. L’école est le lieu où se transmettent des savoirs, dont je suppose que tu as à cœur qu’ils soient vrais. Le débat éducatif, si l’on conserve la volonté de l’organiser dans un espace de parole démocratique, doit nous donner les moyens d’une recherche collective de vérité, à la source de décisions politiques fondées en raison.

Je t’avoue, Rama, qu’en me disant cela, je me suis sérieusement interrogé sur ta littérature. Trois hypothèses me sont venues à l’esprit :

1/. Nous ne cherchons pas toi et moi la même chose, et tu te fiches éperdument de la vérité ;

2/. Nous n’avons pas la même définition de la vérité ;

3/. Nous recherchons tous les deux la vérité, nous en avons la même définition, mais ton cerveau est un sacré bordel.

Accepter la validité de la première hypothèse, c’est reconnaître qu’il n’y a pas de débat. Si, effectivement, ta volonté est malveillante, politique, intéressée, alors il faudrait que nous nous arrêtions là, et cela n’est pas possible : mon éditeur ferait la gueule, et l’école serait en péril, deux risques qu’il ne me semble pas opportun de prendre. La troisième hypothèse est la plus raisonnable, et l’ensemble de cet ouvrage, finalement, n’a d’autre ambition que de contribuer modestement à résoudre le problème en t’aidant à mettre un peu d’ordre dans tes idées. Mais pour commencer, je te propose simplement de nous mettre d’accord sur quelques éléments de définition essentiels, concernant la vérité, afin de pouvoir avancer sans davantage nous préoccuper de ma seconde hypothèse.

L’école, donc, est le lieu du savoir et de la pensée. Tu as l’air très soucieuse de me faire comprendre, à moi, ton lecteur, que tu sais tout un tas de choses, que tu es très instruite, et que tu t’inscris, en tant que membre de l’élite condescendante à laquelle tu crois appartenir, dans une longue tradition de sagesse et de culture. Tu sais probablement, alors, que la question de la vérité a occupé, à travers l’histoire de la pensée, les savants, les philosophes, les penseurs de tout poil, et que c’est cette même question qu’ont posée les sciences modernes lorsqu’elles se sont souciées de bâtir leurs fondations. Nous disposons donc d’une littérature exceptionnelle sur la question ; cependant je ne vais pas rentrer dans un débat épistémologique qui pourrait t’ennuyer (je ne veux pas te perdre déjà, j’ai beaucoup de choses à te dire), mais simplement te rappeler une ou deux notions qui participent d’une représentation assez partagée, à la fois dans le domaine du sens commun et dans celui des sciences, de ce qu’est la vérité. Allons vite donc, mais je reviendrai plus loin sur la question pour te suggérer quelques pistes concrètes qui t’accompagneront, j’en suis sûr, dans le long chemin que tu devras parcourir pour quitter le triste territoire du savoir mort et rejoindre le pays joyeux de l’intelligence.

La principale question qui a occupé les philosophes et les logiciens, c’est celle des conditions de vérité d’une proposition ; je dirai, pour te faciliter les choses, d’un énoncé. Car oui, la question de la vérité se pose dès lors que l’on parle ou que l’on écrit, dès lors que l’on produit des propositions, dès lors que l’on attribue à une chose une qualité. Ainsi, pour savoir si les quelques pages que tu as rédigées rassemblent un ensemble de vérités, il faut mesurer le degré de validité des propositions qu’elles rassemblent. Bertrand Russell, dont tu connais probablement le nom, a fait deux grandes choses dans sa vie : d'abord, il a produit une magnifique œuvre logique, philosophique, mathématique ; ensuite, il t’a, par anticipation, foutu un formidable taquet. Car en effet, Rama, Bertrand Russell a, comme bien d’autres avant lui je le reconnais, proposé de mesurer la validité d’une proposition à l’aune de sa correspondance au “monde” (tu viens probablement de comprendre que ça risque de chauffer pour ton matricule). Donc Russell (1912) dit ceci : “une croyance est vraie quand il existe un fait correspondant, et est fausse quand il n’en existe pas”. Je traduis : pour qu’une proposition puisse être considérée comme vraie, il faut pouvoir observer des faits qui la soutiennent.

