Excerpt for Chroniques de Galadria II - Rencontres by David Gay-Perret, available in its entirety at Smashwords

Chroniques de Galadria II - Rencontres


By David Gay-Perret


Copyright 2011 David Gay-Perret


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Table des matières


Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

Chapitre 9

Chapitre 10

Chapitre 11

Chapitre 12

Chapitre 13

Chapitre 14

Chapitre 15

Chapitre 16

Chapitre 17

Chapitre 18

Chapitre 19

Chapitre 20

Chapitre 21

Chapitre 22

Chapitre 23

Chapitre 24

Chapitre 25

Chapitre 26

Chapitre 27

Chapitre 28

Chapitre 29

Chapitre 30

Chapitre 31

Chapitre 32

Chapitre 33

Chapitre 34

Chapitre 35

Carte






A tous ceux qui savent encore aimer…

Chapitre 1

DEPUIS combien de temps marchait-il ? Glaide n’en avait aucune idée. Shinozuka, et même la colline, avaient disparu de son champ de vision depuis bien longtemps. Il ne pensait pas, ne réfléchissait pas : il regardait tantôt le sol, tantôt devant lui… Il savait pertinemment qu’il n’était pas en état d’émettre un jugement objectif sur ce qu’il était en train de faire, et préférait donc avancer.

L’horizon se teinta soudain de rose. Au loin, l’adolescent pouvait distinguer des montagnes, et derrière celles-ci surgit le soleil, boule de feu d’un rouge éclatant…

« L’aube, murmura-t-il. Déjà… »

Ses lèvres étaient engourdies à force d’être restées serrées. La fatigue des kilomètres parcourus s’éveilla tout à coup et l’obligea à s’asseoir. Ses pensées commençaient à ressurgir, confuses, brouillées. Il ne chercha pas à les remettre en ordre : il resta simplement là, à contempler ce que lui offrait la nature. En son for intérieur, il souhaita que ce moment ne s’arrêtât jamais… Cet instant de sérénité ne devait pas laisser place au gouffre de doutes et d’incertitudes qui le menaçait…

Il entendit soudain des bruits : des grognements, des coups : on se battait à proximité, c’était certain. Le terrain était vallonné et l’adolescent n’avait pas remarqué qu’il n’était pas seul. Il avait pourtant pris soin d’éviter les routes… Il chercha l’origine de ces sons, intrigué.

Il grimpa sur une petite butte et s’allongea au sommet pour se cacher dans l’herbe. Il rampa, doucement, en direction de la bataille. Le monticule ne devait pas mesurer plus de trois mètres de hauteur et le garçon put, une fois l’extrémité atteinte, voir de quoi il retournait : un homme plutôt âgé se tenait en contrebas, entouré par une dizaine d’orques et deux ou trois autres créatures plus petites et moins musclées que Glaide jugea être des gobelins. A terre gisaient déjà cinq de leurs corps, tailladés de multiples coups d’épée… Le jeune homme était surpris : il semblait que les monstres s’étaient attaqués à plus fort qu’eux…

Ceux-ci lancèrent alors l’assaut à l’unisson. En un éclair, l’homme envoya son arme dans les airs et sauta par dessus un gobelin de manière à ne pas se faire encercler. Il récupéra la lame et, sans se retourner, la planta dans le petit corps de l’un de ses agresseurs. Il renvoya aussitôt l’épée au dessus de lui pour esquiver des attaques lentes et mal assurées.

Quelques instants plus tard, elle retomba dans sa main, et il entreprit de la faire passer alternativement dans son dos puis devant lui, criblant ainsi trois orques de multiples entailles. Mais elles étaient peu profondes et il en fallait plus pour arrêter ces machines à tuer. L’homme semblait le savoir pourtant, au lieu de continuer à taillader les trois blessés, il s’en prit aux autres. De la même manière son arme virevoltait, et lui esquivait et tranchait.

Glaide était néanmoins perplexe : de toute évidence la technique ne fonctionnait pas puisque les assaillants n’étaient pas morts, et cela faisait maintenant plus de dix minutes que l’affrontement avait commencé… « S’il continue à faire durer, songea l’adolescent, il va s’épuiser : il n’est plus tout jeune… ». Il fit apparaître son arme : un peu d’action lui ferait sans doute du bien.

Mais son intervention ne fut pas nécessaire : le vieil homme, après avoir distribué des coups sur tous ses adversaires et les avoir tous grièvement blessés, leur porta quelques attaques mortelles, rapides et précises. Les corps s’effondrèrent presque tous en même temps, couverts d’entailles. L’inconnu rengaina, jeta un regard alentour, récupéra son sac et reprit la route, laissant derrière lui un petit champ de bataille et dix-huit cadavres… Il ne paraissait pas fatigué le moins du monde, et seule une petite goutte de sueur qui scintillait sur son front indiquait qu’il venait de combattre. Il disparut rapidement à l’horizon.

Glaide resta caché. Il ne souhaitait pas parler avec cet homme. Non, il ne souhaitait pas parler avec le maître du style Murockaï… L’adolescent avait immédiatement reconnu la manière aérienne de combattre qui caractérisait cette école, ainsi que l’épée que maniait l’homme, très proche par sa forme de celle de Jérémy… En outre, Gryth avait affirmé que son maître reviendrait sous peu. Et bien en effet : il était en route…

Le jeune homme se retourna de manière à faire face au ciel. Le soleil s’était levé, il devait bientôt être sept ou huit heures… Tout était calme autour de lui, il n’y avait aucun danger. Son esprit le réclamait depuis un moment : il était temps de se mettre au point avec soi-même…

Le regard toujours plongé dans l’immensité bleutée, Glaide laissa ses pensées affluer. Tout d’abord imprécises, elles commencèrent petit à petit à s’ordonner. Tour à tour, le garçon ressentit du désespoir, de la joie, de la peine, de la culpabilité… Des sentiments contraires se partageaient son cœur. Il dut se forcer au calme pour analyser la situation de manière objective, et pour ce faire il parla tout haut :

« Je m’appelle Glaide. Je suis arrivé sur Galadria car Emily et Gwenn ont été annoncées par le Livre du Crépuscule Infini. Jérémy est le Protecteur de Gwenn et je suis celui d’Emily et en tant que tel… »

Sa voix resta bloquée dans sa gorge, mais il se força à continuer :

« Et en tant que tel je me dois de toujours rester auprès d’elle, et ne jamais l’abandonner sauf si cela peut la protéger… »

Immédiatement, son esprit fut envahi par le désir de se justifier, et il fut submergé de raisons plus ou moins valables expliquant son départ. Il les fit cependant taire et continua à monologuer :

« Nous possédons une épée et nous devons apprendre à nous en servir. Pour cela il existe des écoles créées par Novak le Libérateur. Jérémy apprend le style Murockaï et moi je… »

Les certitudes de Glaide s’arrêtaient là : maintenant commençait le doute…

« Je n’apprends rien pour le moment. Je cherche le maître du style Iretane qui pourra m’enseigner son savoir. Mon but est de maîtriser cette technique pour protéger ma Magg et mes amis. Je partirai donc à leur recherche une fois cette nouvelle force acquise. »

Le jeune homme avait défini son but. Il se calma. Son souffle se fit plus régulier : oui, maintenant il savait quoi faire. Pourtant une petite voix au fond de lui disait que ce ne serait pas aussi facile… Il choisit de l’écouter et reprit à voix haute :

« Toutefois cet homme peut se trouver n’importe où sur les Terres Connues. Il a été vu pour la dernière fois à Shinozuka, il y a deux ans. Je ne connais pas ses goûts et je ne sais donc pas quels endroits il préfère. »

A ces mots, Glaide sentit la colère le gagner.

