Excerpt for Frankie Polite contre Jacques le Ventru by Max Kozak, available in its entirety at Smashwords

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FRANKIE POLITE CONTRE JACQUES LE VENTRU




Un peau-lard charcutier un peu cochon




Max Kozak




Publié par Max Kozak sur Smashwords


Copyright 2011 Max Kozak


Smashwords Edition




Table des Matières grasses


Amuse-gueule

Chapitre 0 : Flasque flashback

Chapitre 1 : On remet le couvert !

Chapitre 2 : Des œufs en gelée dans le buffet

Chapitre 3 : Le cheveu sur la soupe

Chapitre 4 :Bon appétit !

Chapitre 5 : Ça va couper...

Chapitre 6 : Le dindon de la farce

Chapitre 7 : Ne m'appelez plus jamais Bulgarie

Chapitre 8 : Soupe à la grimace

Chapitre 9 : Pour qui sonne le gras

Chapitre 10 : Du poulet au menu

Chapitre 11 : De la tête de lard

Chapitre 12 : Readymade in China

Chapitre 13 : L'opium à Pékin

Chapitre 14 : Encore un petit pour la route

Chapitre 15 : Pensées urbaines

Chapitre 16 : Rouge-gorge dans un coupe-gorge

Chapitre 17 : Le trou normand

Chapitre 18 : C'est dans les vieilles peaux qu'on fait les bonnes croûtes (proverbe normand)

Chapitre 19 : Plein comme un œuf

Chapitre 20 : Gare !

Chapitre 21 : La recette de la méthode

Chapitre 22 : Jeux de mots, jeux de salauds

Chapitre 23 : Bien salé s'il vous plaît

Chapitre 24 : La grève des clowns n'aura pas lieu

Chapitre 25 : Experts pépères

Chapitre 26 : Le jeûne homme et la mère

Chapitre 27 : On habille bien les poissons

Chapitre 28 : Au Café de la Gaîté

Chapitre 29 : L'homme qui murmurait à l'aisselle des gros

Chapitre 30 : Autant en emporte le vin

Chapitre 31 : Un passé mal digéré

Chapitre 32 : Suite du chapitre précédent

Chapitre 33 : Œuf en gelée sur lit de caviar contrefait

Chapitre 34 : Œuf en gelée mayonnaise et sauce à l'aïl

Chapitre 35 : Œuf en gelée au coulis d'hémoglobine

Chapitre 36 : Œuf en gelée sauce à la menthe bionique

Chapitre 37 : Œuf en gelée à la salsepareille sauce schtroumpf

Les dossiers confidentiels de Kozak

Si vous tenez vraiment à mieux connaître l'auteur de cette mascarade




Amuse-gueule




Aucun animal ou personnage n’a été maltraité durant la rédaction. Nourris exclusivement à base de produits issus de l’agriculture biologique d’origine locale, tous ont reçu un congé et un salaire décents.

Évidemment, toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé serait d’un fortuit du dernier cocasse.




« Je veux vous citer un exemple étrange de terreur phénoménale et de digestion troublée, un véritable type d’aventures à caverne et de dîners malsonnants d’auberge. »

Gérard de Nerval, Cauchemar d’un Mangeur




Chapitre 0 : Flasque flashback


Où l’on s’aperçoit avec satisfaction qu’il ne sera pas

évident de rouler Frankie Polite dans la farine.


Voûté dans la brume ténébreuse de cet automne amer, alors que les platanes se ramassent à la pelleteuse et que les cheminées dégoulinent de lignes fumeuses, notre héros au grand cœur et au gros bide écume la ville insipide, tandis que dehors la rage gronde, le crime court les rues, la haine emplit les cœurs. Car quand le délit cruel frappe à traits redoublés sur la ville et les champs, sur les toits et les blés, il va s’exercer seul à sa fantasque escrime, flairant dans tous les coins les hasards de l’énigme, trébuchant sur les meurtres comme sur les pavés, heurtant parfois des crimes depuis longtemps rêvés. Ainsi donc avance-t-il au fil des ruelles, des avenues, des allées et venues, en quête d’une réponse sans question, d’un indice, d’un sandwich au thon...

Une énième journée sans saveur s’achève ici dans un parc lassé des passants qui ressassent sans cesse leur passé puis trépassent en un souffle. Le personnage éreinté s’appesantit à méditer sur les roses, les peupliers :

- Hum le fond de l’air est frais.