En vérité, je te le dis, je doute que tu viennes de découvrir quoi que ce soit : tu as fait des études, tu as vibré en lisant Spinoza, et je suis sûr qu’en Hypokhâgne tu as lu tout Platon, et notamment le Théétète. Dans ce dialogue, Platon essaie de comprendre ce que signifie “savoir”… il y a selon lui trois conditions pour pouvoir dire “je sais” :

1/. D’abord, il faut avoir une certaine attitude, une certaine croyance, vis-à-vis d’une chose, d’un état de faits, d’une proposition (là, j’avoue, personne ne doute de ta conviction) ;

2/. Ensuite, cette croyance doit être vraie (aïe…) ;

3/. Finalement, elle doit être justifiée (argh…).

Je résume, avec les mots de Baillargeon (2005, pp. 171-172) : “le savoir est l’opinion vraie justifiée”.

Si je me fie à cela, l’opinion que j’ai avancée plus haut, et selon laquelle tu dis quand même plutôt globalement de la merde, est en train de devenir doucement une opinion pas loin d’être vraie (mais il en faudra un peu plus pour en être certain).

Dirais-tu des choses fausses, Rama ? C’est ce que semble suggérer Wittgenstein (1958/1965a, §5) : “qu’une proposition puisse en fin de compte se révéler fausse, cela dépend des déterminations que je répute valides pour cette proposition” ; pour dire des choses fausses (je traduis), il faut d’abord avoir reconnu certains critères de validité des propositions en question ; je ne peux savoir qu’un énoncé est faux que si j’ai déterminé ses critères de vérité. Il te sauverait presque, le bon vieux Wittgenstein : d’une certaine manière, rien ne peut être faux qui soit absurde, ou dont la formulation échappe à toute dimension rationnelle.

Pour faire simple, résumons : la vérité suppose des faits, une adéquation entre ces faits et les discours émis à leur propos, et une justification, une argumentation qui permette de soutenir la thèse d’une telle adéquation. A ce point de mon analyse, je fais l’hypothèse que tes opinions ne sont ni vraies ni justifiées. Mais pas d’inquiétude, Rama, je vais te filer un coup de main pour arranger ça.

Pour te rassurer un peu, avant de continuer, je voudrais insister sur le fait que la merditude de tes propositions (que je n’ai pas encore prouvée, ce n’est qu’une hypothèse), n’est pas très originale. Rama, tu es bien de ton temps, et ton rapport à la vérité est assez en phase avec celui de tes contemporains. Tu es coupable et victime à la fois de ce rapport douteux à la vérité : coupable, parce que des productions comme la tienne encouragent la mécanique ; victime parce que, et je l’expliquerai, tu n’as jamais eu probablement l’occasion de penser autrement.

La mode n’est pas à la vérité, et c’est selon des mécanismes qui sont fort éloignés des préoccupations de Platon, Carnap, Frege, Wittgenstein que la plupart des gens, avec eux les politiques et pas mal de médias, construisent, maintiennent et diffusent ce qu’ils considèrent à tort comme des “savoirs”. Je vais t’expliquer comment tout cela fonctionne, dans l’espoir que ce discours de vérité suffise, un peu comme par magie, à te sortir des méandres de la rhétorique.

Il y a quelques jours ont été rendus publics les résultats d’une enquête Le Monde-Ipsos-Logica Business, enquête à l’occasion de laquelle les Français (Il ne faut pas dire 1014 Français, ça pourrait nous rappeler que ce n’est qu’un sondage, après tout) s’exprimaient sur la jeunesse. Et les médias ont, puisque c’est leur rôle, largement diffusé la teneur de cette “expression” : “Dans l'ensemble, les jeunes sont jugés égoïstes (63 %), paresseux (53 %) et intolérants (53 %). Des qualificatifs confirmés par les moins de 30 ans, lesquels se jugent eux-mêmes égoïstes (70 %), paresseux (65 %) et intolérants (51 %)" (Luc Bronner, “Le jugement sévère des Français sur la jeunesse”, article paru dans le Monde, le 24/11/2011).

