Excerpt for Percevale - II. Le chant des méduses by Anne de Gandt, available in its entirety at Smashwords

PERCEVALE

II. Le chant des méduses

Anne de Gandt

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PERCEVALE - II. LE CHANT DES MÉDUSES

Copyright (c) 2011-2012 by Anne de Gandt

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À mon petit frère, décédé pendant l’écriture de ce récit.

Je lui dédie ces lignes.

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TABLE DES MATIÈRES

PROLOGUE

AMPHORES & CHÂTIMENTS

TÊTUS TENTACULES

L’OPÉRA NOIR

ELZÉCHIOR

SOLEIL ROUGE

LA VALLÉE SECRÈTE

DEUS EX MACHINA

LE CHANT DES MÉDUSES


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PROLOGUE

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Le navire entra dans le port toutes voiles dehors et se fracassa contre le quai. Les voiles s’affaissèrent, des mâts tombèrent, la coque prit l’eau. Quelques amphores de vin s’échappèrent, libérant le précieux breuvage rouge sang, qui virevolta au gré des courants bleus. Des tableaux de peintres flamands, italiens et français se dispersèrent, certains sombrèrent. Une vague s’abattit violemment sur l’étrave et la brisa, tandis que les marins, qui s’étaient jetés à l’eau, tentaient de rejoindre le débarcadère. Des vases se déposèrent sur le fond, d’autres flottèrent. Le chant de la terre se mêla au sel de la mer.


* * * *

STARRING



* * * *

AMPHORES & CHÂTIMENT

* * * *


– Vous nous quittez déjà ? s’enquit le Roi d’un air préoccupé. Vous êtes à peine remise de votre blessure !

– Il le faut, Majesté. Mes rêves sont de plus en plus sombres, lui répondit Percevale.

Le souverain se tourna vers la Sorcière :

– Qu’en pensez-vous ?

– Une ombre croissante s’étend sur nous. Car tu l’as entendu, n’est-ce pas ? dit-elle en s’adressant à la jeune femme.

– Pas plus tard que cette nuit.

– Entendu ? Mais quoi donc ? Soyez plus claire !

– Le chant de la mer.

– Nous en sommes loin, pourtant !

– Majesté, les derniers évènements me font croire qu’une force néfaste se rapproche dangereusement, dit la Sorcière.

– Néfaste…?

Le Roi, interloqué, réfléchit un instant.

– Comme celle qui a lâché les sangliers sur nous* ?

– Précisément.

– Que faut-il faire ?

– Trouver la source de la colère. Le chant ne s’élève qu’à cette occasion. As-tu vu autre chose dans tes rêves ?

– Un navire avec des tableaux… Du rouge. Beaucoup de rouge.

– Du sang ?

– Je n’en suis pas certaine, répondit la jeune femme après un temps de réflexion.

– Vois-tu ce que représentent les œuvres ?

Percevale ferma les yeux.

– Une femme de profil. Un livre jaune. Rouvrant les yeux. Des cris…

– Mais enfin, que signifie…, s’irrita le Roi.

– Tu dois partir aujourd’hui. Je t’accompagnerai jusqu’à la Croix-Versée. Je ne peux aller plus loin, quelqu’un doit garder cet endroit.

– Mes Gardes y suffisent ! se vexa le souverain.

– Ils ne vous seront d’aucun secours. Souvenez-vous…*

– Il est vrai que je reviens de loin, dit-il d’un air sombre. Puis, se redressant : en ce cas, qu’attendez-vous ?

---

* Voir Percevale - I. Les spectres du temps.

* * * *

– Pousse-toi, te dis-je ! s’écria Roiteleau en rabattant ses ailes sur Croquignol.

– Je ne vois plus rien !

– À mon tour de regarder. Tu prends toute la place !

L’oiseau s’envola et se posa sur la tête du campagnol.

– Surtout, fais comme chez toi.

– Chut, tais-toi !

La Sorcière se dirigea vers la colonne derrière laquelle ils s’étaient cachés et s’exclama :

– Vous pouvez sortir, tous les deux !

– Je le savais. Tes gargouillements de ventre nous ont fait repérer.

– J’ai faim, que veux-tu.

– Tu as grignoté plus de vingt noisettes tout à l’heure !

– Ça ? À peine un apéritif.

– Quel ventre !

* * * *

La monture s’ébroua. Percevale lissa sa robe chocolat, épousa son encolure puissante, longea son ventre tendu et ses flancs musclés. Elle posa ensuite la selle sur le tapis, régla la sangle, ajusta les étriers ; vérifia une dernière fois le filet, s’assura de l’état de la ferrure, fit quelques pas dans l’écurie, puis sortit.

Le soleil enveloppait la plaine d’un voile mordoré.

– Belle nuit en perspective, n’est-ce pas ? fit remarquer la Sorcière en la rejoignant.

Percevale resta silencieuse. Les nuances de bronze et de cuivre s’effaçaient peu à peu devant les tonalités rouge vif, carmin et grenat. La lune, ronde et pleine, était déjà haute dans le ciel.

– Ces cris entendus en rêve étaient terrifiants.

– La peur mène à la colère. Le mouvement qui nous entoure n’est fait que de cela. Comment va ta blessure ?

– Elle me lance encore. Ce que j’ai vu dans la pyramide…

– … n’appartient qu’à toi. Au fait, j’oubliais !

Elle lui tendit un petit flacon argenté.

– Tu pourrais en avoir besoin.