Sans doute n’y a-t-il rien de mieux à penser, c’est pourquoi il se laisse aller à respirer sans même y songer. Assez vite la fatigue l’engage à flâner vers quelque banc public vaquant à ses fonctions en toute vacance. Cependant une fois arrivé à hauteur du siège convoité par son séant, autoritaire et imposant, le verdict est sans appel :


PEINTURE

FRAÎCHE


Machinalement et comme tout être humain naïvement constitué, il est tenté de tâter, ce qui ne se fait pas attendre. Et là, stupeur. Malgré l’inattention dans laquelle ses errances l’ont plongé , une anomalie vient lui crever les yeux. Tout s’enchaîne, son passé défile, les précédents événements pris à la légère, voire complètement survolés, lui reviennent peu à peu en mémoire, leur schéma logique s’assemble dans son esprit, il n’y a plus de doute. Soudain, il aperçoit le manœuvre responsable de l’ouvrage qui s’éloigne au bout du parc après une dure journée de travail. Et notre justicier outré de l’interpeller de sa petite voix flûtée :

- Eh, vous là-bas. Elle n’est pas fraîche votre peinture !




Chapitre 1 : On remet le couvert !


Où l’on découvre avec horreur que

tout rêve de tranquillité se trouve tué dans l’œuf.


Il connaissait des jours heureux et une existence saine grâce à de nombreux produits du terroir alors que pour une fois, à Arrache City, le crime ne courait pas les rues et que la seule chose qui grondait à l’heure actuelle était son estomac avide d’œufs en gelée au saumon fumé. Cette nuit là, comme son ventre criait My kingdom for a toast ! dans la langue de Britney Spears, il décida d’interrompre sa lecture passionnée de La Guerre des Goules et de quitter le confort de son canapé style en pire pour rejoindre au plus vite la cuisine et son frigidaire de type réfrigérant. Je crois qu’il y a un reste des endives au jambon de maman, pensait-il d’un air réjoui. Et quelle ne fut pas sa joie quand il s’aperçut la mine gourmande qu’en plus de cela, le foie de veau de papa était à peine entamé. Il se trouvait déjà attablé prêt à engloutir monts et merveilles culinaires quand la sonnerie du téléphone vint le couper dans son élan.

- Qui peut bien m’appeler à une heure aussi tardive ? se demanda-t-il en fronçant les sourcils.

Et avant de décrocher il ajouta de sa voix de justicier ténébreux qui n’avait pas encore mué :

- Cela ne me dit rien qui vaille... A mon avis, je vais manger froid... oh oui très froid.

À l’autre bout du fil, il reconnut la voix éraillée de son fidèle adjoint Steve, apparemment sous le choc :

- Allô patron, venez vite, c’est terrible ! Un meurtre effroyable chez le traiteur Roger Bulgarie, le roi de l’œuf en gelée au saumon fumé, cinq fois champion du monde du potje vleesch, c’est au treize rue des Ba...

- Pas la peine, je connais la maison. J’arrive de suite Steve. Je me disais aussi que c’était bien calme, trop calme...

Et il raccrocha, contemplant son plat d’endives au jambon, pensif. Je les mangerai au petit déjeuner, se dit-il en enfilant son imper.

Puis il s’en fut, après avoir pris une dernière bouchée pour la route.


Au 13 rue des Balourds, l’ambiance n’était pas à la fête. Une veuve éplorée, un cadavre mutilé, un adjoint aux enquêtes criminelles qui sèche le bahut, de la viande froide sur l’étalage et un détective bedonnant pour venir compléter le tableau : vous êtes bien en train de lire une énième aventure de Frankie Polite le ventripotent. Au moment où ce dernier fit son entrée toujours théâtrale, Steve tentait en vain de consoler Madame Bulgarie en pleurs :

- Allons ne vous en faites pas, on n’est jamais qu’à une semaine du concours international de potje vleesch de Bailleul, il pourra toujours remporter la coupe à titre posthume, ce serait légitime au regard de l’ensemble de son œuvre...

- Mais vous ne comprenez pas ! Même un bon potje vleesch conservé une semaine au congélateur perd toute sa saveur et il n’a jamais voulu révéler le secret de sa recette, il l’emporte dans sa tombe... Je ne pourrai jamais le faire à sa place. Je crois bien que le titre ira cette année à Raoul Mouzet dit la Tambouille ou encore à Johnny Potche. Ah je n’ose y penser, sanglota-t-elle.

- Bonsoir tout le monde ! s’exclama Frankie ragaillardi par les bonnes odeurs de la boutique. Il reste du couscous ?

Il avait lu sur le tableau noir dans la vitrine que c’était le plat du jour. Mais en voyant l’horreur du corps de son traiteur préféré, ses orifices de tout poil débordants d’œufs en gelée, il n’était plus tellement en appétit. Il reprit donc gravement de sa voix de crécelle :

- Ah je vois qu’on n’y est pas allé de main morte. La Police Municipale a-t-elle constaté les faits ?

- Bien sûr elle est toujours fidèle au poste, répondit docilement son assistant.

- Et ?

- Elle a conclu au suicide, une sorte d’autocrime passionnel par amour de la bonne chère, puis est retournée au Dégueulasse Pub pour finir son billard et ses bières.

- Je vois. La caisse a-t-elle été vidée Madame Bulgarie ?