Jusque là, tout va bien : les Français se sont exprimés en donnant leur opinion, et la question de la vérité ne se pose pas encore tout à fait. Pourtant, ce qu’il est important que tu comprennes, c’est d’où vient cette opinion, et vers quoi elle nous emmène. Ma thèse est simple : de nulle part, et dans le mur… ou, pour être un peu plus honnête et respecter, transposé dans le monde social, le vieux principe de Lavoisier : de l’opinion, et vers l’opinion. L’opinion n’est rien d’autre qu’un petit bidule qui s’auto-entretient, un petit machin circulaire, qui permet à chacun de prendre des vessies pour des lanternes, des croyances pour des savoirs, des jeunes pour des sauvageons, et déjà presque de te prendre pour une intellectuelle.

D’abord, l’opinion vient de l’opinion. Un esprit un peu limité pourrait croire que les 1014 Français interrogés, lorsqu’ils sont confrontés à des questions sur la jeunesse, répondent avec la préoccupation d’une certaine recherche de vérité. Ainsi, en entendant la question “Diriez-vous que les jeunes aujourd’hui sont plutôt… idéalistes/pragmatiques” (par exemple), on pourrait imaginer que les Français tentent de répondre à la question : “des deux propositions ‘les jeunes sont plutôt idéalistes’, et ‘les jeunes sont plutôt pragmatiques’, laquelle considérez-vous comme la plus vraie ?” ; ce même esprit simple pourrait aller jusqu’à imaginer que ces Français vont recourir aux stratégies évoquées plus haut : tenter d’identifier des faits significatifs, analyser leur portée, déterminer les conditions de légitimité de chacune des deux propositions, et faire leur choix en donnant une réponse qu’ils seraient en mesure de justifier.

Bien, Rama, tu l’as deviné : ce n’est pas du tout cela que font les gens. Les gens répondent plus ou moins ce qui leur passe par la tête ; ils expriment un préjugé, une opinion... Tu me diras : tout va bien, c’est ce qu’on cherche, non, dans un sondage ? Oui, Rama, mais nous n'en sommes qu'à une première phase de notre réflexion ; elle pourrait sembler banale mais, vraiment, elle ne l’est pas ; il faut maintenant considérer l’effet de l’expression de l’opinion pour comprendre l’enjeu de cette dernière remarque.

Quel est l’effet de l’opinion, de l’expression de l’opinion dans les médias ? De nouvelles opinions, te disais-je tout à l’heure. Car en effet, ces chiffres vont continuer à circuler dans la société, et à alimenter les représentations de tout un chacun. Car il y se produit, lorsque de tels énoncés sont diffusés dans la société, un processus étrange : très vite, la plupart des gens oublient que ces chiffres sont ceux d’un sondage, et qu’ils résument une opinion non fondée en raison. Si les médias posent les bonnes questions (ils essaient de comprendre ce que ces opinions révèlent de la société), ce n’est pas le cas de l’essentiel de la population. Et ce qu’il reste du sondage, c’est l’idée que les jeunes sont intolérants, feignants, paresseux, égoïstes… demain au café on discutera de ces chiffres… quelqu’un dira : “c’est vrai, ma bonne dame, c’est plus ce que c’était… je vois mon petit-fils hein, il fait pas tout ce qu’il faut pour trouver du boulot”… et puis d’autres iront de leurs histoires, de leurs anecdotes, et penseront en suivant le rail qui leur a été imposé, selon le modèle idéologique que vient de renforcer le sondage. Bientôt, un nouveau sondage aura lieu. Qu’y exprimeront 1012 ou 1016 autres Français ? Ces représentations non fondées en raison, mais fondées en vertu d’une logique de montage collectif de bourrichon. Ces mêmes représentations qui ont été exprimées dans le sondage dont nous parlons ici, revisitées, reconstruites, alimenteront de nouveaux sondages : l’opinion vient de l’opinion et mène à l’opinion. Et les sondages ne font rien d’autre, comme cela a été montré il y a longtemps déjà, que de permettre que s’exprime un ethos de classe (Bourdieu, 1973). Les idées, les plus pourries d’ailleurs, font leur petite vie... C’est la thèse que défend depuis quelques années la “mémétique” (Jouxtel, 2005), en s’appuyant sur une idée proposée par Dawkins (1976)… une mémétique qui n’est pas aujourd’hui reconnue comme une discipline scientifique (et l'on comprend pourquoi), mais qui ne fait rien d’autre que de rappeler une vieille intuition, celle notamment de la psychologie évolutionniste de James (1907/2007). Bref, les idées se diffusent, elles acquièrent une autonomie telle qu’il semble impossible pour les cerveaux victimes de ces absurdités de s’en défaire, de les remettre en question…