« Mais alors où chercher ! » Cria-t-il.

Il se mit sur son séant, énervé.

« Ce gars peut être n’importe où ! S’emporta-t-il. Qu’est-ce que je fais là, à poursuivre une chimère ? Raaa, calme-toi Glaide, calme-toi… »

Il se rallongea, le souffle court. Bientôt pourtant, son visage s’illumina d’un sourire : le désespoir l’avait abandonné ! Cette soudaine colère l’avait ranimé. Il se sentait plein de courage : l’homme pouvait effectivement être n’importe où, mais il avait Galadria devant lui ! Il n’avait pas besoin de chercher : il suffisait d’aller où bon lui semblait, et de demander quelques informations dans les tavernes qu’il ne manquerait pas de visiter ! Mais alors par où commencer ? Glaide se souvint que Zorick avait mentionné les nains : selon lui, ce peuple vivait dans les montagnes à l’est.

« C’est ça…, chuchota le garçon. Je vais aller voir les nains ! En général ils sont du bon côté, je ne devrais pas avoir de problèmes ! »

Bien qu’il ne sût pas vraiment ce qu’il comptait dire à ce peuple, l’adolescent avait envie de voyager ! Il n’était pas parvenu à déterminer les vraies raisons de son départ, et ses amis commençaient déjà à lui manquer. En outre, il savait pertinemment que son maniement de l’épée laissait à désirer… Mais au diable les questions sans réponse et les fatalités : il allait devenir le Destructeur, et pour cela il devait certes savoir se battre, mais également connaître Galadria ! Sa décision était prise : il commencerait par essayer de trouver des nains, et éventuellement des elfes, tout en cherchant des informations sur le maître de l’école Iretane.

Glaide bondit sur ses jambes, empli d’une vigueur nouvelle : la journée promettait d’être belle, et il devait se mettre en route ! Mais cela faisait près de vingt-quatre heures qu’il n’avait pas fermé l’œil ! Il s’écroula donc de nouveau, vaincu par la fatigue. Le soleil continuait tranquillement à se lever, et aucun danger ne semblait le menacer : il décida de se reposer sur la petite butte qu’il n’avait pas quittée.

Le jeune homme se réveilla doucement, quelques heures plus tard. Il prit le temps de se remémorer les évènements récents, et s’assit. Il avait mal partout.

« Et bien, dormir à même le sol ce n’est pas terrible… J’ai plein de courbatures », se plaignit-il à voix haute.

Il se leva tout en songeant qu’il n’avait pas souvenir de telles douleurs lorsque lui et ses amis s’étaient reposés sur la route de Shinozuka. Peut-être l’excitation du voyage les leur avait-elle fait oublier ? Il se promit de résoudre ce problème au plus vite puis se mit en marche.

Tout en grignotant ses quelques provisions et en buvant l’eau d’une gourde, il rejoignit une route : il voulait atteindre une ville et marcher hors des sentiers était sans conteste le meilleur moyen d’errer sans fin ! Sa carte indiquait la présence de Morthiaz dans les environs. Il en prit la direction.

Tout en cheminant, il se rendit rapidement compte que les quelques rafales de vent qui soufflaient soulevaient la poussière du chemin : une cape de voyage était nécessaire. Cela lui ferait également un bon matelas ! Il décida donc de s’en procurer une dès que l’occasion se présenterait.

Le jeune homme avança une heure durant. Il sifflotait, chantonnait, monologuait pour peupler sa solitude. Mais les immensités qu’il traversait, si pleines de silence, finirent par le faire taire. Il contemplait le paysage qui s’offrait à lui, et admirait à chaque instant les jeux de lumière des rayons dorés sur les herbes hautes, les ombres dansantes des arbres qu’il croisait… Mais ce spectacle ne pouvait remplacer une véritable conversation, et la solitude commença à lui peser.

Depuis le début, l’adolescent savait que voyager seul serait éprouvant et pour le corps et pour le moral, mais il avait tout de même choisi d’essayer. Il ne s’était pas trompé : ne discuter qu’avec son esprit et n’avoir pour interlocuteur que le vent pouvait paraître poétique, mais c’était surtout exaspérant au bout de quelques heures !

Il décida donc, à l’avenir, de voyager le plus souvent possible en compagnie d’autres hommes ou femmes, même si cela l’obligeait certaines fois à changer quelque peu son itinéraire ou à marcher plus lentement : il n’était pas pressé, personne ne l’attendait ! Ou plutôt si, on l’attendait, mais il avait plusieurs mois devant lui, voire plusieurs années…





Chapitre 2

GLAIDE atteignit Morthiaz en fin d’après-midi. Il arriva par une route détournée : la ville était plutôt grosse, certainement grâce à la proximité de la capitale, et la route principale était encombrée de monde. « Que font mes amis en ce moment ? Sont-ils à ma recherche ? Aurais-je une chance de les croiser ici ? » Se demanda-t-il. Au fond de lui peu lui importait : s’il les rencontrait, il repartirait avec eux, sinon il continuerait son périple. Mais le jeune homme ne croisa aucune connaissance dans cette cité.

Il choisit de s’attarder sur la place du marché : les cris des marchands, les négociations et toute la vie qui se dégageait de cet endroit lui faisaient du bien ! Il croisa plusieurs fois des Maggs et leurs Protecteurs : souvent des hommes et des femmes d’une trentaine d’années. Certains étaient plus vieux. Il se garda bien de faire apparaître son épée : si on le reconnaissait comme Protecteur et qu’on lui posait des questions, il serait bien embarrassé pour expliquer où était sa Magg !

Les étals étaient encombrés de marchandises diverses : armes ici, épices là… et toujours les rugissements des vendeurs qui vantaient les qualités de tel ou tel produit ! Glaide sourit. Il se mit à la recherche d’une cape : il en voulait une lui tombant jusqu’aux pieds, simple et peu chère.

Il trouva son bonheur chez un marchand discret, installé un peu en retrait des autres. Il vendait quelques colliers et autres breloques sans importance. Mais au milieu de ce bric-à-brac inutile se trouvait une magnifique pièce de tissu marron…

La cape paraissait immense. L’adolescent s’approcha et l’homme leva les yeux vers lui. A cet instant son regard s’illumina. Il était vieux et avait la peau foncée. Une barbe de quelques jours, blanche, lui mangeait le visage. Ses sourcils broussailleux se soulevèrent lorsque Glaide lui demanda s’il pouvait voir à quoi ressemblait le vêtement une fois déplié. L’inconnu se leva, lentement, et saisit la marchandise. Il laissa le tissu se déplier entièrement.

Le jeune homme contempla un instant la cape sans un mot. Elle était on ne peut plus simple : le tissu était épais et pouvait offrir une bonne protection contre le froid, qui ne semblait pourtant pas exister ici, et contre la poussière. Le marchand tendit l’article à Glaide, en l’encourageant à l’essayer.