- Non, pourtant il restait les 1500 euros de recette de la journée...

- Eh ben, on se fait pas chier chez les Bulgarie ! souffla Steve amer.

- Par contre une caisse d’œufs en gelée a disparu, ajouta-t-elle encore tremblante.

- Hum… ça ne m’étonne guère, dit Frankie, songeur, en giflant Steve. Vous avez de très bonnes spécialités. Je suppose que votre mari avait dû se faire des ennemis dans la profession,...

- Raoul Mouzet et Johnny Potche, ses principaux concurrents. Je peux vous montrer plusieurs lettres d’insultes anonymes bourrées de fautes d’orthographe que nous avons reçues ces dernières années. Je suis sûre que ça vient de ces traiteurs à la manque qui laissent toujours beaucoup trop de gras sur leur potje vleesch ! pesta Madame Bulgarie.

- Très bien, nous étudierons leur cas. Il peut s’agir d’une vengeance par jalousie, quelque rivalité intestine dans le milieu des travailleurs du ventre si on peut dire. Toutefois, il va de soi que nous n’écarterons l’hypothèse formulée par la police municipale que si le médecin légiste la juge improbable. Justement, le toubib ne devrait plus tarder. Moi, j’en ai assez entendu. Nous verrons ça à têtes reposées. Allez Steve, une soupe et au lit ! s’écria-t-il en administrant une bonne bourrade dans les côtes du rachitique. Au fait Madame Bulgarie, tant que j’y pense. Vous me mettrez un potje vleesch et deux douzaines d’œufs en gelée au saumon de côté. C’est plus sûr car je crois qu’on va se bousculer au portillon demain matin pour avoir les derniers. Mes hommages, conclut-il avec une révérence avant de quitter l’échoppe en emportant Steve sous le bras.




Chapitre 2 :Des œufs en gelée dans le buffet




« Le plat idéal pour une famille nombreuse un jour de fête ! »


Le lendemain matin, Frankie Polite avait la bouche pâteuse. Il avait un peu abusé sur les endives avant de sombrer dans un sommeil rempli de personnages historiques. Chacun de ses rêves était un véritable méli-mélo de reconstitutions de batailles et d’assemblées célèbres, de salles du trône et de cathédrales. Cette nuit là avait été le théâtre d’une scène de ménage style empire qui avait éclaté, dans les tréfonds de son inconscient : Napoléon et Jules César se querellaient pour de bêtes questions de leadership et de rivalités.

- Puisque c’est ainsi, je retourne chez ma mère en Corse ! avait braillé l’ami-râle Bonaparte en brandissant le vase de Soissons tel une boîte de Pandore chargée de mépris et de jalousie.

- C’est ça, n’oublie pas de m’envoyer une carte et de t’exploser sur une bombe ! s’était empressé de répliquer très finement son Jules drapé de vanité.

- Ah quel culot ! De toute façon il est moche ce vase...

Dernière parole avant que le crâne de César et les yeux de Polite se soient ouverts sous la violence du choc, tous les maux de la terre à nouveau répandus autour de lui dans un périmètre couvrant toute la surface du globe.


Très vite la brève expédition rue des Balourds de la veille lui revint en mémoire : le potje vleesch, les œufs en gelée, le plat du jour, le Dégueulasse Pub, le meurtre, une sale affaire...

- Oh la la quel mal de tête, je n’aurais pas dû manger si lourd avant de dormir... Plus jamais ça ! En plus, j’ai du pain sur la planche avec cette affaire Bulgarie et il ne reste plus d’endives pour mon petit déjeuner. J’ai besoin de forces, soupira notre héros en éternelle période de croissance malgré sa grande taille et son gros ventre.

Il se rabattit donc - nous étions le lundi - sur les restes de la sacro-sainte poule-au-pot familiale du dimanche midi. Quel vecteur de bonhomie pantagruélique que cette bedaine constamment à l’affût de la moindre escapade gastronomique ! En effet, Frankie Polite n’avait pas son pareil quand il s’agissait de s’empiffrer des plats nationaux et des spécialités locales. Une fois restauré, il décida d’aller retrouver le médecin légiste Pierre Braquemart au rendez-vous habituel des bons vivants et des sales connards, le Dégueulasse Pub, où le détective aventurier commanderait un lait fraise d’une voix suave afin de discuter allègrement mais sobrement de l’affaire en cours.


Au Dégueulasse Pub, l’ambiance battait son plein. Le patron, en forme olympique, trônait derrière les divines pompes tandis que les trois piliers accoudés au bar assuraient la répartie. Quant au vieil alcoolique de légiste, il sirotait son picon-bière dans le fond où l’éclairage n’était pas vraiment tamisé pour l’ambiance mais quand même bien du genre sombre. L’arrivée de Frankie Polite et le « Bonjour ! » enjoué qu’il lança à l’assemblée provoqua un blanc dans la conversation. Le vent de fraîcheur qu'il venait de souffler sur cette peinture morose eut l’air toutefois de déplaire au gérant qui le toisa du regard. À la suite de quoi, la seule marque de politesse qu’il accorda fut un très sec :

- Keske j’lui sers ?