Il y a dans ce mécanisme circulaire quelque chose du “tautisme” défini par Sfez (1988, pp. 108-109) : chacun confond la vie et la représentation de la vie, la réalité et l’image qui en est donnée, en investissant un monde de représentations… confondant non seulement la représentation et ce qui est représenté, mais aussi se confondant lui-même avec la représentation donnée de lui. Je confonds ma représentation de la jeunesse avec celle qu’expriment les médias : “je crois exprimer le monde, ce monde de machines qui me représentent et qui en fait s’expriment à ma place (…). Cette machine toute faite de représentations et de simulations devient alors le seul réel qui s’exprime (…). Nous sommes alors dans la société Frankenstein, essentiellement caractérisée par une circularité infinie. Le producteur est produit et producteur en même temps”. C’est cette folie que tu entretiens : “Ici, la communication n’est plus que la répétition imperturbable du même (tautologie) dans le silence d’un sujet-mort, ou sourd-muet, enfermé dans sa forteresse intérieure (autisme), capté par un grand Tout qui l’englobe et dissout jusqu’au moindre de ses atomes paradoxaux (…)” (Sfez, 1988, p. 110). “Dans le tautisme, on prend la réalité représentée pour la réalité exprimée” (Sfez, 1988, p. 111).

Le bout du processus, c’est la prophétie autoréalisatrice, selon des procédés qu’il n’est pas difficile de démonter… La jeunesse est violente et pourrie, je l’insulte et je la provoque… j’attends de l’avoir bien chauffée pour me rendre dans les banlieues… je provoque encore un chouïa, tout explose : et oui, je vous l’avais bien dit, m’sieurs dames, la jeunesse est violente et pourrie ! Votez pour moi… Le mécanisme est le même chez les vrais gens, je veux dire hors des limites de l’Elysée : les vrais gens voient les jeunes qu’on leur a dit de voir, agissent vis-à-vis de ces jeunes de la manière que cette représentation leur suggère, ce qui les amène à obtenir les effets que permettait de prévoir la représentation. Les discours récurrents sur l’échec et la difficulté scolaire, sur les noirs horizons qui attendent nos enfants, alimentent des angoisses et des postures, accroissent la pression sur les parents, puis des parents sur les enfants, jusqu’à produire de l’échec, de nouvelles angoisses, de la phobie, du décrochage, à la source de nouveaux discours.

Bien sûr, il faut se méfier de ce mécanisme pervers, et s’en méfier suffisamment pour poursuivre une visée : s’il n’est pas possible que disparaisse l’opinion (au sens où elle est décrite ici), le rôle du pédagogue, de l’éducateur, du politique (je veux dire d’un politique républicain, humaniste, démocrate, pas d’un politique soucieux d’être réélu pour conserver son HLM dans le 5ème), est de participer à la sauvegarde du débat démocratique en accompagnant le processus qui mène le sujet d’opinions non fondées en raison à des savoirs. Oui, la question de l’école se pose, et doit se poser contre le règne de l’opinion dont tu es victime et que ta littérature entretient. L’école doit participer de la construction d’une rigueur et d’une exigence intellectuelles, d’une honnêteté, d’un rapport au monde et à la vérité, d’un certain rapport à l’idée même de ce qu’est le savoir, que tu ignores semble-t-il assez largement (encore une fois, je vais le démontrer). Il faut pouvoir aider chacun à se départir de ses impressions, à comprendre que l’expérience qu’il ou elle a d’un jeune au chômage ne lui permet pas de rendre compte du monde… de la même manière que ta propre expérience de l’école sénégalaise que tu as fréquentée, du lycée catholique et de la classe prépa ne te permet pas de rendre compte de ce qu’est l’école en général, le savoir, l’apprentissage… il faut un peu plus que des souvenirs de jeunesse sans intérêt pour produire un savoir sur l’école et la société : “il y a tout un horizon préjudiciel de l’expérience qui est préjudiciel à l’expérience et constitue l’a priori logico-linguistique de l’espèce humaine ainsi que le conditionnement culturel de la perception” (Ladmiral, 1976, p.11).