Le garçon enfila donc le vêtement et constata que la taille était parfaite ! En fait, la cape couvrait l’avant et l’arrière de son porteur, ne laissant qu’une ouverture sur la gauche pour permettre de saisir son épée. Mais il était tout à fait possible de rabattre les pans sur son dos, pour combattre par exemple.

Il y avait également de nombreux replis sur le haut, près de la tête, qui permettaient de protéger la bouche du jeune homme. Ce dernier se sentit immédiatement bien, emmitouflé dans cette cape ! Il demanda quel était le prix, mais l’homme, un sourire mystérieux sur les lèvres, la lui offrit. Il ajouta que c’était pour lui un honneur d’apporter son aide au Destructeur…

« Qu… Quoi ? Balbutia le garçon. Comment m’avez-vous appelé ? »

Mais son interlocuteur ne répondit pas et garda son sourire bienveillant aux lèvres.

« Qui êtes-vous ? » Chuchota le jeune homme.

Pendant un instant une idée folle lui traversa l’esprit : était-il en face de celui qu’il cherchait ? Mais il chassa cette idée : non, cet individu n’était qu’un marchand. Il posa tout de même une question :

« Connaissez-vous le maître de l’école Iretane ? Avez-vous un quelconque lien avec lui ? Je vous en prie répondez-moi ! J’ai besoin d’aide…

- Ma contribution à ton avènement est terminée. Continue ta route, et puissent les derniers serviteurs d’Aras te guider… »

L’inconnu avait prononcé le nom du dieu des hommes, mais Glaide vit bien qu’il était inutile de s’attarder ici. Il marmonna quelques mots de remerciements pour le cadeau, et s’éloigna, sa nouvelle cape volant au vent.

Il ne chercha pas à savoir qui était le marchand, ni même à décrypter le sens de ses paroles : il avait un allié, et cela lui suffisait. Le roi le lui avait dit : nul ne connaissait le véritable sens du mot Destructeur… En revanche tous lui connaissaient un synonyme : espoir…

Oui, il allait devenir cet espoir, mais d’abord il avait beaucoup à faire, et pour commencer il fallait trouver un convoi ou un groupe de gens se dirigeant vers les montagnes. Le garçon découvrit une autre petite ville sur sa route, indiquée sur sa carte : il y avait donc de fortes chances pour que quelqu’un se rende là-bas !

Ses recherches furent pourtant vaines : lorsqu’il rejoignit une auberge, le soir venu, il n’avait toujours pas de compagnon de voyage. Il était abattu, d’autant plus qu’il avait réalisé que voyager seul comportait un autre inconvénient : celui des tours de garde.

En effet, il ne pouvait assurer une surveillance durant toute la nuit, et lors de son sommeil il était à la merci de n’importe quel adversaire… Il savait pertinemment qu’une armée pourrait passer à côté de lui sans qu’il ne la remarque ! Il n’avait donc pas le choix : à l’avenir il lui faudrait obligatoirement trouver un lieu sûr avant d’envisager un quelconque repos. Et s’imaginer en train de dormir en haut d’une branche ne le réjouissait guère…

Mais pour l’heure, il avait à disposition un confortable matelas, et il se surprit à apprécier ce luxe, qui se ferait certainement rare d’ici peu.

Le matin arriva et, toujours renfrogné à l’idée de ne pas avoir de compagnon de voyage, Glaide se rendit jusqu’à l’entrée de la ville pour continuer son périple vers les montagnes. Il restait cependant une lueur d’espoir : peut-être croiserait-il quelqu’un sur la route ?

Son vœu fut exaucé : à peine avait-il parcouru quelques centaines de mètres, qu’il entendit des cris dans son dos :

« Hé ! Toi là-bas ! Avec la grande cape, attends ! »

L’adolescent fit volte-face : un homme s’époumonait au loin, un index pointé dans sa direction. Il était jeune, tout juste vingt-cinq ans. A ses côtés se tenait une femme qui devait avoir plus ou moins le même âge. Elle aussi s’adressait à lui :

« Oui, toi ! Attends-nous s’il te plait ! »

Glaide resta sur place. Il était certes surpris, mais il espérait surtout que ces gens allaient l’accompagner ! Et puis il se doutait qu’il avait à faire à un Protecteur et sa magicienne blanche, aussi était-il confiant.

Les deux individus se plantèrent devant le jeune homme, le visage rouge d’avoir trop couru.

« Nous t’avons cherché dans toute la ville ! Et bien, on peut dire que tu marches vite ! S’exclama l’homme en donnant une tape amicale sur l’épaule de son interlocuteur. Je m’appelle Tyv, Protecteur, et voici Paeh.

- Enchanté, je suis Glaide.

- Un vieil homme sur le marché nous a dit t’avoir vendu une grande cape. Il nous a donné ta description, expliqua la dénommée Paeh. C’est comme ça que nous t’avons trouvé ! »

L’adolescent sourit. « Décidément, songea-t-il, je ne suis pas aussi seul et aussi discret que je le pensais ! »

« Nous sommes là pour t’accompagner jusqu’à la prochaine cité, reprit Tyv. Si cela te convient naturellement.

- Et bien j’accepte avec plaisir ! S’enthousiasma le garçon. Mais…

- Alors en route ! Coupa l’homme. Nous discuterons sur la route ! »

La troupe se remit en marche. Glaide était heureux d’être accompagné, et il se sentait en sécurité. Il laissa passer quelques minutes… avant de commencer à poser ses questions !

« Alors, d’où venez-vous ?

- D’une petite ville, au sud, lui répondit la jeune femme. Adrish, tu connais ?

- Euh… oui oui, balbutia le jeune homme. Oui, j’y suis passé une fois mais je n’ai pas eu le temps de visiter. »

Adrish était proche de Rackk : il s’agissait d’être prudent et de ne pas dire un mot de travers…

« Et dites-moi, reprit-il, comment se fait-il que ce marchand vous ait parlé de moi ?

- En fait, pour être tout à fait franche, c’est nous qui lui avons demandé à qui il avait vendu la cape.

- Vous le connaissiez ?

- Disons que… nous œuvrons dans un même but : aider le Destructeur… »

Glaide s’arrêta immédiatement et son visage devint plus dur. Il oublia un instant à qui il avait à faire et fit apparaître son arme. Peu lui importait que l’on sache qu’il n’était pas avec sa Magg : ces gens lui parlaient à nouveau du Destructeur, or mis à part le roi seul Baras était au courant…

« Attends attends, calme-toi, dit l’homme. Nous sommes avec toi : elle vient de te le dire.

- Qui êtes-vous ? Demanda l’adolescent d’un ton cassant. Qui êtes-vous, vous deux et ce vendeur ? Que cherchez-vous ? Pourquoi m’appelez-vous Destructeur ?

- Mais, parce que tu es le Destructeur ! S’exclama Tyv.

- Personne ne sait ce qu’est le Destructeur ! Comment pouvez-vous être certains que c’est moi ?

- Bonne question, concéda-t-il. Il est vrai que l’on ne connaît pas les caractéristiques du Destructeur, mais tu es recherché et Baras semble penser que tu es plus qu’un simple humain, je me trompe ? Ecoute, nous sommes de ton côté. Si tout le monde savait qui tu es alors crois-moi : tu ne serais pas seul comme en ce moment même. »

L’adolescent considéra un moment les deux personnes qui lui faisaient face, puis il se décida à se calmer. De toute façon il n’aurait aucune chance en combat. Et puis, tous ceux qui le traitaient de Destructeur n’étaient pas forcement du côté des méchants !