- Un lait fraise, s’il vous plaît. Et je vous en prie, ne mettez pas trop de sirop, je fais un régime sans sucre, énonça notre héros d’une voix suave.

- Ah l’autre eh ! Tu veux pas une paille et un sucre d’orge des fois ? s’esclaffa le pilier de gauche qui manqua s’étrangler en buvant sa bière.

- J’aimerais bien mais ce serait de la gourmandise... minauda le courtois.

- J’ai pas d’lait ! s’indigna le patron outré par une telle attitude.

- Alors mettez-moi simplement un sirop de fraise à l’eau.

- J’ai pas d’sirop non plus !

- Ça ne fait rien ne vous dérangez surtout pas. Juste un verre d’eau alors, demanda Frankie Polite, conciliant, alors que le visage des piliers écœurés se décomposait au fil des commandes.

- L’eau n’est pas sur la carte des boissons. L’alcool est notre seule réponse face aux soucis de la vie quotidienne comme toi, gros lard ! J’ai bien un robinet dans les toilettes mais ce sera cher. Va te servir, maugréa-t-il en lui tendant un verre à la clarté douteuse. J'suis pas ta bonne.

- T’as raison Didier. Montre-lui que t’es un dur à c’gras du bide ! Eh qui c’est qui paye les taxes sur les boissons alcoolisées ? C’est bibi ! ponctua le pilier de droite avant de finir sa bière cul sec, de se racler la gorge bruyamment et de cracher - comme par hasard - dans le crachoir.

Frankie Polite obtempéra sans faire d’histoires et s’en alla rejoindre le dit Braquemart, déjà rond comme un polonais.

- Bien le bonjour cher Pierre, je viens vous interroger au sujet de l’affaire Bulgarie.

- Ah ah, sacré Polite. Toujours en train de foutre le nez dans la merde toi ! Tu me diras moi aussi du coup. Tiens, un peu comme le macchabée du gars Bulgarie justement. Du gratiné ! Entièrement farci aux œufs en gelée pondus de la veille. De la marchandise premier choix, fraîche comme c’est pas permis. C’est le gag du traiteur traité si je peux me permettre. Le plat idéal pour une famille nombreuse un jour de fête !

- Oui mais bon tout de même, ça ne vaut pas une bonne poule-au-pot... s’offusqua le détective.

- Je suppose que tu veux que je te fasse le topo habituel ? dit le toubib avant de prendre une bonne lampée de ce breuvage vulgaire qui rebutait Frankie au plus haut point.

- C’est ça : heure précise de la mort, cause exacte du décès, remarques éventuelles sur les analyses de sang...

- Et bien pour ce qui est de l’heure, d’après mon examen, c’est arrivé le dimanche vers vingt-et-une heures trente trois des suites de l’étouffement provoqué par l’accumulation d’œufs en gelée dans la gorge de la victime. Environ une heure trente-six avant le retour de Madame. Chose cocasse, l’anus a été fourré de son vivant. Le taux anormalement haut d’endorphine que j’ai décelé dans son cerveau indique qu’il y a pris beaucoup de plaisir, ce qui ne m’étonne qu’à moitié. Enfin, l’hypothèse du suicide est à exclure puisqu’au moment décisif, l’ami Bulgarie était saoul comme un cochon et il aurait été bien incapable de se livrer à un tel exercice de précision. On n'a pas idée de se torcher la gueule comme ça ! Mais que veux-tu, le pastis, c’est traître...

- Du pastis, dites-vous ? C’est intéressant...

- Mais ça ne vaut pas un bon picon-bière ! conclut Braquemart après s’être goulûment sifflé le reste de son verre.

- Très bien je vous remercie, je retourne rue des Balourds pour recueillir le témoignage de la veuve éplorée et de ses voisins, annonça le détective ravi de pouvoir enfin quitter cet endroit insalubre.

Mais lorsque Frankie se leva et fit volte-face élégamment pour se diriger vers la porte de sortie, sans même remarquer que l’un des piliers de comptoir du Dégueulasse Pub dansait nu sur le bar, il tressaillit. À la table de derrière, camouflée comme à son habitude par son vieux chapeau et son imper gris, les yeux toujours rivés au sol à l’affût du moindre indice, il aperçut une figure bien connue qui le glaça d’effroi :

- Bon sang mais c’est... l’agent spécial Dïck Maranlablag !




Chapitre 3 : Le cheveu sur la soupe


« Une vraie boucherie, oui. Et ça ne faisait que commencer. »

Léo Malet, La Vie est dégueulasse


- Lui-même. Comme on se retrouve mon cher Frankie !