Percevale remarqua une plaie sur la main de sa protectrice*.

– Une maladresse, ce n’est rien, lui dit-elle en refermant le poing.

Le carillon d’une cloche retentit dans le lointain.

– Viens, rentrons.

---

* Voir Percevale - I. Les spectres du temps.

* * * *

Le navire sombra par le fond. Les marins tentèrent de rattraper les tableaux encore accessibles à l’aide de perches et de filets. Gondolés, délavés par le sel, ils flottaient à la surface, ballottés par les flots. Tous avaient perdu leurs couleurs, sauf un. Le capitaine, après s’être hissé sur le quai, s’en saisit et l’observa. Le jaune éclatant de la toile contrastait avec le noir, brillant d’humidité, de sa tunique. La taille de l’individu était impressionnante. Les traits burinés par le vent, les cheveux longs et sombres tirés en arrière conféraient au visage une fierté austère. Il cala la toile sous son bras, fit demi-tour sans dire un mot et se dirigea vers la ville. À son passage, un matelot échappa l’amphore qu’il tenait. Elle tomba sans se briser et laissa couler un peu de vin, que le marin, curieux, goûta.

* * * *

Une forte odeur de sel avait envahi la salle du Trône. Les tableaux, accrochés aux murs, s’étaient effacés, comme décolorés par le temps.

– Ou par autre chose, chuchota la magicienne.

– Comment… ?

La Sorcière lui fit signe de se taire et observa la voûte avec attention. Son yeux soudain se plissèrent.

– Regarde, murmura-t-elle.

Un nuage de poussière traversa l’espace. Un second. Puis un troisième. Une voix sombre résonna.

– Sors d’ici, vite !

Elle poussa Percevale hors de la pièce sans ménagement.

* * * *

– Eh bien, qu’en pensez-vous ?

Le Capitaine attendait, impatient, la réponse de l’Antiquaire. Caché derrière des lunettes rondes aux verres épais, celui-ci examinait la toile dans ses moindres détails. Son crâne chauve luisait sous la lampe, des veines saillaient sur ses tempes, ses mains tremblaient. Le visiteur observa l’échoppe. Des boussoles, des sextants, de vieux pistolets à poudre côtoyaient dans un fatras savamment entretenu des cartes anciennes, des ustensiles de cuisine et des meubles couverts de poussière. Une horloge sonna sept heures.

– Je ne sais dire… Mmm… Bizarre, bizarre.

– Qu’est-ce qui est bizarre ?

– Cette texture… Cet éclat…

Il releva ses lunettes.

– Il semblerait que les pigments de cette peinture aient été mélangés à de l’or.

Les yeux du Capitaine brillèrent.

– Vous êtes sûr ?

– Regardez vous-même !

Le géant étudia la toile de plus près et se redressa, déçu.

– Je ne vois rien !

– Ah, attendez.

L’Antiquaire se retira à l’arrière de la boutique et revint, une loupe à la main.

– Tenez.

Le Capitaine la porta devant son œil et distingua des paillettes dorées mélangées aux pigments rose chair. Un sourire de contentement éclaira son visage.

– Hé hé hé ! se réjouit-il en se frottant les mains. Cette journée a peut-être mal commencé, mais voilà qui rassure !

Il voulut reprendre le tableau. Le vieil homme l’arrêta.

– Attendez, je veux vous l’acheter !

– Combien ?

– Disons… dix écus d’or.

Le Capitaine éclata d’un rire sonore.

– Ridicule !

Il sortit de l’échoppe en riant plus fort encore. L’Antiquaire, rouge de colère, le regarda s’éloigner.

– Cette journée n’est pas encore terminée…

Il lui emboîta discrètement le pas.

* * * *

Une tache de sang apparut sur la tunique de Percevale ; à sa vue, la jeune femme pâlit. La Sorcière referma la porte de la grande salle et l’emmena aux écuries.

– Pars, pars maintenant !

Percevale enfourcha prestement son cheval.

– Où dois-je aller ?

– Rejoins la Croix-Versée sans t’arrêter !

La jeune femme pressa les flancs de sa monture qui partit au galop. La Sorcière la regarda s’éloigner, puis fit demi-tour d’un pas décidé.

– À nous deux, maintenant.

Elle rouvrit les portes de la salle du Trône et les referma brutalement derrière elle.

* * * *

La gorge du marin lui brûla. Il hoqueta, toussa plusieurs fois, puis émit un son étrange, comme un râle venu des profondeurs. Pris de convulsions, il s’affaissa soudain, inanimé, sur le quai. Le vin se répandit autour de lui dans une forte odeur de soufre, tandis qu’un attroupement se formait.

* * * *

– Qu’est-ce qu’on fait ?

Croquignol observait le nuage de poussière qui s’éloignait.

– Elle ne nous a même pas dit au revoir !

– Cela ne me dit rien qui vaille… De quoi parlaient-ils, déjà ? demanda Roiteleau.

– D’une force invisible… ou quelque chose comme ça. Rien de bon, en tout cas.

– C’est tout ? Tu les as écoutés pendant presque une heure !

– J’ai dû m’assoupir.

– Je rêve !

* * * *

La Sorcière scruta la pénombre. Des bruits indistincts, semblables à des chuchotements, traversaient la salle. Un tintement, derrière une des colonnes, retint son attention. Elle en fit le tour, quand, tout à coup, une épée tomba à ses pieds dans un son métallique.


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