« Bon, dit-il, je dois admettre que nous sommes ensemble. Mais comment savez-vous tout cela ? Comment savez vous que l’on veut me tuer, que je suis sensé être le Destructeur ?

- Pour ce qui est de ta mise à mort, sache que beaucoup de gens sont au courant : il y a eu de nombreuses agressions depuis deux mois, et d’innombrables monstres ont interrogé hommes et femmes à propos de quelqu’un comme toi.

- Alors je suis connu…

- Plus que tu ne peux l’imaginer ! Lui répondit Paeh.

- Et est-ce que l’on vous a envoyés pour… me protéger ?

- Pas exactement…, soupira Tyv. En fait, nous voulions te rencontrer ! Le hasard a voulu que nos chemins se croisent ici. Mais nous ne pouvons voyager avec toi éternellement : à la prochaine ville nous redescendons dans le sud. Et toi, que comptes-tu faire ?

- J’aimerais rencontrer des nains, dans les montagnes là-bas…

- Des nains ! Mmm, on peut dire que tu es audacieux ! Tu n’en as jamais croisé ?

- Non, jamais. Et je souhaiterais voir à quoi ils ressemblent et si ce que l’on dit d’eux est justifié. »

« Ou du moins ce que j’ai lu d’eux… », ajouta Glaide pour lui-même.

« De petits guerriers, lents, mais plus solides et plus résistants que n’importe quelle muraille ! Intéressant… Cependant, je me pose une question : tu es un Protecteur avant tout, alors où est ta Magg ?

- Ah, euh, oui… ma Magg… Pour tout dire elle est à Shinozuka, avec deux amis. »

En voyant ses compagnons ouvrir la bouche, le garçon s’empressa d’ajouter :

« Ecoutez : si elle n’est plus avec moi, c’est pour sa sécurité. Je suis poursuivi ne l’oubliez pas ! Et puis… je serais de toute façon incapable de la défendre. Ni elle, ni mes amis… »

Une profonde tristesse se lisait dans les yeux de l’adolescent. Paeh prit la parole :

« En ce qui me concerne, si ta Magg n’est plus là c’est que tu dois avoir de bonnes raisons. Mais je dois avouer que je suis intriguée : qu’entends-tu par être incapable de la défendre ? N’es-tu pas un Protecteur, un guerrier né ? N’es-tu pas disciple dans une école ?

- Non… Je ne suis rien de tout cela. Chacun a ses secrets, et il n’est pas encore temps que je vous livre les miens, mais disons que je ne maîtrise aucune école et que je ne suis pas un guerrier… En réalité je recherche quelqu’un : le maître de la technique Iretane. J’avais com… »

Glaide se mordit la langue : il avait failli expliquer qu’il avait débuté son entraînement a Rackk ! Il se reprit vite et ne laissa rien transparaître de son trouble :

« J’avais commencé à demander quelques informations de ci de là, mais j’ai vite réalisé que le dernier maître enseignant cette école était caché, quelque part sur les Terres Connues…

- Il paraît oui, fit rêveusement Tyv. Et pour en revenir aux nains : que souhaites-tu leur demander ?

- Mmm, je ne sais pas… Pour être sincère, je dirais que je n’ai rien de bien particulier à leur dire. J’aimerais simplement les rencontrer ! »

Mais ce n’était là qu’une partie de la vérité : en réalité, le fait que les elfes et les nains soient si éloignés du monde intriguait le jeune homme. Il souhaitait plus que tout voir les routes parcourues par d’innombrables races ! Mais comment convaincre ces puissants guerriers de sortir de leur tanière, telle était la question… Glaide avait cependant une idée : si les choses continuaient ainsi, et s’il ne se faisait pas tuer d’ici là, une bataille rangée semblait inévitable. Ce serait alors l’occasion de rallier tous les peuples !

Le garçon ignorait dans combien de temps aurait lieu cette guerre, et même si elle aurait vraiment lieu, mais puisqu’il était désœuvré il voulait tenter de rendre service aux nains de manière à ce que ceux-ci aient une dette envers lui. Il lui suffirait ensuite de demander à ce qu’ils rejoignent les rangs des Hommes, le moment venu !

Ce plan n’était certes pas très moral, et l’adolescent savait que rendre un service avec les maigres compétences qui étaient les siennes était quasiment impossible, mais il avait besoin d’un but et d’une raison d’avancer.

A l’issue de la discussion, le silence s’installa. Glaide remarqua pourtant que la jeune femme regardait son compagnon avec insistance. Visiblement elle attendait qu’il dise quelque chose. Mais celui-ci n’avait rien remarqué et continuait à fixer l’horizon. Elle s’éclaircit bruyamment la gorge. Tyv ne réagit pas. Elle prit la parole :

« Et dis-moi Glaide, tu dois savoir tout de même manier ton épée, un minimum ?

- Oui oui, bien sûr, mais vraiment le minimum…

- Bien ! Et tu sais que de nombreux ennemis parcourent toutes ces routes : un voyageur doit toujours être prêt à défendre sa vie.

- Oui, bien entendu. »

Le garçon ne voyait pas où elle voulait en venir.

« Mais il est vrai qu’utiliser souvent son arme abîme les mains

- Euh oui… Je suppose.

- N’est-ce pas Tyv, qu’utiliser régulièrement une épée abîme les mains ? »

L’intéressé, qui s’était tu jusque là, sembla soudain sortir de sa rêverie et s’exclama :

« Exacte ! Et justement : nous avons un cadeau pour toi ! Heureusement que j’y pense !

- Tu parles, heureusement que je suis là oui… », grommela Paeh.

Glaide pouffa.

« Voilà », reprit Tyv.

Et il sortit de son sac une magnifique paire de mitaines noires qu’il tendit au jeune homme avec un grand sourire. Ce dernier était enchanté : parmi tout l’équipement qu’il avait acheté, il avait oublié de demander ces gants ! Tout comme les brassards en cuir qu’il portait, il adorait ces pièces de tissu !

« Mais je… je ne peux pas, bredouilla-t-il. Je…

- Pas de discussion : c’est un cadeau en souvenir de notre rencontre ! Garde-les précieusement. Qui sait : peut-être serons-nous amenés à nous revoir, et si ce moment vient j’aimerais bien te voir porter ces gants !

- Euh… et bien merci ! Merci beaucoup ! »

Et Glaide enfila prestement les mitaines qu’on lui tendait. Il voulut les essayer immédiatement et dégaina : après avoir fait tournoyer un moment sa lame, il réalisa combien c’était confortable ! Il n’y avait jamais prêté attention, mais ses mains s’étaient effectivement abîmées avec la pratique de l’épée, et il était vrai qu’avoir des gants réduisait considérablement la douleur qui apparaissait inévitablement lors d’une utilisation prolongée de sa lame.

Ses compagnons eurent un sourire bienveillant en le voyant gesticuler : tout comme lorsqu’il avait récupéré ses habits, il était tout excité !

Cependant sa joie fut de courte durée : alors qu’ils approchaient d’un monticule de rochers ressemblant à des sculptures d’un autre âge, une quinzaine d’orques en surgirent ! Visiblement ils avaient tendu une embuscade… Ils étaient grands, bien armés et bien protégés.