Lui-même, il s’agissait bien sûr de ce fameux Dïck Maranlablag que d’aucuns ont déjà aperçu arpenter les couloirs des administrations et lieux publics en tout genre, fonçant tête baissée dans le lointain et dans son attitude comparable à celle d’un moine impassible, vaquant entre la salle prières et la salle télé. C’était un détective chasseur de primes qui évoluait à son compte. Malgré son air inoffensif il s’agissait bien là d’un vieux charognard teigneux et perfide que même le grand Frankie Polite redoutait.

- Que fais-tu là vil requin ? Tu veux encore me voler la vedette ? Tu t’es trompé de lieu et d’endroit. Je suis en vacances et je me fonds dans la populace au cœur de l’un de ces îlots de détente où l’on évacue le stress causé par les aléas de la vie quotidienne, expliqua notre héros, sourire niais, visage poupin, qui visiblement ne savait pas mentir correctement.

- Oui je comprends, et tu en profites justement pour faire un petit séjour gastronomique en commandant un verre d’eau...

- Ma parole, tu nous espionnais ! s’indigna le détective.

- Eh eh, les murs ont des orteils !

- Oh non, tu vas encore tenter de me devancer en démasquant le coupable pour empocher la prime d’enquête, et je me retrouverai gros-jean comme devant. C’est trop injuste ! pleurnicha notre caliméro des familles.

- Bof tu es déjà gros... De Frankie à Jean il n’y a qu’un pas, plaisanta son rival de manière peu heureuse.

À ce moment, Braquemart, qui n’avait pas perdu une miette de ce savoureux entretien, se mit à encourager son partenaire professionnel et compagnon de canettes potentiel :

- Vas-y Frankie !

- C’est bon ! lui renvoya ce dernier d’un air assuré.

- Vas-y Frankie ! reprirent en chœur les joyeux piliers et leur fidèle barman.

- C’est bon bon bon ! s’extasia Polite en se caressant la poitrine langoureusement, agité d’un dodu déhanché à plan horizontal, couché sur le dos et sur la table de Maranlablag, agréablement surpris.

Soudain, le flasque flique fut conscient de son corps et de ses possibilités, c’est pourquoi, rassuré, il ne prêta guère plus attention à son concurrent qui se trouvait déjà debout sur sa chaise et sur ses pieds, torse nu, pris dans une danse du ventre effrénée. Il profita donc de la confusion générale pour sortir à toute allure de ce bouge infâme, en n’oubliant pas au passage de jeter un billet de 10 euros à la figure du barman. Dans le même temps, il s’efforça de prendre sa voix la plus virile, ce qui équivalait à peu près à celle d’un préado énervé, pour lancer sans un regard :

- Gardez la monnaie !

L’effet de style recherché était bien loin d’être obtenu, il avait un gros bide et des chaussures impeccables, c’était Frankie Polite, inspecteur de peau lisse en mission.




Chapitre 4 : Bon appétit !


l’on se demande si les Grosses Bêtes sont vraiment un jeu d’enfants.


Ils devaient se retrouver devant le B-froid à midi onze. Toujours fidèle au rendez-vous, Steve l’imberbe mangeait une barbe à papa. Horrifié par cette désinvolture de sucre vêtue pendant une période traditionnellement consacrée à un déjeuner complet et équilibré, Frankie Polite, tout aussi imberbe, gifla Steve d’emblée et s’empressa d’engloutir le reste de la petite douceur. Une fois le bref échange de courtoisies passé, l’investigation pouvait reprendre. Ils avaient trois personnes à interroger sur les lieux du crime, Madame Bulgarie ainsi que les deux locataires du 13 rue des Balourds présents dans l’immeuble le soir du drame. Ces deux locataires n’étaient autres qu’Alice Pocket, une étudiante en coiffure design du genre studieuse, et Mike Textamoze, un obscur écrivaillon de romans policiers imbuvables qui n’avait jamais vu un peigne.


Comme à son habitude, Frankie Polite s’était arrangé pour faire l’interrogatoire de la personne la plus apte à accomplir des prouesses au fourneau, à l’heure du repas. C’est donc tout naturellement autour d’une table bien garnie, celle de feu le roi du potje vleesch, que l’enquête allait bon train dans une ambiance bon enfant. Au menu : œufs en gelée au saumon fumé, poulet basquaise, roquefort et tarte aux pommes. Dès l’entrée, un grand classique de la maison !

- Que faisiez-vous au moment du drame ? interrogea Steve la bouche pleine de saumon, essuyant à nouveau une baffe du sévère en représailles.

- Je visitais un ami de longue date.

- Ouais c’est ça, t’étais encore en train de te faire péter le cul, grosse salope ! lâcha Steve rendu ivre par le petit blanc choisi pour accommoder le saumon au mieux.