Comme tu l'auras compris, je considère essentiel de t'aider à comprendre ce qu'est l'opinion avant tout parce que je pense que tes propos s'y inscrivent pleinement : ton discours sur l'école, comme celui des Finkielkraut, Ferry et autres Brighelli, n'est rien d'autre qu'un ramassis d'opinions... un ramassis d'opinions bien sapé, avec de l'allure, qui donne l'illusion de la pensée, sans la côtoyer jamais... qui ressasse ce qui traîne au comptoir des cafés. Je te parais peut-être excessif, mais je crois que je monterai que ces gens-là ne pensent pas, mais parviennent à donner le change, en utilisant les mêmes techniques que toi.

Je pense, Rama, que tu as compris de quoi il était question… Reste à savoir si toi et moi sommes d’accord sur l’objectif… si toi et moi voulons honorer le savoir, dans le sens où je l’entends ici, contre l’opinion… si toi et moi recherchons la vérité. A première vue non, ou en tout cas pas encore. Pour le moment, c’est ce que m’oblige à penser ta littérature : tu t’accommodes très bien de la logique du montage de bourrichon. Je pense que, sur le principe, tu serais prête à me suivre, mais que tu en es encore empêchée. Parce que finalement, c’est quoi, ce bouquin que tu nous as pondu ? C’est un petit événement anodin dans la boucle du tautisme. Tu n’es, crois-moi, pas différente de la petite dame qui cause au café. Tu ne fais rien d’autre qu’exprimer les opinions que tu as entendues ici ou là, de vagues impressions, des représentations sans fondement (ce que j’appelle, j’en suis encore une fois désolé, de la merde).

Rama au pays des merveilles idéologiques

Pour te désemmerdifier la cervelle, il va falloir doucement rentrer dans ton texte. Je sais, ça ne va pas être rigolo, mais dis-toi bien que c’est un peu comme les coups de tatane que tu recevais dans ta petite école ; c’est juste un mauvais moment à passer, mais ça va te faire beaucoup de bien : comme tu le dis, aider quelqu'un à grandir “suppose, il est vrai, de lui faire mal” (p. 64).

Ce que j’ai dit jusque là, c’est que ta prose se résumait à un agrégat assez informe de propositions, d’énoncés d’ordre purement idéologique, non fondés en raison : des opinions, mais pas des savoirs, parce que ni vrais, ni justifiés. Ce que je nomme “opinion ni vraie ni justifiée”, c’est par exemple ce que tu prédiques de la mission de l’école, en affirmant cela, en effet, comme une intime conviction : “je ne dis pas que l’école ne doit pas éduquer mais j’ai la conviction que l’éducation passe par la transmission des savoirs” (PIP - Plaidoyer pour une Instruction Publique, p. 27). Bon, page 27, on est presque à la fin de ton bouquin, et l'on sait que c’est la “thèse” (sic) que tu défends tout au long de l’ouvrage (avec, cependant, nombre de nuances, de revirements quant à l’équilibre entre “éducation” et “transmission de savoirs” que tu sembles vouloir à tout prix opposer, revirements qui rendent cet énoncé, à l’échelle de l’ouvrage, incompréhensible). Bref, voilà typiquement une opinion, affichée comme telle.

Plusieurs indices, avant une plus ample démonstration, me laissent penser, dès la lecture de ce type de phrases, et avant même de comprendre que rien dans l’ouvrage ne te permet de justifier cette assertion (mais après qu’une longue expérience et que de longues années de recherche scientifique m’ont permis de construire des savoirs contredisant cette croyance magique), plusieurs indices, disais-je, me permettent de deviner la dimension idéologique de ton propos.