« Des orques noirs ! Hurla Glaide le visage blême. Attention ! Ils sont très dangereux et très nombreux ! »

Il se mit en garde. Paeh tendit la main vers lui et il fut instantanément couvert par la protection bleutée. Cela le rassura, mais il ne parvenait pas à chasser de son esprit sa dernière rencontre avec ces monstres, qui s’était avérée désastreuse…

« Ne bouge pas Glaide, lui dit Tyv. Et regarde bien… Paeh tu es prête ?

- Quand tu veux ! »

La jeune femme, dont le bras droit était toujours tendu en direction de l’adolescent, utilisa sa main gauche pour toucher la lame de l’épée de son Protecteur. C’est seulement à cet instant que Glaide remarqua qu’elle avait une forme semblable à la sienne… A peine les doigts effleurèrent-ils le métal que celui-ci devint blanc, brillant, presque aveuglant… Aucun souffle de vent ne se fit sentir, contrairement aux ouragans qui accompagnaient la magie d’Emily et Gwenn.

« C’est quoi ça ? » Chuchota le garçon, toujours à l’abri derrière le mur de lumière bleu.

L’homme fit face à ses ennemis, qui n’avaient par ailleurs pas bronché. Ils ne perdirent pas de temps en cris et hurlements divers, et chargèrent. Tyv adopta une position de garde haute : il leva son épée à hauteur de l’œil et recula son pied droit pour prendre appui dessus. Cette position rappelait furieusement à Glaide la position qu’avait adoptée Uzière, défunt maître de l’école Iretane…





Chapitre 3

LA bataille allait se dérouler à un contre quinze, pourtant Tyv souriait. Les premières créatures furent sur lui : il esquiva les coups qu’elles portèrent et contre-attaqua rapidement. Sa lame transperçait les armures sans effort, et les blessures qu’elle infligeait étaient mortelles : on l’aurait dite enduite d’un poison particulièrement violent… Trois corps s’écroulèrent. D’un geste de la main, la Magg envoya au loin deux orques qui avaient contourné le Protecteur. « De la télékinésie… », songea Glaide abasourdi.

Tyv parait les coups de ses adversaires sans difficulté alors que ceux-ci devaient mesurer une tête de plus que lui et possédaient des muscles deux fois plus gros que les siens ! Qui plus est, il avait une technique assez étrange : il bloquait une attaque venant d’un ennemi placé devant lui, puis tuait un adversaire situé derrière, avant que celui-ci n’ait le temps d’effectuer une attaque.

Le Protecteur utilisait aussi beaucoup l’esquive : il ne cessait de se déplacer pour placer ses attaques. Les lames le frôlaient, mais il semblait totalement maîtriser la situation. « En tout cas ça a le mérite d’être efficace : il ne reste déjà plus que six orques, et aucun d’eux n’arrive à s’approcher de moi, songea le jeune homme. Tyv forme une véritable barrière ! »

Paeh intervint à plusieurs reprises pour envoyer valser quelques adversaires. Les attaques du Protecteur paraissaient simples, contrairement à l’école Murockaï, mais chacune était empreinte d’une précision et d’une violence mortelles.

Il ne resta bientôt plus qu’un seul orque. Tyv fit un pas de côté et esquiva l’attaque, puis décapita sa victime. Paeh retira ensuite la protection.

Glaide était encore en garde, bouche bée.

« Incroyable… », souffla-t-il.

« Les orques noirs paraissaient si forts lorsque Baras nous les a envoyés… Et là, à quinze contre un, ils n’ont même pas tenu dix minutes ! » Pensa le jeune homme avec admiration.

« Alors Glaide, qu’en dis-tu ? S’exclama Tyv. Sympathiques ces orques noirs, non ?

- C’est… impressionnant ! Tu es très fort ! Et toi aussi Paeh ! Maintenir cette protection sur moi tout en soulevant ces créatures comme des plumes… Et cette magie sur la lame, cette lumière, qu’est-ce que c’était ? Ça avait l’air extrêmement meurtrier !

- C’était de la lumière pure, lui répondit la jeune femme. De la magie blanche à l’état le plus naturel qui existe. Pour ces monstres, créatures issues des ténèbres les plus profondes, c’est pire que le plus violent des poisons. Chaque blessure, aussi infime soit-elle, entraîne la mort. Bien sûr, sur des ennemis plus massifs tels que des minotaures ou même les chimères, il faut un peu plus qu’une simple entaille. Mais cela nous donne tout de même une puissance considérable !

- Je vois, oui », acquiesça le garçon.

Son cerveau fonctionnait à toute vitesse : le couple venait d’utiliser la magie blanche à travers une lame… Tout ce que le jeune homme avait appris sur les éorens lui revint en mémoire : il était possible de les associer à des armes lui avait dit l’armurier. Plusieurs décennies auparavant, il suffisait même d’avoir avec soi un magicien pour que celui-ci invoque directement le flux dans la lame. Aujourd’hui cependant, seules quelques anciennes reliques avaient encore ce pouvoir.

Le marchand avait ajouté que les lames des Protecteurs n’acceptaient ni éorens ni flux, en revanche il était théoriquement possible d’y insuffler de la magie blanche… Et c’était visiblement ce qui venait de se produire !

Le cœur de l’adolescent accéléra : il se souvenait très nettement qu’on lui avait dit qu’il n’existait pas d’éoren de magie blanche, et que les seules personnes capables de l’employer à travers une épée étaient les disciples utilisant le style Iretane…

Glaide ne savait plus quoi dire, son cœur battait à tout rompre. Il dut accepter une idée qu’il n’avait jamais osé imaginer : il se trouvait en présence d’un homme qui connaissait l’école Iretane… Il bredouilla des paroles incompréhensibles, et posa enfin la question qui lui brûlait les lèvres, d’une voix rendue forte par l’excitation et la nervosité :

« Tyv, est-ce que…

- Mmm ?

- Est-ce que… tu utilises la technique Iretane ? »

Son interlocuteur sourit et hocha la tête, affirmatif.

« Mais ça veut dire que… tout ce temps, quand je vous parlais de l’école, vous saviez déjà tout ? S’exclama l’adolescent.

- Et oui ! Lui répondit la jeune femme amusée.

- C’est fantastique ! Alors vous devez savoir où réside le maître qui l’enseigne !

- J’ai appris cette technique à Rackk, auprès d’Uzière que tu as certainement rencontré, l’informa Tyv.

- Effectivement, j’ai été son élève pendant une semaine, après quoi…

- Après quoi la ville fut détruite, nous savons cela. Tous ceux qui connaissent l’école Iretane connaissent Rackk.

- En ce cas savez-vous où je peux trouver le dernier maître de cette école ? » Demanda l’adolescent plein d’espoir.

Mais ses amis levèrent les bras en signe d’impuissance.

« Désolé… Nous avons quitté Rackk il y a quelques temps déjà, car le style Iretane est avant tout une technique que l’on doit pratiquer en conditions réelles. Nous voyageons donc et je m’entraîne régulièrement face à de véritables ennemis. Nous avons appris qu’il ne restait que des ruines de cette cité de la bouche du marchand qui t’a donné cette cape, et c’est également lui qui nous a raconté comment cette tragédie s’est produite…

- C’est donc pour cela que vous le connaissez… Est-il un rescapé de Rackk ?