Alors que Madame Bulgarie restait sans voix, notre détective excédé corrigea le garnement en le lardant de coups de ceinture, l’abusa sexuellement une fois radouci et le priva de dessert pour la forme. Il reprit de suite, un peu gêné :

- Excusez-le, il ne sait pas se tenir à table, mais passons. Racontez-nous un peu votre soirée et précisez bien ce que faisait votre mari quand vous avez quitté la boutique.

- Eh bien ce dimanche là nous étions ouverts exceptionnellement l’après-midi à l’occasion de la fête de l’andouillette dans la ville. Je faisais la fermeture. J’ai baissé le store à dix neuf heures seize après avoir discuté un peu avec les deux derniers clients, des petits jeunes fort sympathiques, des publicitaires en formation. Vous voyez, le genre artistes quoi. Ils voulaient offrir un œuf en gelée à une camarade qu’ils devaient rejoindre plus tard et qui s’appelait Martine je crois. Tout ça, tenez vous bien, dans l’optique de mener à bien le Projet Bulgarie. Qu’est-ce qu’on a ri. Ah la la, la fine équipe vraiment !

- Hum s’il n’y a pas une histoire de coke là-dessous, je me fais danseuse étoile, songea Polite tout haut en se servant une cuisse de poulet. Et après ?

- Je suis allé dire bonsoir à mon mari qui prenait l’apéro dans le salon devant la télé et je suis parti vers dix neuf heures vingt quatre.

- Était-il seul à ce moment ?

- Oui, il était aux anges et trépignait à l’idée de voir bientôt s’afficher la tête de Philippe Buvard quand le générique des Grosses Bêtes commencerait. Il adore se mettre la gueule devant cette émission. Moi je ne peux plus, c’est pour cela que j’ai préféré sortir.

- C’est succulent ! coupa le gourmet ravi. Continuez Madame je vous prie.

- Quand je suis rentré vers vingt trois heures deux et des poussières, après être tombée sur mon mari fourré comme un œuf de Pâques géant, j’ai remarqué sur la table du salon, pleine de bouteilles et de cacahuètes, que deux verres avaient servi ce soir là. Ils avaient fini le pastis ces cochons !

- Ce qui expliquerait l’horreur de ce jeu sexuel, incité par les gauloiseries des Grosses Bêtes, le tout tournant à la boucherie sous les effets de l’alcool... conclut Frankie Polite, grave et moralisateur entre le fromage et le dessert.

Bien sûr, ce témoignage poignant avait été rythmé tout du long par le bruit des couverts et des bouches mâchant avec appétit et le repas touchait à sa fin. Frankie Polite pouvait désormais prêter toute son attention au dessert, ce qu’il fit avec conviction, poussant même le zèle jusqu’à manger la part de Steve. À la suite de quoi, le bienheureux remercia leur hôte et tapa brutalement sur l’épaule de son assistant qui une fois de plus en avait laissé plein son assiette :

- Du nerf, sale gosse. Prends ton manteau, on s’en va. On boira un café au quatrième, chez Miss Pocket. Mes hommages, Madame. Vous êtes un vrai cordon bleu !

Et ils s’en furent.




Chapitre 5 : Ça va couper...


« Eau et gaz à tous les étages ! »

Émile Zola, Pot-Bouille


La porte d’entrée était exiguë comme tout le reste dans cet immeuble pour étudiants à la faune singulière : un champignon par-ci, un câble qui pendouille par là, rythmes binaires et lignes musicales d’une raideur à se pendre au deuxième, au-dessus c’était une vieille allumée à la mondanité douteuse dont la porte était taguée de rose : Je suis passé. Nico - c’est beau l’amour. C’est con aussi parfois... Bref, bienvenue chez les ploucs, à deux pas des places et des bars quand même ! Il ne manquait plus qu’un peigne-cul pour chroniquer tout ce bordel.

Le premier étage passé, Steve geignait déjà qu’il était essoufflé, il fumait en cachette et dessoûlait lentement. Son acné suintante n’arrangeait rien à l’affaire et pour tout dire, les pires symptômes de la crise d’adolescence se trouvaient réunis en ce petit acharniste ridicule qui tenait à peine sur son skateboard. Il n’en fallait pas moins pour exaspérer Frankie qui lui administra un sérieux bourre-pif. Son assistant dans les vapes, le détective dut ensuite le porter jusqu’au quatrième, lui cognant la tête sur tous les barreaux de la rampe à moitié déglinguée.

En arrivant au dernier étage, Polite était en nage. Il aperçut alors cette fouine de Dïck Maranlablag se diriger vers eux sans les remarquer. Notre héros toujours très courtois s’écarta lestement pour le laisser passer puis lui fit un croc-en-jambe qui l’envoya rebondir sur un gros champignon pour prendre une nuit au troisième avec vue sur le parquet dégueulasse - ou était-ce du lino ? Il aurait fallu passer un bon coup de balai pour en être fixé.