Le premier, c’est le caractère très moyen, classique, habituel, sans surprise, sans créativité, de ton discours et, on peut le dire, d’à peu près chacun de tes énoncés : tu nous ressors un vieux fantasme de l’école, tel qu’il a été construit par d’autres avant toi. Ce tableau a toute la cohérence (de forme) et l’incohérence (de fond) d’autres tableaux produits avant lui : avant l’école était “sérieuse, républicaine, efficace”. Maintenant l’école est “pas sérieuse, pas républicaine, pas efficace” (je ne te cite pas, mais je ne caricature pas pour autant). Et l’école pas sérieuse de maintenant est remplie de profs qui cherchent à être “cools”, dont le grand truc est “d’aimer les élèves” (PIP, p. 57) ; dans cette “logique” bien sûr, le professeur “ne se fait plus respecter parce que l’institution ne lui donne plus la possibilité d’infliger des sanctions”.

C’est à peu près l’idéologie type qui circule, elle n’est ni nouvelle ni personnelle… elle est juste un peu moins cohérente quand c’est toi qui l’exposes, mais pas bien différente de la version moyenne qu’on entend ici et là. Ce que je crois c’est que, contre l’esprit démocratique qui se préoccupe de la vérité, tu cherches à donner à ton lecteur ce qu’il cherche, à conforter ses opinions… Pas question de penser, il suffit d’offrir à ton auditoire le reflet de sa propre ignorance, parce que tu auras davantage raison si tu es d’accord avec lui que si tu cherches le vrai : “le séducteur n’est pas un déducteur. Il n’affirme pas son point de vue propre, il se coule dans le point de vue d’autrui”, explique Breton (1997, p. 83) s’appuyant sur les travaux de Bellenger (1995), pour dénoncer ce type de petits arrangements avec la vérité.

Le second indice qui me laisse penser que tout cela relève de l’idéologie est assez simple en fait : tu ne crois pas un instant à ce que tu racontes. Tu déballes tout un tas de choses que tu ne crois pas toi-même, tu enchaînes les contradictions avec un ensemble de propos que tu as tenus par ailleurs.

Le truc, je crois, c’est qu’il fallait bien que tu le remplisses, ce bouquin. Il n’est pas bien long, mais il fallait malgré tout donner l’illusion que tu avais un peu de matière… alors tu prends ce qui te passe par la tête, et sur quoi tu n’as pas grand chose à dire, essentiellement par ignorance. Par exemple, les ZEP : oui, tu tapes allègrement sur les Zones d’Education Prioritaire, qui sont tout à la fois la manifestation de l’œuvre des “pédagogues”, d’une volonté “démocratique” et de la mort de l’école Républicaine, la source du supposé illettrisme des jeunes générations (PIP, pp. 94, 98, 143-146). L’une de tes “idées”, c’est que les ZEP sont caractéristiques d’une forme de “discrimination positive” qui a représenté pour la France une catastrophe. Les ZEP elles-mêmes en sont emblématiques, mais plus encore le projet des promos ZEP de Sciences Po.

Tu es pourtant intervenue il n’y a pas si longtemps que ça dans le cadre du Cercle de la Diversité Républicaine pour affirmer précisément le contraire : “Nous trahissons l'idéal de la France lorsque nous proclamons notre attachement à une République formelle et non réelle”, as-tu dit, pour justifier le recours à la discrimination positive (Article de Gérard Desportes, Mediapart, 27/11/2009), et promouvoir des “mesures volontaristes”. Selon toi, il fallait éviter une forme de discrimination positive basée sur des critères ethniques, pour privilégier des mesures territoriales… Attends, les ZEP tu veux dire ? Ah oui, c’est cela, et plus précisément encore les promos ZEP de Sciences Po, que tu citais comme un excellent exemple : “Généralisons les filières ZEP mises en place à Sciences-Po" (“Rama Yade et la discrimination positive, faire émerger une nouvelle élite”, interview au Nouvel Observateur, n°2297, 13/11/2008).