- Non, mais je suppose qu’il devait connaître quelques personnes là-bas. Elles lui auront certainement parlé de votre arrivée, et lorsque l’on sait que Baras cherche à se débarrasser de toi, deviner ce qui s’est produit ensuite n’est pas vraiment compliqué… »

Glaide poussa un profond soupir.

« Et moi je ne sais toujours pas où aller…

« Hé, ne te décourage pas ! Lança Tyv. Regarde : tu as déjà eu de la chance en nous croisant ! Rencontrer un disciple de l’école Iretane est plutôt rare, et je suis certain que la chance te sourira encore !

- Mmm… », fit l’adolescent d’un air absent.

Il était extrêmement déçu de ne toujours pas savoir où chercher. Cependant, lorsque le groupe reprit la route, il s’empressa de bombarder ses compagnons d’innombrables questions ! Il apprit ainsi qu’insuffler de la magie dans une arme n’avait rien de bien compliqué en soi. Toutefois cela nécessitait beaucoup d’entraînement car il fallait que la Magg et le Protecteur parviennent à unir leurs pensées et leurs sentiments…

Le concept restait obscure et Glaide n’avait pas vraiment envie d’entrer dans les détails : après tout sa Magg n’était pas à ses côtés… Cependant il garda une chose à l’esprit : employer la magie blanche à travers une arme était bel et bien possible.

Le groupe poursuivit sa route. Ils croisèrent de nombreux voyageurs, mais peu suivaient le même chemin qu’eux. Yzur, leur destination, ne paraissait pas très fréquentée…

Glaide insista pour apprendre quelques techniques, mais Tyv refusa de lui enseigner quoi que ce soit. L’adolescent eut tout juste le droit de comparer son épée à celle de son ami. On les aurait dites jumelles : les mêmes proportions, la même largeur de lame… Le Protecteur était certain qu’elle avait été forgée pour apprendre la technique Iretane.

Les heures passèrent. Le silence s’était installé mais il était inutile de le rompre : les trois compagnons n’avaient pas besoin de parler pour communiquer. Le calme ambiant était empreint de sérénité et de paix, et non d’inquiétude comme celui qui avait accompagné Glaide jusqu’à son arrivée à Morthiaz. D’ailleurs, le jeune homme était tout à fait détendu : ses camarades lui avaient assuré que cette rencontre avec les orques noirs n’était due qu’au hasard et que cela n’avait rien à voir avec sa traque. Il avait choisi de les croire, et cela lui faisait du bien.

La journée s’acheva et ils montèrent un bivouac pour la nuit. Glaide souhaitait se rendre utile, et Paeh lui apprit à écouter son environnement pour trouver de l’eau. Le jeune homme s’étonna qu’il y ait des rivières alors qu’il ne pleuvait plus depuis longtemps, mais ajouta précipitamment, réalisant qu’il venait à nouveau de faire étalage de son ignorance, qu’il voyageait peu et n’utilisait que de l’eau contenue dans une gourde.

Lors du voyage jusqu’à Shinozuka, ses amis et lui avaient pu se réapprovisionner auprès des nombreuses personnes qu’ils avaient croisées ! La jeune femme éclata de rire et lui répondit simplement qu’il était des mystères sur ce monde que nul ne pouvait résoudre…

Ce soir là, Tyv se montra excellent cuisinier en préparant des pommes de terre, des haricots et d’autres légumes qu’il avait avec lui. Glaide, habituellement incapable de cuisiner correctement des pâtes et des steaks hachés, réussit une succulente côte de bœuf grillée ! Après ce festin, il insista pour prendre un tour de garde alors que ses compagnons l’exhortaient à se reposer toute la nuit.

La journée suivante se déroula plus ou moins comme la première : les trois compagnons discutaient de temps en temps, puis se laissaient aller à la contemplation des étendues qu’ils parcouraient.

L’adolescent remarqua qu’ils avançaient plus lentement qu’il ne l’avait fait avec ses amis. A cette époque, ils étaient pressés d’atteindre Shinozuka, mais maintenant, plus il y pensait et plus il se disait qu’il aurait aimé que ces moments durent pour l’éternité : atteindre Yzur signifiait quitter Tyv et Paeh et recommencer une errance solitaire pour une durée indéterminée… Car le jeune homme ne se faisait aucune d’illusion : rien qu’en regardant le peu de gens qui se rendaient à Yzur, il savait que personne n’irait au pied des montagnes qu’il souhaitait atteindre…

Un petit groupe de gobelins eut le malheur de croiser leur route et Tyv insista pour que Glaide prenne part au combat. La Magg invoqua la protection, par mesure de sécurité, et le jeune homme plongea au cœur de l’action ! Le Protecteur en profita pour lui donner deux ou trois conseils, notamment sur la manière d’aborder des ennemis armés de lances, comme c’était le cas.

Le garçon s’en sortit plutôt bien : aucune attaque ne percuta le mur bleuté ! Il avait cependant prit soin de ne pas se laisser encercler et avait toujours gardé ses adversaires dans son champ de vision. Contrairement à Tyv qui semblait avoir des yeux partout et voyait tout ce qui se produisait autour de lui, Glaide se concentrait sur un opposant à la fois.

Lorsqu’ils établirent un campement le soir venu, on calcula que la ville ne devait plus être qu’à quelques kilomètres : le groupe l’atteindrait demain, dans la matinée.



Glaide, Tyv et Paeh prirent leur temps le lendemain matin, avant de se mettre en route. Visiblement, le couple redoutait la séparation prochaine autant que l’adolescent. Mais il fallut partir, et deux heures plus tard les palissades en bois apparaissaient dans leur champ de vision.

La cité était bâtie sur une petite colline, et surplombait les bois et les forêts alentour. Elle n’était plus qu’a deux ou trois kilomètres, mais il fallut plus d’une heure au groupe pour la rejoindre, tant ils avançaient tranquillement ! Tout à coup, ils avaient d’innombrables choses à se dire…

Le jeune homme remarqua que les montagnes qu’il cherchait à atteindre étaient nettement plus proches. Instinctivement, il les compara à Fyth : la chaîne qui lui faisait face était moins haute, les pointes bien moins déchiquetées et menaçantes. Elle ne dégageait pas cette impression de puissance ni cette atmosphère malsaine qui avaient étouffé l’adolescent. « C’est étrange, songea-t-il, on dirait qu’elles sont habitées par une force bienfaitrice… Elles ne donnent pas l’impression de s’opposer à quelque chose où de lutter : elles sont justes en accord avec ce qui les entoure, avec la nature. ».

Plus il les regardait, et plus il se disait que chercher aux pieds de ces hauteurs ne serait pas un problème. Il se sentirait même protégé, comme couvert par ombre protectrice… « C’est tant mieux ! Songea-t-il. S’il faut que je reste des jours là-bas pour dénicher des nains, autant que ce soit dans la bonne humeur ! »

La compagnie pénétra dans la ville aux alentours de midi. Ils mangèrent ensemble et discutèrent encore un moment. Il semblait que Tyv et Paeh étaient bien décidés à rejoindre le sud. Cela faisait longtemps qu’ils arpentaient le nord, et ils souhaitaient revoir quelques connaissances. Ils commenceraient par le sud-est, puis rejoindraient Adrish et leur famille au sud-ouest pour quelques temps. Glaide leur promit qu’il essaierait de s’y rendre, dès qu’il aurait trouvé ce qu’il cherchait.