- Il m’a encore doublé ce salaud ! pesta Frankie rageur avant de toquer trois fois chez Miss Pocket - il toquait toujours trois fois.


- Bonjour ! s’exclama-t-il quand une petite blonde pulpeuse à l’air studieuse l’accueillit dans sa mansarde. Je vous amène du boulot, ajouta-t-il aussitôt, offrant Steve à bout de bras, la gueule en sang.

Petit bout de femme ravissant aux cheveux dorés mi-longs et yeux noisettes, rempli de joie de vivre et de gentillesse, elle brillait en subtilités comme le petit grain de beauté à croquer qu’elle avait au coin du nez. Du bout de ses lèvres malicieuses, elle commenta l’arrivage :

- Eh ben, il est arrangé ! Je vais m’occuper de ça tout de suite. La brosse c’est vraiment ringard. Je ne peux pas supporter de voir des gens mal coiffés, expliqua-t-elle en installant le mioche amoché sur son siège à lavabo dans l’optique de laver ses cheveux gras. Mais allez-y, asseyez-vous je vous en prie. J’ai préparé du café, ou vous préférez du thé peut-être ? (C’est qu’elle était polie, Pocket...)

- Non ne vous dérangez pas, le café m’ira tout à fait.

Alors qu’Alice avait déjà commencé à frictionner le cuir chevelu de Steve sur fond de samba, Frankie Polite se servit une tasse de café puis s’enfonça dans un pouf jusqu’à disparaître totalement. Quand il reparut, ce fut le moment idoine pour lancer l’interrogatoire :

- Excusez-moi, Mademoiselle, mais avant de répondre aux besoins de mon enquête, c’est d’abord à moi qu’il faudra répondre. Pour commencer, je voudrais savoir ce que vous faisiez hier soir de dix neuf heures vingt-quatre à vingt et une heures trente et des papilles.

- Je potassais une thèse sur les bigoudis pour mes exams, affirma l’étudiante qui ajusta ses lunettes et se passa la main dans les cheveux comme pour affirmer son côté studieuse.

- C'est tout naturel. Et vous n’avez rien entendu de spécial ?

- Non pas du tout. Mais vous savez, du quatrième étage on n’entend jamais ce qui passe au rez-de-chaussée, quand bien même il y aurait une véritable boucherie en bas et des cris effroyables. D’ailleurs, je crois qu’il y a toujours eu une boucherie en bas sans que je ne m’en aperçoive jamais d’ici, alors vous pensez, des cris effroyables... expliqua-t-elle dans la confusion alors qu’elle coupait, taillait, rasait, égalisait, peignait Steve.

- Oui, naturellement, j’aurais dû y penser mais cela ne fait rien, votre café est très bon, complimenta le courtois qui s’en resservit une tasse. Et puis c’est vrai qu’il avait besoin d’une coupe gratuite ce morveux. Dommage que vous ne pouvez pas lui refaire toute la façade ! pouffa le finaud sur son pouf - il avait pris comme habitude de toujours rire de bon cœur à ses mots d’esprit.

Alice s’efforça de glousser avec lui par politesse mais soudain, elle fut troublée de voir le visage de l’inspecteur s’assombrir :

- Toutefois, j’aimerais que les choses soient claires entre nous, Mademoiselle. L’échoppe qui se trouve au bas de votre immeuble est celle d’un traiteur renommé - paix ait son âme - et en aucun cas il ne s’agit d’une vulgaire boucherie. Si jamais une telle faute de votre part venait à se reproduire, je me verrais dans l’obligation de vous faire un méchant rapport... si vous voyez ce que je veux dire... insinua le détective qui visiblement n’aimait pas qu’on plaisante avec ces choses-là.

- Euh oui bien sûr... acquiesça Miss Pocket, bien qu’elle ne vît absolument pas ce qu’il voulait dire.

À ce moment, il y eut un blanc retentissant dans cette conversation inutile et poussive. Alice Pocket, cédant à la nervosité, continuait néanmoins à coiffer Steve, encore assommé, tandis que Polite, homme à la digestion toujours houleuse et épuisante, fermait les yeux, les mains sur le ventre, prêt à ronfler. L’atmosphère était des plus lourdes. L’étudiante avait les mains moites, ses gestes devenaient moins précis. Entre les ciseaux et le fer à friser, l’artiste s’emmêlait les pinceaux. Ses petits doigts tendus par la frustration multipliaient les petites erreurs qui ne faisaient qu’accroître son stress à une semaine des exams. Quand ses mains commencèrent à trembler, il y eut un dérapage incontrôlé qui fit comme un cheveu sur la soupe.

- Oh mince, je lui ai coupé l’oreille, remarqua-t-elle distraitement.