Avant de te donner d’autres exemples, je voudrais que l’on soit bien d’accord, toi et moi, sur la démonstration que je suis en train de faire : mon propos n’est pas de disqualifier ton discours en te renvoyant à tes contradictions. Ma préoccupation, qui restera la même tout au long de cet ouvrage, est celle, je te l’ai dit déjà, de la recherche de vérité. Ainsi, ce que je voudrais savoir, c’est ce que je peux faire, moi, lecteur, des “arguments”, des exemples, des faits que tu mets en scène pour soutenir ta “thèse”. Pour comprendre si tu recherches sincèrement la vérité, j’ai besoin de mesurer ton implication dans ton propre discours, j’ai besoin de savoir jusqu’où tu partages tes propres opinions.

Je te vois frémir, tu es en train de faire mentalement le tour de toutes les boulchites dont tu m’as abreuvé et tu repenses avec angoisse à… oui, c’est ça, à ce thème qui semble te préoccuper dans le Plaidoyer, celui de l’ouverture de l’école. Je résume ta thèse : avant l’école était fermée ; les pédagogues l’ont ouverte (essentiellement aux parents, à la politique, à la religion, aux téléphones portables, aux baggys, aux strings, à l’entreprise) ; c’est mal ; il faut donc refermer l’école, ce que tu décris comme la nécessité de “resanctuariser l’école”… je serais presque prêt à tenter de prendre en considération tes arguments, afin d’en débattre avec toi, comme l’exige le débat démocratique. Avant cela, je voudrais m’assurer que tu défends véritablement la fermeture de l’école, que tu y crois toi-même. Bien, un tour sur Internet m’a vite convaincu du contraire. Tu as oublié ? Voici quelques rappels…

Je pourrai difficilement exprimer le plaisir que j’ai éprouvé lorsque j’ai découvert cette jolie photo de toi, distribuant en 2008 des tracts politiques juste devant (certains disent dans) une école de Colombes (certains disent qu’il s’agit de ton ancienne école) (“Rama Yade fait campagne à l'école”, Le Post, 13/04/2008). Tu sais Rama, c’est très vilain ça : tu nous racontes que l’école a été ouverte aux quatre vents, mais je te rappelle que la Loi, elle, n’a pas changé d’avis sur la question, et qu’elle interdit ce genre de pratiques !

Un autre exemple, Rama : il y a quelques mois à peine, tu te réjouissais de l’ouverture de l’école à des associations : “Dans le cadre des comités d'éducation à la citoyenneté, des associations agréées comme SOS Homophobie interviennent de plus en plus en milieu scolaire. Et c’est bien ainsi” (“Une marraine nommée Rama Yade”, Journal L’Union, 13/09/2011). Oui, je suis d’accord, c’est très bien ainsi… Mais cela semble remettre en question la sincérité de ta “démonstration”, un peu comme cette autre déclaration, dans laquelle tu défendais l’ouverture de l’école aux entreprises, ouverture que tu décris aujourd’hui, dans ton Plaidoyer, comme une monstrueuse forme d’utilitarisme : “Il faut renverser la façon de voir les choses en demandant aux entreprises d'assumer leur part dans la formation des jeunes plutôt que d'attendre des salariés ‘clés en main’. Il est également nécessaire d'ouvrir l'école à des professionnels qui viennent à la rencontre des élèves pour les aider à choisir leurs filières" (“Rama Yade, un soupçon permanent sur la jeunesse”, Nord Eclair, 31/10/2010).

Il y a un autre aspect de l’école “moderne” dont tu sembles très critique dans ton ouvrage : la remise en cause des apprentissages fondamentaux, au profit de tout un tas de contenus inutiles. Comment ose-t-on diminuer le nombre d’heures consacrées aux savoirs de base ? Tu me laisses me faire plaisir un instant ? Oui, alors voici : “En France, les activités sportives dans les écoles sont largement insuffisantes, de l’ordre de deux heures par semaine. Alors que nous avons beaucoup de potentiel. Il faudrait que les après-midis soient consacrés à la culture et au sport. Il faut palier au véritable problème de société qu’est l’obésité. En France, le souci reste que les intellectuels du gouvernement restent très traditionalistes” (dis-moi pas que c’est pas vrai !). “Pour eux, c’est la tête ou les jambes, mais pas les deux, il n’y a pas assez de professionnalisme” (ah si ! C’est vrai !). “Dans certaines écoles comme à Epinal, les après-midis sont libres et les jeunes peuvent pratiquer des activités sportives. Au niveau territorial, le problème de la place du sport dans les écoles n’est pas vraiment réel, il s’agit plutôt de réfléchir à une meilleure disposition au niveau national. Je vais en parler au Président de la République" (Rama Yade, in La lettre de la délégation française au Liban, n° 4, 30 septembre 2009).