Tyv insista longuement sur le fait que les quelques créatures qu’ils avaient croisées étaient le lot de chaque voyageur, et que l’adolescent n’y était pour rien. D’après lui, Baras avait complètement perdu la trace de sa proie. « Au moins l’objectif premier de mon départ est-il un succès… », pensa le garçon amèrement.

Le trio arpenta un moment les rues de ce qui s’apparentait plus à un village qu’à une ville : il y avait peu de marchands à Yzur, les habitants survenant eux-mêmes à leurs besoins. On voyait de nombreuses fermes un peu partout. La cité était complètement enclavée, et on devinait sans peine que les voyageurs étaient rares.

D’ailleurs, mis à part quelqu’un d’aussi inconscient que Glaide, qui aurait eu l’idée de s’aventurer si près des limites des Terres Connues ? Et pour quoi faire ? Il n’y avait rien ici ! Les serviteurs de Baras eux-mêmes paraissaient se désintéresser de l’endroit ! Et le jeune homme souhaitait qu’il en restât ainsi, aussi ne voulut-il pas s’attarder dans cette tranquille bourgade de peur d’attirer les ennuis…

Paeh et Tyv louèrent des chevaux. Les adieux furent brefs. Bien que le cœur de chacun fut serré, on se contenta de très sobres : « Au revoir », « bonne chance » et autre « à bientôt ! ». Puis les montures partirent au galop dans un grand nuage de poussière, et Glaide resta seul.

Il contempla un instant ses amis qui s’éloignaient. Lui, d’habitude si émotif lors des séparations, se contenta de regarder dans le lointain d’un air absent. Il savait que retrouver Tyv et Paeh serait extrêmement difficile, et son cœur se serra. Pourtant il trouva la force de sourire tout en songeant que, peut-être, il était en train de s’endurcir…

Puis son regard se posa sur ses mitaines… Oui, il comptait bien les revoir, et leur montrer que leur cadeau lui avait été utile ! Il médita un instant sur la joie qu’il aurait en retrouvant les amis qu’il se faisait et qu’il perdait… Sa vie serait-elle comme cela pour toujours ? Courir à droite ou à gauche, à la recherche de chimères ? Croiser des gens fantastiques, pour ensuite les quitter ? Peut-être oui, peut-être…

Il rabattit sa longue cape de manière à se protéger la poitrine, et enfouit sa tête jusqu’au nez dans les replis de tissu. Puis il s’éloigna en marchant de plus en plus vite, en direction des montagnes.





Chapitre 4

YZUR disparut rapidement de sa vue. Glaide avançait toujours plus vite, arborant un grand sourire, alors que le soleil lui réchauffait le visage. Finalement, ce n’était pas si mal d’être seul de temps en temps !

Après quelques heures de marche le chemin, jusque là essentiellement terreux avec quelques touffes d’herbes de ci de là, commença à devenir caillouteux, et au bout de quelques nouveaux kilomètres, il n’y avait plus la moindre trace de terre ! L’impression de sécurité qui émanait des montagnes ne cessait quant à elle de s’accroître, si bien que plus l’adolescent s’en approchait, et plus il se sentait confiant. Mais le soleil déclinait déjà, et il lui serait impossible de dormir à proximité des pics rocheux le soir même.

Profitant des derniers rayons de lumière, il avisa un promontoire sur lequel il grimpa. Il s’installa en haut, face à l’unique passage permettant d’accéder à son refuge : une pente relativement abrupte qui nécessitait un peu d’escalade. De cette manière, à moins que son éventuel agresseur ne soit capable de sauter jusqu’à quatre mètres de haut, il serait obligé d’escalader la paroi et du même coup, de faire du bruit. « Bruit qui, je l’espère, songea Glaide, me réveillera ».

Il mangea rapidement. Les ombres alentour commençaient à l’inquiéter et il ne voulait pas paniquer, aussi se coucha-t-il immédiatement. La cape se révéla à la fois un excellent oreiller et une fidèle couverture !

Le jeune homme fut pourtant réveillé au milieu de la nuit. Le bruit ne venait pas de la pente, mais bien d’en dessous de lui. A moitié endormi, il s’approcha du bord de sa cachette en rampant le plus discrètement possible pour voir de quoi il retournait, et réprima un cri de surprise en découvrant une procession de créatures abominables occupées à défiler sous son promontoire…

Elles portaient des torches et les ombres qu’elles projetaient créaient des motifs qui rendaient l’aspect des membres du cortège encore plus monstrueux. Certains étaient des orques, noirs ou non, d’autres ressemblaient à des combinaisons de plusieurs animaux… Glaide reconnu deux ou trois minotaures, accompagnés de chimères. Il y avait aussi des monstres plus petits, à buste humain avec des cornes sur la tête et des pieds de chèvres… L’ensemble devait se monter à trente ou quarante créatures.

Le jeune homme resta pétrifié, espérant ne pas avoir été vu. Que signifiait tout ceci ? Qu’est-ce que ces choses faisaient là ? Etaient-elles à sa recherche ? Il en doutait… L’assemblé ne semblait pas chercher quelque chose : elle paraissait plutôt se rendre quelque part…

Nul ne parlait, les monstres regardaient tous devant eux avec un regard vide, leurs visages n’avaient aucune expression. Les bruits qui avaient réveillé Glaide étaient ceux du raclement des bottes, du tintement des lames et des grognements. Mais où se rendaient-ils donc, en marchant vers l’est de la sorte ? Il n’y avait plus de ville dans cette direction, seulement les montagnes !

Soudain, un orque leva la tête. Il scruta l’horizon de ses petits yeux mauvais, et d’un signe de tête enjoignit le cortège à changer de direction et à se diriger vers le nord. Ils dépassèrent une colline et disparurent de la vue du garçon. Ce dernier s’allongea sur le dos, le souffle court. Il ne devait pas bouger pour le moment. Ses ennemis étaient encore trop près… Il se calma peu à peu et, sans s’en rendre compte, se rendormit.



Glaide se réveilla en sursaut. Le soleil venait juste de se lever et il faisait frais. Il se remémora rapidement ce qu’il avait vu, et vérifia qu’il n’y avait plus de danger. Puis il remit sa cape sur ses épaules et descendit à la recherche des traces laissées par les créatures au pied de sa cachette de fortune.

Pourtant il n’en trouva pas… « Qu’est-ce que ça veut dire ? S’interrogea-t-il. Je suis certain de ne pas avoir rêvé. Je les ai vues, elles étaient justes là ! » Il suivit le même chemin que la procession au pas de course, mais ne distingua aucune trace. Il s’exclama tout haut :

« Alors là, soit je deviens fou ! Soit… »

Il laissa sa phrase en suspens. Un frisson glacé lui parcourut l’échine alors qu’il ajoutait dans un souffle :

« Soit ce que j’ai vu n’existait pas… »

Lentement, Glaide leva les yeux vers la colline qu’avaient dépassée les monstres.

« C’était… »

Il déglutit avec peine.