- Euh, bien cuit s’il vous plaît… balbutia l’inspecteur au sortir de sa torpeur avant de reprendre ses esprits. Eh bien au moins, j’aurai l’impression de bosser avec un artiste ! s’écria-t-il aussi peu avare en subtilités de langage de comptoirs qu’en références culturelles de salons.

- Flûte ! C’est plus très symétrique. Qu’est-ce que je fais, j’égalise ? s’enquit la jeune fille, pressée d’en découdre avec ce tissu d’imbécillités.

- Non ne vous embêtez pas. Je vais mettre l'objet dans un sachet, ça partira directement au labo pour analyses.

Après qu’il eut préconisé qu’on brûlât au plus vite tous les cheveux roux éparpillés, car vous connaissez la rumeur, on ne sait jamais, Alice s’activa sur le champ et un bon feu à la vague odeur de cochon grillé flamboyait dans la poubelle quand on frappa à la porte une seule fois, de manière sèche et brutale mais peu douloureuse...




Chapitre 6 : Le dindon de la farce


Où l’on se délecte d’un soupçon de suspect.


Quand Miss Pocket ouvrit la porte, c’est un costard cravate loufoque empli d’un personnage tout à fait extraordinaire qui fit son apparition, tel un diablotin jaillissant de sa boîtine. Le détail qui tue : il arborait fièrement un œillet en papier fané à la boutonnière de son complet veston au grand complet. Malgré son aspect clownesque il les considéra gravement :

- Messieurs…

- Monsieur…

- Monsieur…

- Mademoiselle…

- Messieurs…

- Monsieur…

- Beau temps n’est-ce pas ?

- Mais que me vaut l’honneur de… ?

- Vous ici !

- Toi là-bas !

- Madame est servie !

- Oh vous savez dans la conjoncture actuelle…

- Ça suffit ! gronda notre détective agacé par ces interminables salutations et trivialités imbéciles.

Il colla une baffe pour l’exemple à Steve qui venait à peine d’émerger, puis monta sur ses grands cheveux.

- C’est insensé, on n’arrive même plus à savoir qui parle dans ce bazar ! C’est bien joli de mettre des tirets à tout bout de champ mais encore faut-il indiquer qui prononce les paroles si l’on veut s’y retrouver. Je dois tout vous apprendre !

À la suite de cette engueulade magistrale, les trois autres turbulents personnages, penauds, baissèrent les yeux et se plièrent à la sévérité de sa discipline.

Le nouvel arrivant au nez des plus abrupts ne tarda pas à reprendre son numéro de haute voltige avec une magnifique pirouette piquée, suivie d’une révérence des plus distinguées à l’assistance. Cerise sur le gâteau, ce saltimbanque au teint pâle, qui frisait autant le grotesque que sa chevelure, était parvenu au moment de sa cabriole à allumer une cigarette et à sortir sa carte d’un geste élégant. Il la montre à ces messieurs, ces messieurs y lisent :




Il se complut à orner le tout d’une pointe d’autosatisfaction mêlée d’insolence :

- Pas mal non ? Et tenez-vous bien, je n’ai subi aucune déformation professionnelle. Mais je vois que nous sommes en bonne compagnie, ça se fête. Pourquoi pas se boire une bière bien fraîche autour d’un cadavre exquis ? éclata-t-il de manière pédante.

Ça fleurait bon le dandysme de mauvais goût. Ce paltoquet aussi pâle que toqué profita de l’effet comique pour sortir distraitement un pistolet de poche qu’il pointa sur les associés d’un air à la fois convaincu et convaincant :

- Messieurs, veuillez m’excuser.

Il tira alors une rafale de bulles d’un rose opaque qui les mystifia en formant un épais mur derrière lequel il se cacha pour embrasser goulûment Alice Pocket qui n’était autre que la Bonnie Parcœur de ce Clyde Barreau de la blague. Cela n’étonna pas Frankie, physionomiste, qui avait déjà constaté que la nouvelle coiffure de Steve était bigrement similaire à celle de ce pingouin accoutré comme la mort. Effectivement, Steve Yolande - car c’était son véritable nom - qui ce matin encore avait les cheveux mi-courts, coiffés à la brosse, avait vu sa capillarité métamorphosée par les bons soins d’Alice Pocket, désormais experte en bigoudis.

Peter Martin fumait d’un air décontracté et, d’un geste ample motivé par une générosité sincèrement hypocrite, offrit à l’assemblée de le rejoindre dans cette occupation saine. Frankie se contenta de décliner plutôt sèchement :

- Non merci, je ne fume pas.

Par contre Steve, avide de tabagisme à l’œil, ne put s’empêcher d’avancer la main pour bénéficier de cette largesse, jusqu’au moment sanglant où la règle de Frankie s’abattit comme un couperet sur ses petits doigts boudinés. Le détective intransigeant lança aussitôt un regard noir au croque-mort en présence, ainsi qu’une remarque cinglante :


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