Ecoute Rama, cela me semble bel et bon, mais je ne comprends franchement pas comment tu vas augmenter le nombre d’heures de français et de maths en supprimant les cours tous les après-midis ? Tu penses que je n’ai pas bien compris le sens de tes propos ? Si si, je te jure, là aussi tu l’as dit, qu’il fallait “faire du sport à l’école une priorité”… Voici comment le site très officiel du Gouvernement (français, je te jure) rapporte tes propos : “Le président de la République a souhaité lors de ses vœux au monde sportif à l’Insep, en janvier dernier, l’instauration d’un ‘mi-temps sportif’ dans les établissements scolaires qui le souhaiteraient. Dans cette optique, la secrétaire d'Etat plaide pour des expérimentations au sein d’établissements volontaires, qui pourraient proposer plus d’heures de sport à tous leurs élèves dans le cadre d’un projet éducatif innovant” (“Rama Yade présente les nouveaux défis du modèle sportif français”, Discours de Rama Yade à la Sorbonne, le 6 octobre 2009).

Expérimentation ? Innovation ? Projet éducatif ? Je veux dire, quand même Rama, je viens de lire un bouquin dans lequel tu conspues avec ardeur ces termes que tu manipules comme des mots orduriers ! Et là encore, je retrouve ces mêmes contradictions avec ton ouvrage… dans le cas qui suit, tu as toujours cette petite lubie de l’excellence (dont je ferai la psychogénèse dans le cinquième chapitre de cet ouvrage), mais c’était alors le sport, et plus les savoirs de base, qui devaient participer de l’avènement de ton idéologie : “Car, le sport scolaire est né avec l’école. Dès lors que la République s’est fixée pour but de faire de chaque jeune un citoyen libre et accompli, son ambition a été de mettre en pratique l’antique sagesse de Juvénal : un esprit sain dans un corps sain. Le sport à l’école, ce n’est donc pas un hasard, une lubie ou une mode. C’est un impératif de vie et d’éducation. Un impératif parce que le sport contribue à l’équilibre global de l’élève ; parce que, comme à Oxford, Cambridge ou Sciences-po, l’excellence sportive peut mener à l’excellence scolaire ; parce que le sport transmet des valeurs de respect des règles, d’ouverture aux autres, d’esprit d’équipe, de goût de l’effort, de l’estime de soi. A cet égard les projets montés à Epinal, dans une dizaine d’établissements scolaires, et à Meaux, au lycée Jean Vilar, ouvrent des perspectives très intéressantes” (http://www.rama-yade.fr/2010/05/25/sport-a-l’ecole-leducation-nationale-sengage-enfin/).

Bien, le troisième indice de la dimension purement idéologique de ton projet est le suivant : pour le dire simplement, assez vite, tu patauges allègrement dans la semoule… Je veux dire, Rama, je veux bien être indulgent, je veux bien t’écouter, je veux bien supporter tes envolées lyriques et tout le toutim mais, quand même, avec un maximum de bonne volonté, à partir du second chapitre de ton bouquin (PIP, p. 55), je sens que tu rames carrément. Jusque là tu avais fait l’effort d’imiter un minimum le style académique, pour donner le change… mais là, ça devient franchement ésotérique. On ne comprend plus d’où sortent tes fantasmes, comment tu les as construits… plus grave que cela, j’ai beau chercher, je ne comprends pas le sens même de ces énoncés. J’ai le sentiment que tu cesses quasiment de faire l’effort d’une pseudo-argumentation, tu ne fais même plus semblant.


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