« Des fantômes… »

Le soleil était levé, pourtant ses rayons ne parvenaient pas à réchauffer l’adolescent. Il était glacé d’effroi. Il se força à parler tout haut pour maîtriser les tremblements de sa voix :

« Bien sûr ! J’aurais du m’en douter ! Au milieu des sorciers et des monstres, il ne manquait plus que les fantômes… Et bien entendu les vampires, les zombis ! Ça explique pourquoi ils avaient cette expression figée. Je pense que chaque nuit ils suivent un parcours prédéterminé, peut-être celui qu’ils faisaient avant leur mort… Supposons que celle-ci soit survenue juste après la colline qu’ils ont dépassée, alors si je les avais suivis je les aurais vus disparaître… Ou alors je les aurais vus affronter d’autres fantômes, leurs ennemis de l’époque, dans un combat éternel… »

Glaide frissonna. Toutes les créatures qui effrayaient les enfants sur Terre, à qui l’on ne cessait de répéter qu’elles n’existaient pas, prenaient ici une dimension toute autre : tout était possible, absolument tout…

Il se remit en marche, ne sachant plus que faire. Affronter des orques était une chose, affronter des spectres en était une autre… L’endroit où il se trouvait, loin de toute civilisation, semblait propice à des phénomènes étranges, ou plutôt des phénomènes plus étranges encore que ce que l’on trouvait sur le reste des Terres Connues.

Il souhaita soudain ardemment faire demi-tour, et tant pis pour les nains ! Mais la lumière du jour lui donna du courage. Petit à petit, il se persuada qu’il était nécessaire de continuer. S’il abandonnait devant la première difficulté, alors il ne serait jamais digne de l’école Iretane !

« D’un autre côté, si je me fais tuer ça ne sera pas vraiment utile non plus », grommela-t-il pour lui-même.

Malgré cela il reprit la route d’un pas décidé.

La journée avança. Glaide essayait de penser le moins possible à la nuit qui arrivait. Il n’avait jamais imaginé pouvoir ainsi redouter l’éclat de la lune…

Mais les montagnes étaient encore loin, et le jour toucha à sa fin sans que le jeune homme ne les ait rejointes. Il poussa un juron bien sentit en réalisant qu’il n’était pas encore arrivé. Pourtant il sentait leur aura bénéfique, alors à quelle distance pouvaient-elles bien être ? Il aurait voulu continuer à marcher, tout en contemplant le soleil couchant et les ombres qui s’étiraient et prenaient possession de tout, mais les évènements récents l’en dissuadèrent, aussi se contenta-t-il à nouveau d’un endroit sûr.

Une fois de plus son choix se porta sur un petit promontoire qui lui tendait les bras. Il se dépêcha de l’escalader, toutefois il était moins haut que le précédent et l’on pouvait en atteindre le sommet par plusieurs chemins.

Glaide décida donc de ne pas dormir cette nuit là. Il avait une ou deux fois essayé de faire des nuits blanches avec ses amis, mais ils n’avaient jamais réussi à tenir ! Cependant, dans le cas présent, il ne s’agissait plus d’un jeu mais bien d’une question de survie. Il s’assit en tailleur, dégaina son épée et la posa à plat contre son épaule, la garde à hauteur de la tête. Installé de la sorte, s’il avait le malheur de somnoler la lame tomberait à terre et le réveillerait ! Son idée lui plut, et il se prépara à passer une longue nuit à veiller.

Lorsqu’il commença à dodeliner de la tête, une heure plus tard, il eut vaguement conscience que son épée tombait, cependant elle ne fit pas le moindre bruit en touchant l’herbe épaisse, détail que le jeune homme avait oublié, et il s’endormit.

Il passa une nuit paisible. Au petit matin, il s’étira et bâilla un long moment. C’est alors qu’il avisa son épée à terre… Il se redressa d’un bond, comprenant ce qui s’était passé. A nouveau il étouffa un juron, fâché d’avoir ainsi saboté son plan, et rengaina d’un geste rageur. Mais le principal, il en était conscient, était qu’il fût toujours en vie…



Au bout de quelques kilomètres, la chaîne de montagnes devint plus nette : Glaide en distinguait les cimes et les contreforts. Il remarqua immédiatement une chose : la forme générale de ces excroissances rocheuses. En vérité, c’était tout à fait l’inverse des montagnes de Fyth : ces dernières prenaient l’apparence de pointes tourmentées, plus hautes les unes que les autres, tandis qu’ici ce n’était pas la hauteur qui primait, mais la largeur. On pouvait distinguer d’impressionnantes falaises et de profondes gorges qui divisaient la montagne en différents sommets dont la plupart s’apparentaient à des plateaux plutôt qu’à des pics.

Le jeune homme arrivait au terme de sa première étape…

Le chemin devant lui disparaissait net, remplacé par des arbustes et un sol fait d’herbe rase et de terre nue. C’était comme s’il sortait d’un désert de sable pour se retrouver dans une prairie : la limite était nette. Il quittait les routes des Terres Connues, et du même coup celles des humains, pour entrer sur le territoire des nains…

Etrangement, sans qu’il ne sache pourquoi, à peine eut-il posé le pied sur cette étendue accueillante que l’adolescent sentit qu’il était seul… Seul comme jamais il ne l’avait été : pas un oiseau ne chantait, pas une branche des arbres alentour ne craquait… Il sut qu’il n’aurait pas à redouter des fantômes ici. L’impression de d’isolement qui se dégageait de cet endroit était comparable à ce que l’on ressent dans l’immensité silencieuse qu’est l’univers…

Son cœur se serra, en proie à une mélancolie soudaine. Il tomba à genoux. Les images de tous les gens qu’il avait rencontrés jusque là, de Drekhor à Rozak, en passant par le Veilleur et ses amis, le submergèrent. Son esprit était en ébullition, sujet à une tristesse aussi incompréhensible que brusque et violente. Il n’osait pas prononcer un mot, de peur de briser la paix qui l’entourait. Pourtant il aurait fallu qu’il parle, qu’il entende sa propre voix ! Mais il resta là, recroquevillé sur lui même, secoué de spasmes et de sanglots…

Une heure lui fut nécessaire. Une heure et un énorme effort de volonté pour retrouver ses esprits et mettre de côté les sentiments soulevés par cet étrange endroit.

Enfin, alors que le soleil déclinait dans son dos, Glaide se releva, empli d’une force nouvelle.

« Je commence à en avoir marre de tous ces endroits bizarres grogna-t-il. Entre le crépuscule éternel de la Forêt des Mondes, les spectres et maintenant ces montagnes… Je ferais mieux de dormir. Demain, je pars à la recherche des nains. Il va falloir que je trouve quelque chose pour les obliger à avoir une dette envers moi… Mmm, ce n’est pas gagné. »

Il eut un sourire en coin puis se coucha dans l’herbe fraîche, la tête appuyée contre un gros galet tout en essayant d’ignorer le silence autour de lui. Juste avant de s’endormir, il réalisa que cet endroit était mort, bien que la nature fût verdoyante. Oui, il régnait un silence de mort…





Chapitre 5

GLAIDE commença ses pérégrinations dans la matinée. Il essayait d’oublier sa solitude et se concentrait sur le sol pour trouver des indices. Il s’éloigna ainsi de la frontière pour s’enfoncer un peu plus dans le territoire.

Il traversa des bois sans croiser âme qui vive, parcourut de nombreux kilomètres dans toutes les directions pour réaliser, lorsque la journée toucha à sa fin, qu’il n’avait pas progressé d’un pouce… Mais il était confiant : demain il commencerait à inspecter le pied de la montagne, et il comptait bien y trouver une ouverture ou quelque chose dans le genre.


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