Excerpt for Petit ange by David Forrest, available in its entirety at Smashwords

Petit ange

Une nouvelle de David Forrest



Smashwords Editions

Copyright 2011 David Forrest



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Image de couverture © wildiexx sur sxc.hu



Table des matières



Couverture

Titre



Chapitre I

Chapitre II

Chapitre III

Chapitre IV

Épilogue



Postface

Liens externes

Du même auteur

Chapitre I



L’énorme hématome violet auréolé de jaune qui lui mangeait la joue ne lui faisait plus mal depuis la veille. Enfin, plus vraiment, sauf quand elle appuyait dessus – ce qu’elle se gardait évidemment de faire. Par contre, les bleus sur ses cuisses l’élançaient méchamment. Pas autant que la douleur dans ses reins, cependant.

Ce n’était bien sûr pas la première fois que sa mère la frappait, mais Lena était certaine que sa dernière rouste en date montait facilement sur le podium des pires qu’elle ait jamais subi. Et pourtant, il y avait eu une sacrée concurrence en la matière.

Au moins, ça lui laissait un peu plus de répit : vu qu’elle ressemblait plus à une grosse ecchymose qu’à une adolescente, elle se doutait qu’il n’allait pas trop avoir envie la glisser dans son lit avant qu’elle ne reprenne figure humaine. Quelques jours de grappillés, c’était toujours bon à prendre.

Treize ans. Bon anniversaire, Lena ! Fêtons ça avec une des plus belles avoinées que tu aies jamais connu. Un rictus déforma ses lèvres quand elle repensa à ce qui lui avait valu cette nouvelle raclée de haut vol, déchirant la croûte encore fraîche d’une de ses coupures à la lèvre inférieure, qui se mit alors à saigner un peu.

Elle avait osé tenir tête à sa mère. Cette dernière avait insisté pour la maquiller (« Pour ta première fois, tu dois être encore plus belle qu’à l’accoutumée, il n’en croira pas ses yeux ! ») mais Lena avait refusé, s’était débattue, avait même jeté au sol la trousse de maquillage que lui tendait sa mère, avec insistance. Le pot de fond de teint s’était brisé et déversé sur la moquette, celui de Rimmel avait glissé sous la commode, tandis que le tube de rouge à lèvres rouge vif, lui, avait préféré partir se cacher sous le lit.

Ça la dégoûtait de se faire pomponner pour ce gros homme et de se laisser toucher le visage par sa mère. Cela faisait quelques années déjà qu’elle ne supportait plus le contact physique. Cela devait avoir un rapport avec le fait que la plupart des fois où on l’avait touchée, c’était pour au mieux la bousculer, plus généralement pour la cogner.

Ça devait avoir joué, dans sa répugnance.

Lena avait aussi remarqué que cette aversion s’était accentuée ces derniers mois où sa silhouette avait vraiment commencé à changer. Et pendant lesquels elle avait enfin découvert quelque chose qui lui permettait, même juste quelques instants, d’oublier complètement sa triste vie. Quelque chose qu’elle avait caressé du bout des doigts, entre ses cuisses.

Mais même ça, on le lui avait gâché. Depuis des années, sa mère lui bourrait le crâne avec la même rengaine : à treize ans, elle allait connaître le grand honneur ; elle allait ne faire qu’un avec le prophète. Lena ne comprenait pas vraiment ce que ça voulait dire, d’autant que les divagations de sa mère ne répondaient pas vraiment à ses questions. Mais quand Lena sentit pour la première fois cette surprenante explosion de plaisir lui chauffer le ventre, elle comprit que « l’extase que lui apporterait le prophète » avait certainement un rapport avec ça. Et sûrement avec le truc qui pendait entre les jambes des bébés dont Lena s’était déjà occupée, et qui devait forcément être toujours là entre celles des hommes adultes. En moins mignon, sûrement. Elle soupçonnait même celui du prophète d’être particulièrement moche et écoeurant.

Quelques semaines plus tôt, alors qu’elle jouait à cache-cache dans le village avec ses amies, elle avait aussi écouté une conversation bizarre entre deux hommes, planquée dans un buisson, accroupie entre les branchages. Ils utilisaient des mots et expressions qu’elle n’avait jamais entendus (« J’lui ai fourré ma bite bien profond, t’aurais dû voir ça ! », par exemple : elle s’en souvenait bien de celle-là), mais surtout, elle avait été troublée, choquée par la façon dont ils parlaient. Ça lui rappelait l’intonation que prenait sa mère quand elle se moquait d’elle, après une avoinée. Dédaigneux, hautains, les « Tu l’as pas volée, celle-là, sale merdeuse» et autres « Ah ah ! Qu’est-ce que je t’ai mis, petite conne !» de sa mère sonnaient de la même façon. Et logiquement, ça lui avait fichu une peur bleue, au point où elle avait perdu son équilibre et s’était étalée dans le buisson. Les bruissements et craquements avaient bien sûr attiré l’attention des deux hommes qui ne la quittèrent pas des yeux lorsqu’elle s’extirpa difficilement du buisson, honteuse et un peu terrifiée, aussi.

— Hé, mais c’est la gamine de Chantal, ça ! Alors, petite, on espionne les grands ? On s’informe ?


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